« Il aimait le verbe, les mots justes au sens aiguisé et leur langage approximatif n’était que grossièreté et provocation, juxtaposition d’onomatopées, de « verlan » et de termes étrangers dont ils ignoraient la signification. Là où la musique de Mahler, Rachmaninov ou Tchaïkovski soulevait son âme et libérait son esprit, ils fabriquaient des rythmes schizophrènes, sans force ni harmonie, pillant sans vergogne les succès passés pour mieux vomir les minables produits d’un non-peuple dégénéré qui méprise les arts lorsqu’il ne les comprend plus, souille de ses signes primaires des chefs d’œuvres millénaires et se confectionne une culture à deux sous, quand la bêtise et l’ignorance lui interdisent l’humilité. Que n’étaient-ils de vrais barbares imposant par la force une vigueur nouvelle à un monde décadent ! Au lieu de cela, ils s’abreuvaient de tous les clichés, se vautraient avec arrogance dans les modes toujours plus laides et insipides d’une société qu’ils prétendaient rejeter, jetant le discrédit sur tout ce qui leur ressemblait. Sans honte, ils s’appropriaient les excuses que d’autres, manipulateurs habiles ou idéologues naïfs et démagogues, s’acharnaient à leur trouver pour justifier toujours plus de lâchetés et de déshonneur. Repris par les médias et les politiques, glorifiés par la publicité ou les modes, labellisés par le cinéma, leur style gangrenait une société soumise, incapable d’exister ailleurs que dans la décadence. »

Pierre Cévennes, Les irascibles. Editions du Lore.

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