Une fois n’est pas coutume j’irai aujourd’hui piocher au sein d’un peuple sur lequel je n’ai pas l’habitude de dire grand bien pour tracer le portrait d’un aventurier méconnu, dont la vie ressembla de bout en bout à celle d’un véritable personnage de roman . On imagine aisément ce qu’un auteur comme Hugo Pratt aurait pu faire avec un tel personnage.

Timothée-Ignatz Trebitsch naît en 1879 dans le ghetto juif de Parks en Hongrie d’une pieuse et riche famille juive. Destiné d’abord au rabbinat il abandonne des études talmudiques quand, vers 1895, sa famille est appauvrie par des spéculations hasardeuses. Il commence de brillantes études à l’université de Budapest. Une cabale antisémite l’en fait chasser. Trebitsch en est réduit à vivre d’expédients. Un vol commis au préjudice d’une cousine et d’autres aventures fâcheuses le contraignent à s’expatrier. On le retrouve, mourant de faim, dans le quartier sordide de Hambourg ; il est recueilli au dernier moment par une mission baptiste. Il se fait baptiser et il prêche l’Evangile parmi les Juifs de Hambourg puis dans Whitechapel à Londres et Ménilmontant à Paris. Il est rappelé à Hambourg où un pieux fidèle parachève son instruction. Il engrosse la fille unique de son bon samaritain. Trebitsch est expédié alors au séminaire baptiste de Montréal et fait à travers l’Amérique du Nord une triomphale tournée pastorale. Il quitta les baptistes pour rejoindre l’Eglise anglicane. Il fut ordonné diacre, puis prêtre de la High Church, se fit naturaliser sujet britannique et adopta le nom de Trebitsch-Lincoln. Il se vit confier une paroisse du comté de Kent, où il rencontra un singulier paroissien, Harold Beckett. Cet homme le transforma : désormais il s’astreignait à une diététique singulière, de longs jeûnes suivis d’excès de table et de boisson et renonça au tabac. Lincoln finit par démissionner pour « entrer en Maçonnerie » et se faire initier dans la société secrète anglaise de la Golden Dawn. Sa carrière maçonnique lui ouvrit l’entrée du parti libéral. Il fut élu à la chambre des communes . Compromis dans des affaires louches, il quitta l’Angleterre et alla chercher fortune dans l’exploitation des gisements de pétrole de Galicie. En août 1914, à Londres, Trebitsch Lincoln fut agent de l’Intelligence Service. Il s’aboucha en Hollande avec des espions allemands, fut démasqué et se réfugia aux Etats-Unis. Il mena à New-York une campagne germanophile et neutraliste. Traqué par l’Intelligence service, il joua double puis triple jeu. Les Etats-Unis livrèrent Lincoln aux autorités britanniques. Il fut condamné à trois ans de prison. A sa libération, il se réfugia à Berlin où il devint le conseiller officieux du général Ludendorff, avant d’aller s’installer en Chine, converti au bouddhisme et devenu moine puis de se rendre au Tibet avec le baron Algeloff, ancien compagnon d’armes du baron Ungern von Sternberg. Proche du général Haushofer le grand théoricien de la géopolitique allemande, on suppose qu’il termina sa carrière longue et agitée dans la peau d’un agent secret national-socialiste et qu’il serait mort le 9 octobre 1943 à l’hôpital français de Shangaï.

On dit qu’Hergé l’aurait pris comme modèle pour créer son personnage de Rastapopoulos.

(source : Ephémérides nationalistes. Paperblog. Rodolphe Pilaert Roots.)

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