[en Allemagne, le 22 février 1945 ] « Jacques Doriot aperçoit les premières maisons de Messkirch, à vingt kilomètres de Mengen quand deux avions alliés survolent sa Mercèdes à gazogène. Au second passage, l’un des chasseurs pique et fait feu. Une rafale touche Jacques Doriot aux jambes, qui tente malgré tout de s’extirper du véhicule. Surgit l’autre appareil. Il mitraille à son tour la cible. Ses balles atteignent Jacques Doriot à la tête et lui perforent le buste, faisant éclater le cœur, le foie et les poumons. La mort est instantanée. Le conducteur a eu plus de chance. Il gît inconscient au volant mais n’est que blessé. (…)
Ralph Soupault, blanc comme un linge, marche au premier rang du cortège qui conduit Jacques Doriot vers sa dernière demeure. Il est arrivé à Mengen dès le 23 février en fin de journée. Il s’est rendu de suite à l’hôtel de ville, où le cadavre rafistolé du dirigeant PPF a été amené, pour se recueillir. La nuit suivante, il l’a veillé. Il a profité d’un instant de solitude pour esquisser quelques portraits de Jacques Doriot, que l’on reconnaît sans mal malgré le morceau de tissus qui, tel un œuf de Pâques, lui maintient différentes parties du visage assemblées. D’un gros calibre, les balles l’ont défiguré. Les dessins de Ralph Soupault lui ont redonné un semblant de forme humaine. »

Emmanuel Caloyanni, Ralph Soupault. Dessinateur de l’extrême. Geste éditions.

(selon Wikipédia, «Doriot fut inhumé au cimetière de Mengen où il repose toujours. En 1961, des soldats d’occupation découvrant sa tombe, la piétinèrent et la souillèrent. Peu après, une ordonnance de l’armée française interdit de l’entretenir ; puis elle finit par tomber dans l’oubli.)

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