Louis Pergaud est mort pour le France le 4 avril 1915 (mais on avance aussi la date du 8 avril ) près de Marchéville-en-Woëvre , dans la Meuse. Instituteur et écrivain, il est l’auteur de « De Goupil à Margot », Prix Goncourt 1910 et de « La Guerre des Boutons », paru en 1912, mais aussi de « La Revanche du Corbeau » et du « Roman de Miraut, chien de chasse ».

A l’occasion de la sortie des deux nouvelles versions du film adapté de La Guerre des Boutons, on a voulu faire de Pergaud une espèce de militant laïcard, et du film un hommage aux Hussards noirs de la République. Il n’en est rien et Pergaud est très clair dans sa préface qui est un joyau du genre, étrangement encore très moderne… qu’on en juge :

« Tel qui s’esjouit à lire Rabelais, ce grand et vrai génie français, accueillera, je crois, avec plaisir, ce livre qui, malgré son titre, ne s’adresse ni aux petits enfants ni aux jeunes pucelles.

Foin des pudeurs (toutes verbales) d’un temps châtré qui, sous leur hypocrite manteau, ne fleurent trop souvent que la névrose et le poison ! Et foin aussi des purs latins : je suis un Celte.

C’est pourquoi j’ai voulu faire un livre sain, qui fut à la fois gaulois, épique et rabelaisien ; un livre où coulât la sève, la vie l’enthousiasme ; et ce rire, ce grand rire joyeux qui devait secouer les tripes de nos pères : beuveurs très illustres ou goutteux très précieux.

Aussi n’ai-je point craint l’expression crue, à condition qu’elle fut savoureuse, ni le geste leste, pourvu qu’il fut épique.

J’ai voulu restituer un instant de ma vie d’enfant, de notre vie enthousiaste et brutale de vigoureux sauvageons dans ce qu’elle eut de franc et d’héroïque, c’est-à-dire libérée des hypocrisies de la famille et de l’école.

On conçoit qu’il eut été impossible de s’en tenir au seul vocabulaire de Racine.

Le souci de la sincérité serait mon prétexte, si je voulais me faire pardonner les mots hardis et les expressions violemment colorées de mes héros. Mais personne n’est obligé de me lire. Et après cette préface et l’épigraphe de Rabelais adornant la couverture [ Cy n’entrez pas, hypocrites, bigotz, vieulx matagots, marmiteux boursouflez…], je ne reconnais à nul caïman, laïque ou religieux, en mal de morales plus ou moins dégoûtantes, le droit de se plaindre.

Au demeurant, et c’est ma meilleure excuse, j’ai conçu ce livre dans la joie, je l’ai écrit avec volupté, il a amusé quelques amis et fait rire mon éditeur [ceci par anticipation] : j’ai le droit d’espérer qu’il plaira aux « hommes de bonne volonté » […] et pour ce qui est du reste, comme dit Lebrac un de mes héros, je m’en fous. »

le lecteur intéressé me permettra de le renvoyer à cette modeste étude

——————————————————————————————————–

Advertisements