« L’art moderne n’est presque toujours qu’un canular, l’excuse pitoyable d’une génération sans talent ni imagination, incapable de prolonger ce qui a été fait, mais surtout de le dépasser en inventant de nouvelles formes. La dictature égalitaire a voulu que l’art, devenant accessible, compréhensible par tous, tous puissent être artistes. Au nom de cette logique implacable, on en vient à payer des fortunes des toiles peintes par des singes. Ce n’est plus la qualité de l’œuvre, l’émotion qu’elle fait naître qui fait sa valeur, mais son prix. L’art devenu incompréhensible, pour mieux le démocratiser, rendre lisible l’illisible, élever le commun au rang de l’exceptionnel, on a attaché une nouvelle dimension à l’œuvre : son explication, sans laquelle l’art moderne ne saurait exister. Jusqu’au XXe siècle, l’œuvre parlait d’elle même. Point besoin de l’expliquer, de la démontrer. L’évidence s’imposait à tous, même aux yeux des moins avertis. Aujourd’hui, l’artiste vous explique avec sérieux que ce n’est plus l’œuvre qui compte mais son interprétation, le ou les messages qu’elle délivre. Ce n’est plus de l’art, au mieux de la psychanalyse de supermarché, au pire le délire de petits commerçants, cohortes de vulgaires qui se seraient bien appelés de La Tour, Botticelli ou Michel Ange, s’ils n’avaient été si tragiquement médiocres. Le goût de ces critiques, élites autoproclamées d’une époque décadente, est si fin qu’il évoque celui des masses de « raveurs » défoncés aux psychotropes et dégoulinant d’alcool, se tordant au rythme convulsif des sons techno, entre deux spasmes de vomissements. »

Pierre Cévennes, Les irascibles. Editions du Lore.

(peinture :J. B. Chardin, Le singe peintre (1699- 1779))

———————————————————————————————–

Publicités