« Il ne fallait surtout pas s’inscrire dans une volonté de perpétuer d’une façon ou d’une autre le combat perdu de l’Algérie française, autrement dit de devenir des nostalgiques à l’image par exemple des monarchistes entretenant leur nostalgie à coups de messes à la mémoire de Louis XVI ou de ceux qui, ayant participé à ce qui s’est produit entre 1940 et 1945, ressassent indéfiniment leurs souvenirs et imaginent ce qui se serait produit si… Le problème est qu’on ne fait pas l’Histoire avec des « si ». Les commémorations d’anciens combattants sont éminemment respectables, le culte du souvenir aussi. Mais cela n’a rien à voir avec l’action politique. La mémoire est nécessaire, indispensable. Mais elle doit être un outil pour le présent et pour l’avenir et non pas un repli stérile, dans un passé révolu. Il ne faut pas, jamais, faire table rase du passé. Mais il faut regarder devant soi, et agir en fonction du seul objectif qui compte pour ceux qui ont perdu une bataille : gagner la prochaine et, au-delà, remporter la victoire . Toute autre façon de penser est démobilisatrice et donc condamnable. C’est ainsi que doit fonctionner mentalement un soldat politique.

Bien sur, cette conception est exigeante. Elle oblige, parfois, à des révisions difficiles, voire déchirantes. Mais je crois profondément qu’il y a des moments où il faut faire des ruptures, des remises en cause fondamentales, c’est à dire qu’il faut se regarder collectivement dans la glace sans concession. Il faut se retrouver à quelques-uns pour faire le bilan, le point, se demander où l’on en est, où on va, avec quels moyens et de quelle façon. »

Pierre Vial. Une Terre un Peuple. Ed. Terre et peuple.

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