«  (…) les Musulmans apparaissent en France, occupent le Languedoc et poussent leurs razzias jusqu’à Autun. (…) après leur victoire, les Arabes ne se sont point mêlés aux peuples de civilisation supérieure qu’ils avaient subjugués : ils ont continué à les dominer de haut, à les traiter comme un ramassis d’êtres inférieurs, dégradés , misérables, qu’on tolère mais qui vivent dans l’abjection. C’est qu’ils apportaient avec eux une foi nouvelle, simple et combative, qui les rendait inassimilables. (…) la guerre sainte devient une obligation morale. Entre fidèles et infidèles, la barrière est infranchissable.

(…) En 732, l’Aquitaine est envahie. Le duc Eudes est vaincu sur les bords de la Garonne, Bordeaux occupée, ses églises brûlées. Puis, l’ouragan fond sur Poitiers. La ville résiste. Charles Martel campe avec l’armée de secours. Enfin, un samedi d’octobre, la bataille s’engage ; la cavalerie sarrazine se brise contre les rangs serrés des soldats de Charles ; à la nuit, son chef tué, elle s’enfuit.

La bataille de Poitiers est une date mémorable de notre histoire. Les contemporains en eurent conscience. Un chroniqueur nomme les Francs, les Européens. En effet, en ce jour où il fut décidé que la vieille Gaule ne deviendrait pas sarrazine, comme l’Espagne, c’est bien l’Europe que les Francs ont sauvée. »

Pierre Gaxotte, Histoire des Français. Flammarion

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