« L’une des lectures obligatoires pour les nouveaux militants [de la Fédération des Etudiants Nationalistes], en même temps que les « Réflexions sur la violence » de Sorel, était le « Que faire ? » de Lénine. On lisait aussi Victor Serge, Paul Marion, Tchakhotine. Les communistes s’appelaient entre eux « camarades » ; nous, par mimétisme, nous disions « ami ». Nous faisions de ce mot un usage surabondant, qui remplaçait souvent celui des prénoms. C’était même parfois poussé jusqu’à la caricature : « Bonjour, ami ! Des amis nous ont dit que tu étais un ami. La nuit prochaine un ami passera te prendre pour rejoindre des amis qui t’emmèneront à un collage d’affiches », etc. Tous les courriers et circulaires internes commençaient par le mot « Amis » écrit avec une majuscule. Il n’y a pas si longtemps, j’ai retrouvé un ancien de la FEN que je n’avais pas vu depuis plus de quarante ans. La première chose qu’il m’a dite a été : « Bonjour, ami. » Il n’est pas surprenant que nous ayons ensuite, à l’époque d’Europe-Action, ouvert une Librairie de l’Amitié. La vertu d’amitié, fondatrice d’une solidarité active, n’est pas réservée à la droite, mais il me semble qu’elle compte beaucoup plus qu’à gauche. A gauche, les divergences idéologiques peuvent mettre fin à une amitié, ce qui est plus rarement le cas à droite : même si l’on n’est pas d’accord, on reste convaincu d’appartenir à la même « famille » -un réflexe qui s’est souvent révélé désastreux. »

Alain de Benoist. Mémoire vive . Editions de Fallois.

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