« [cette branche de gui] vient d’un antique chêne multiséculaire, comme celui que ce mécréant de Jules césar au cours du siège de Marseille, lors de sa guerre contre Pompée, a abattu de ses propres mains quand il cherchait du bois, près d’Arles pour construire sa flotte. Explorant les lieux, il était tombé sur une des rares forêts de cette région, forêt sacrée vénérée dans toute la gaule qu’il venait de conquérir. Le légionnaire romain qui devait se charger de l’ignoble besogne tremblait de tout son corps et ne parvenait pas à ses fins. César, furieux, descendit de son cheval, lui arracha la hache des mains et abattit l’arbre en disant :  « Le sacrilège, c’est moi qui l’assume. » Et dire que ce César, qui s’est comporté avec une grande cruauté avec la Gaule chevelue, qui n’a pas eu la clémence d’un Scipion l’Africain à l’égard de Vercingétorix, qui n’a cru bon de rapporter au Sénat romain que son trop fameux, Veni, Vidi, Vici pour résumer sa campagne guerrière, eh bien, ce César nous a légué son nom pour rebaptiser le Quinctilis mensis, le cinquième mois, mois de Julius que nous connaissons maintenant sous le nom de mois de Juillet !

Nous n’en finissons pas d’assumer en toute inconscience, à tout instant de multiples sacrilèges. Et c’est cela qui nous a amené là où nous en sommes, à la chosification de la vie en vertu de ce qu’on appelle le réalisme ou le pragmatisme, une vision du monde purement matérialiste qui a hissé le rendement au rang de vertu supérieure. »

Claude Perrin, Le retour des gueux, le réveil des lions. Les Éditions de la Forêt.

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