Défilé_de_SA_devant_Hitler_Nuremberg_1927« Cent heures, me disait Pierre Raynaud, un journaliste français avec qui j’aime assez parler. Cent heures chez Hitler… C’est à peu près le temps que je vais passer en Allemagne, et dans ce peu de jours, que faire, sinon se laisser envahir par des impressions vives, variées, contradictoires même , sans avoir surtout la prétention de juger un pays d’après une si brève expérience ? Mais à regarder des images, on apprend parfois quelque chose. Ces petites villes, ces villages bavarois que traversent le train et l’automobile, ils sont posés, au milieu de paysages charmants et verts, comme des objets enfantins et comme des décors. Les toits pointus ou ronds, le croisillon brun des poutres visibles, les fleurs à toutes les fenêtres, c’est l’Allemagne chère aux romantiques qui nous accueille la première. Parfaitement propre, gracieuse comme un jouet de Nuremberg, médiévale et féodale, elle installe au long des routes le cadre ravissant de ses fêtes énormes dans un contraste qui pourrait surprendre. Dans les petites rues pavées de Nuremberg et de Bamberg au long des rivières et des canaux, auprès des cathédrales et des admirables statues de pierre, c’est l’ancienne Allemagne du Saint-Empire qui se marie avec le IIIe Reich. Ils ne me choquent pas, cependant, ces millions de drapeaux qui décorent les façades. Point d’affiches ici, comme en Italie. Seulement les drapeaux, les uns immenses, d’une hauteur de cinq étages, d’autres moins vastes, mais toujours au moins trois par fenêtre. Se représente-t-on ailleurs cette floraison ? Le drapeau devient une parure, si joyeuse sous ce ciel gris, qui s’allie au baroque attendrissant des sculptures, aux maisons anciennes et aux fleurs sur les balcons. Ce peuple aime les fleurs, on le sait du reste, et dans les garages, les ouvriers garnissent dévotement , chaque matin, le porte-bouquet des voitures. C’est même toujours cela qui a attiré les croyants du temps passé, les amoureux de la « bonne » Allemagne, la grosse Mme de Staël. Les fleurs n’empêchent point d’autres réalités plus menaçantes. »

Robert Brasillach. Les Sept couleurs. Livre de poche.

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