Coligny-closeup« La question que l’on se pose, c’est de savoir s’il y a eu, face au latin qui s’écrivait, une résistance linguistique, organisée ou non, notamment à l’époque des troubles qui ont agité la Gaule d’Auguste à Néron. La réponse est oui. Tout simplement parce qu’un peuple ne veut pas et ne peut pas abandonner comme cela sa langue maternelle « par laquelle se font l’entrée dans la vie et l’apprentissage du sens, qui fonde les solidarités et par où s’énoncent au plus profond les désirs et les peines » (Bernard Cerquiglini, La Naissance du français). Les druides, âmes probables de cette résistance, à la fois prêtres, juristes et enseignants dépositaires du savoir et de la science sacrée, donc gardiens de la langue gauloise, se sont naturellement insurgés. S’il n’y a pas d’information précise sur leur lutte, du moins leur calendrier, tout entier écrit en gaulois, qui se maintient en plein IIe siècle de notre ère, apparaît comme un défi à l’acculturation en cours. Nous savons que les druides ont été spécialement combattus et que leurs rites et leur enseignement ont fini par être interdits par les empereurs julio-claudiens. Ils n’ont pas pour autant désarmés, puisque, selon tacite, à la mort de Néron ils prophétisent que l’empire du monde va passer aux nations transalpines. Ils vont masquer l’exercice et le nom de leur sacerdoce et se feront appeler gutuater, comme on peut s’en rendre compte à la lecture des épitaphes. Rome mate les rébellions, mais ne peut pas supprimer une langue qu’un clergé clandestin défend avec d’autant plus d’âpreté qu’il risque la mort. »

Jean-Paul Savignac. Dictionnaire français-gaulois. La Différence.

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