Né le 30 avril 1919 à Concarneau, le Breton Emmanuel Allot, alias Julien Guernec et surtout François Brigneau, s¹est éteint le 9 avril près de Paris.

Dans  » Mon journal de l’an 2000« , il saluait ainsi la mort de Claude Autant-Lara :

« Il s’en est allé discrètement. Il aurait eu 100 ans l’an prochain (né le 6 août 1901, à Luzarches, Seine et Oise). Sans doute a-t-il voulu couper aux cérémonies des centenaires : Marseillaise, accolades officielles, un bout de gâteau dans un doigt de vin et discours de circonstances… Ce n’était pas pour lui plaire.

A voir comment les pouvoirs républicains l’ont expédié, il n’aurait pas eu à souffrir beaucoup. La ministre qui est à la culture ce que le ministre de l’Éducation nationale est à la langue française, n’a pas eu un mot. Pour la mémoire cela vaut mieux. Le Premier ministre qui confond Orgon (personnage de Tartuffe) avec Harpagon (personnage de l’Avare), et Labiche (La cagnotte) avec Molière (la cassette, dans l’Avare) a observé un silence prudent. On ne peut que s’en féliciter. Nous n’avons pas entendu le président Chirac. C’est toujours ça de gagné. La télévision vient de modifier ses programmes pour prendre le deuil de Vadim, metteur en scène de modeste qualité, en diffusant Dieu créa la femme et Les liaisons dangereuses, deux films qui auraient pu souffrir l’oubli. En revanche, elle n’a pas jugé nécessaire de les bousculer pour honorer le metteur en scène du Mariage de Chiffon, de l’Auberge Rouge [etc.] Pourquoi ce silence ? Pourquoi cet « oubli » ?

Esprit libre et indépendant, dans la vieille tradition libertaire, pacifiste, antimilitariste, anticapitaliste, anticléricale, Claude Autant-Lara accepta, en 1989, de figurer sur la liste du Front national aux élections européennes. Il fut élu. Doyen d’âge, la charge lui revenait de prononcer le discours d’ouverture. Il en profita pour s’en prendre au « cosmopolitisme à la mode ». Les élus de droite et de gauche ne pouvaient supporter de pareilles outrances. Ils quittèrent la salle, grelottant d’indignation. L’esprit de tolérance flotte partout, à Strasbourg comme à Paris. »

Un très bel hommage qui, avec les modifications nécessaires, lui aurait été comme un gant.

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