Albert Londres, le « prince des reporters » est mort avec quatre vingt dix autres passagers dans l’incendie du Georges Philippar, le bateau qui le ramenait de Chine en France le 16 mai 1932. Père du journalisme d’enquête, il affirmait « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie ». Dans son enquête sur « La Traite des Blanches », il racontait comment les filles pauvres de « shtetls » juifs polonais étaient envoyées se prostituer en Amérique du Sud par leurs familles pour se constituer une dot et revenir se marier au pays. Montrant le jeu des proxénètes :

« Les voici qui débarquent à Varsovie … Ils opèrent à domicile. Ils s’adressent d’abord aux parents, et ensuite, seulement ensuite, à la fille. Ils n’enlèvent pas, ils traitent… A Varsovie, à Cracovie, à Lvov, de vieilles femmes qu’ils payent toute l’année n’ont d’autre métier que de leur signaler la bonne marchandise. Telle maison ne vaut rien : les filles n’ont pas de santé. Se méfier de cette famille : le père et la mère ont l’intention de demander cher. Emmène la cadette, l’aînée est paresseuse !… Ils les achètent aux parents, par contrat. Un contrat âprement discuté, dûment signé, bellement paraphé… La famille demande cent cinquante zlotis par mois, et pendant trois ans au moins. L’acheteur n’en offre que cent. Sous le souffle de l’indignation, la barbe du père frémit. Il fait approcher sa fille. Il la montre une nouvelle fois. Est-elle vierge ? Il le jure sur la sainte Thora… Une famille est sauvée de la misère. A une autre ! »

(cité dans Hervé Ryssen, La Mafia juive. Editions Baskerville)

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