« Face à un prédateur humain passé en mode reptilien (…) face à cette machine de guerre destinée à détruire, la seule façon de résister est de sortir le fauve que la nature a mise en nous pour nous protéger. Ce fauve que nous avons essayé de dompter, de faire disparaître,n sans heureusement y parvenir est si efficace que, le fait même de le réveiller va suffire bien souvent à dissuader un prédateur. Celui-ci saura reconnaître la difficulté et préférera se diriger vers une proie plus facile. Cependant, force est de constater que le combat défensif de survie est difficile à enseigner et à apprendre, notre socio-culture faite de règles et de rituels nous bloque dans notre apprentissage.

Depuis le néolithique nous avons dérivé. Le combat d’embuscade où la ruse, la surprise, la rapidité d’action étaient des atouts majeurs ont pratiquement disparu. Place aux combats rituels ! Place aux règles qui favorisent le plus fort physiquement, le plus agressif, le plus entraîné. Place à la mystification des dominants qui établissent les règles à leur avantage, en faisant croire que rien d’autre n’existe. Cette mystification du combat rituel, avec règles apprises, prend sans doute ses racines dans nos esprits avec les Grecs et les Romains, il y a plus de 2000 ans. Nous n’avons en modèle que les batailles rangées où l’ennemi se fait face sur des champs de batailles et nous méprisons l’embuscade, la ruse, la guérilla, qui sont sans honneur, nous apprend-on depuis notre plus tendre enfance. L’homo sapien doit réapprendre le combat défensif de survie et être conscient du lavage de cerveau qui lui a fait oublier que lors d’une agression, l’essentiel est de survivre, pas de se battre suivant des règles inventées par les plus forts. « Si vis pacem, para bellum » « si tu veux la paix, prépare-toi à la guerre » nous dit le proverbe latin, le conseil est sage et s’applique plus à un individu qu’à une armée. L’homo sapien vivant dans une société de moins en moins violente : il est important de le noter, a cru pouvoir oublier l’apprentissage du combat défensif de survie. Nous avons cru que nous étions à l’abri des violences de nos semblables, l’erreur est humaine, pourtant il n’en est rien. La présence dans nos sociétés pacifiques d’une organisation police/justice, très structurée et souvent efficace, ne peut empêcher la violence. Tout juste peut-elle la contenir lorsqu’elle est issue d’individus raisonnables. Mais que peut cette même organisation devant ceux qui ne la craignent pas ? L’un des traits communs des personnalités antisociales n’est-il pas : « le dédain complet pour la sécurité de soi et des autres », « l’incapacité à ressentir la culpabilité ou à profiter de l’expérience, en particulier des punitions », dans ces conditions, devant l’absence de peur, de remords et de crainte de la punition d’un psychopathe ou d’un sociopathe, quelle est l’efficacité des organisations chargées de nous protéger ? Il faut le dire, devant de tels agresseurs utilisant la ruse, l’embuscade, la surprise, la rapidité, la violence extrême, nous sommes seuls. Ils sont les loups, nous sommes les moutons. Quelquefois, parce que nous pratiquons un art martial ou un sport de combat, nous croyons être des tigres alors que nous ne sommes en réalité que des « moutons tigres », rien de plus. »

Jean-Luc Guinot. Anthropologie du combat.

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