[Le 16 février 1945], « le grand Jacques me reçoit fraternellement à sa table et nous sommes rapidement d’accord (…). Il ajoute : « La situation est révolutionnaire. La France que vous et moi avons connue ne se reverra pas. J’étais lecteur de Stur et vous m’avez convaincu. Il n’y a plus de divergence d’intérêts entre la France et la Bretagne dès l’instant où la France est votre amie et l’Allemagne est redevenue ce qu’elle était et restera : une puissance étrangère plus soucieuse de ses intérêts que des vôtres ».

Doriot plaide une cause et force la note. Je lui réponds qu’il n’y a là que de bonnes dispositions qui n’engagent que lui, que la majorité même de ses adhérents, sans parler des Français en général est de mentalité jacobine et nullement disposée à reconnaître l’autonomie de la Bretagne. Doriot rit : « La majorité des Bretons non plus ! » Je ris à mon tour. Très honnête il me propose de rédiger un accord écrit, dans lequel il s’engagerait, en tant que chef éventuel de l’État français, à reconnaître l’existence de la nation bretonne distincte de la nation française, jouissant de son entière autonomie comme État associé sur pied d’égalité avec la France, qui garderait des prérogatives du type confédéral suisse : affaires extérieures, postes et télégraphes, grandes communications, marine et armée. J’y serais désigné comme gouverneur de Bretagne avec pleins pouvoirs pour l’organiser en corps de nation, n’ayant de comptes à rendre qu’au chef du gouvernement de Paris et non à son conseil des ministres. En somme une association de type monarchique, l’union par la tête et non dans les institutions.

Bientôt la secrétaire revient avec le texte en quadruple exemplaire, daté du 16 févier 1945, et Jacques Doriot d’abord, moi ensuite, apposons signatures et griffes. Nous nous taisons, conscients de l’importance historique de l’instant qui s’écoule. Qu’importe la tunique vert-de-gris de mon partenaire ! Qu’importent les thèses sociales du P.P.F. ! Qu’importent nos solennelles condamnations ! Cet instant prouve une chose, c’est que la France et la Bretagne peuvent fraternellement s’entendre quand elles sont unies par l’esprit. Et pourquoi pas aussi par le cœur ? »

Olier Mordrel, Breiz Atao. Éditions Alain Moreau.

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