« Depuis près d’un siècle, on injecte à notre peuple une morale où ce qui est résistant est appelé « tendu », où ce qui est fier est appelé « hautain », où l’indignation est appelée « mauvais caractère », où le juste dégoût est appelé « agressivité », où la clairvoyance est appelée « méchanceté », où l’expression de ce qui est est appelé « inconvenance », où tout homme qui se tient à des principes et dit non, est décrété « impossible », où tout homme qui sort du conformisme est « marqué » (comme on dit dans le langage du sport) ; où la morale se réduit presque uniquement à être « bon », que dis-je, à être « gentil », à être aimable, à être facile ; où la critique se réduit à chercher si on est moral, et moral de cette morale là. Avec cela le christianisme ou ses séquelles, l’humanitarisme, le pacifisme, l’irréalisme, la place donnée aux « affaires de cœur », un énervement systématique et sans cesse plus accentué de la justice, et vous aurez la morale, je veux dire la glaire horrible déglutie par l’école, par le journal, par la radio, par le ciné, par la tribune et par la chaire et dans laquelle baigne et marine notre malheureux peuple depuis nombre de générations. Étonnez vous, après cela, qu’il flanche, pour le petit et pour le grand ! Encore un siècle de la Bible et de la morale de Hollywood, et nous verrons si les États-Unis qui tiennent bon jusqu’à présent grâce à la vigueur et à la jeunesse de leur race, ne flancheront pas eux aussi. »

Henry de Montherlant, L’Equinoxe de septembre. Gallimard.

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