Samedi, sur le site le Monde.fr, ce titre : « Bertrand Cantat ovationné à Paris avec Shaka Ponk » et, plus loin : « 6 000 personnes ont alors ovationné l’ancien chanteur de Noir Désir. Comme pour dire que, malgré le pire, on se souvient que sa voix a compté ».

On remarque le « malgré le pire » qui illustre de manière exemplaire ce texte tellement pertinent de Philippe Muray, dans « Festivus Festivus » :

« Il y a par exemple les fans de Noir Désir. Ces derniers suscitent mon intérêt à cause de leur incapacité (observable chez toute conscience de gauche qui se respecte) à dépasser la rhétorique protectrice du malgré : c’est malgré ses combats citoyens que Bertrand a tué Marie. Ah bon ? Le drame du 26 juillet à Vilnius, écrit Le Monde, leur apparaît « en totale contradiction avec ce qu’ils connaissaient ou croyaient connaître » de lui. En totale contradiction ? Ils s’y retrouvaient donc dans sa bouillie intellectuelle (les textes de ses chansons, cités eux aussi dans la presse, paraissent effroyables), mais ils ne s’y retrouvent pas dans la « contradiction » introduite par la Tragédie de Vilnius (contradiction par rapport à quoi, puisque les textes de Cantat n’ont aucun sens?). Ils préfèrent, c’est bien compréhensible, que tout marche du même pas. Si Cantat avait été membre du front National et avait chanté dans les fêtes Bleu-blanc-rouge, on serait dans le schéma du parce que, et cela ne troublerait personne. Mais Cantat était contre le Front National, il « incarnait  la révolte contre l’injustice et le système » (ce que font à peu près tous les artistes à vrai dire, intermittents ou non, cogneurs ou non, avec une rage routinière parfaitement butée, mimétique, souverainement monochrome) et il faut que ce contre soit préservé de tout danger de contamination par un soupçon de parce que, il faut que ce contre soit garanti de tout risque de rechercher de causalité. On doit demeurer dans le malgré et ne pas en bouger. »

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