Sur le mode ironique, on dirait que…

« L’homme s’est enfin extirpé des siècles de barbarie ; il s’affirme sans cesse meilleur et, tant bien que mal, poursuit sa marche glorieuse vers les perfections et la vertu. La preuve ? L’avènement et le triomphe des républiques ou, mieux, des démocraties. Nos ancêtres venaient de loin mais, à force d’efforts et de sacrifices, au prix de grandes souffrances physiques et morales, tenus fermes par de grands élans de générosité et d’amour humain, ils ont connu des lendemains qui chantent. Féodalité, tyrannie, monarchie, autant de mauvais souvenirs.

Le choix des mots, Moyen Age et Ancien régime, n’est certainement pas innocent et ils répondent bien à ce que l’on en attendait. Fabriqués de toutes pièces à dessein, sans vraie signification mais, imposés par un long usage, ils ont façonné une opinion qui ne cherche pas plus avant. Personne ne saurait expliquer cette étrange croyance en une sorte de postulat qui affirme que seul un régime « républicain » et « démocratique » assure la paix, l’équité, la justice et le bonheur des peuples. « Nous sommes libres puisque nous sommes en République ! » Cela se disait alors que toute la presse chantait les vertus de l’habeas corpus dans le Royaume. On ne voulait pas savoir que ces gens, nés sous une bonne étoile, vivaient sous un régime monarchique.

La recherche historique s’en est trouvée longtemps, très longtemps, impuissante, comme infirme, jusqu’à refuser d’aborder certains sujets ou, si elle s’y risquait, c’était pour tricher, déformer les faits, nier l’évidence. L’Histoire des pays d’Occident, de l’an mille à ce que nous disons être la Renaissance, fut complètement faussée par des parti pris, slogans et clichés que personne ne devait mettre en doute.

Tout se résumait en une seule démarche, une seule volonté : montrer que tout, absolument tout, avait commencé en 1789. Que rien de bon n’avait existé avant, sous l’Ancien régime, et que cette toute nouvelle république devait sa vertu, son excellence, ses sentiments de générosité et son amour du genre humain à l’arrivée au pouvoir de la bourgeoisie. »

Jacques Heers, L’Histoire assassinée. Éditions de Paris.

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