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« (…) de quelle guerre s’agit-il ? D’une guerre et d’un guerrier disparus, de celui à qui le sentiment d’être dans le vrai donnait une sorte d’invincibilité. La hire sacrée du berserker, le duel judiciaire relevaient de ce sentiment à une époque où la félonie donnait mauvaise conscience et par là affaiblissait. « Que le meilleur gagne ! », « Fais ce que dois, advienne que pourra », telles étaient les devises de ces hommes de guerre dont le regard haut et droit ignorait le diable, la mort et la chienne qui suivent et veulent détourner de son chemin le chevalier de Dürer.

« Meurs, ami ! » criait le Spartiate en plongeant son épée dans le sein de son adversaire. « Tu es mon fils bien-aimé », disait le guerrier aztèque à son prisonnier qui répondait : « tu es mon père bien-aimé en qui je mets toute ma confiance. » Et les samouraï se rendaient au duel à outrance en se donnant le bras. Depuis la charité chrétienne, la fraternité universelle et le pacifisme ont passé par là. Alors on calomnie, on torture et on crie : « Crève, salope ! »

Mais à quoi bon parler des guerriers disparus ? Parce qu’ils vivent en nous et que leur résurrection est une des voies de la Surhumanité. L’Église a eu beau domestiquer la chevalerie, nier et étouffer l’instinct guerrier de la vengeance qui restitue l’honneur bafoué, elle a eu beau traquer et brûler les romans de chevalerie, transformer récemment les boy-scouts en dames de bienfaisance, elle ne peut empêcher que l’Européen reconnaisse son idéal profond dans le redresseur de torts du western, et que les romans de guerre, les jouets guerriers passionnent les enfants et les adolescents.

Pour Nietzsche, la guerre est l’essence même de la vie. On ne peut que l’ennoblir en l’acceptant dans un esprit de sacrifice de soi-même à ce qui nous dépasse, ou la refuser, auquel cas on tombe dans le troupeau des « derniers hommes » qui non seulement encanaillent tout, mais préparent les plus effroyables hécatombes. « Rien n’a fait couler plus de sang sur la terre que la folie des miséricordieux », lirons nous bientôt. Objectivement c’est indéniable. Le refus de la sélection engendre la surpopulation, qui engendre à son tour les catastrophes de rééquilibrage. »

(Robert Dun. Commentaire -F.Nietzsche- Ainsi parlait Zarathoustra.)

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