« En ces temps de violents contrastes reprit le vieil homme, où plus rien ne se passe « comme avant », les masques tombent, les faux semblants s’effacent, les caractères se révèlent. Les ternes, les gris, les inodores qui n’auraient jamais du acquérir le moindre rang, retournant à leur vraie place, c’est à dire celle de la lie. La lie ! Cela ne répond pas à un statut (ou plutôt une absence de statut) particulier ou à un rang social qui serait, par définition mineur. Cela n’est pas non plus une frange homogène quasi-marginale de la société, c’est plutôt, dispersée, éparse dans toutes les couches sociales, une médiocrité de l’âme, une petitesse de l’esprit, une mesquinerie qui sont communes à nombre de gens, mais qui ne les a pas empêchés d’acquérir un rudiment de culture, une place enviée dans cette société en plein déclin. Le vil, l’ignoble émergent dès que sont en jeu les instincts primaires. Quand toutes les règles et les barrières sociales ont disparu, les auréoles tombent et la lie donne libre cours à ses penchants et se révèle telle qu’elle est. »

Claude Perrin, Le retour des gueux, le réveil des lions. Les Éditions de la Forêt.

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