15 février 1980 : mort d’Albert Simonin, l’auteur, entre autres, de « Touchez pas au grisbi ».

 

Tombe_Albert_Simonin,_Cimetière_de_Montrouge

« Trépas dans l’exercice de la profession truande. Ce peut-être par la voie de la presse, à l’heure du caoua matinal et des petits croissants beurre, que vous vient la fatale nouvelle. Un titre gras sur trois colonnes vous saute aux châsses, annonçant le trépas de Pédro le Toc, alias le Mexicain, dit encore Jambe de Laine, à l’issue d’une courette policière, consécutive à un braquage bâclé. En cette circonstance bien précise, la visite de convenance au domicile du regretté Pédro est à exclure. Un filtrage des visiteurs y sera assuré, non par le personnel de la maison Roblot, mais par celui de la maison Bourremane, et vos chances de pouvoir présenter vos condoléances à la veuve apparaissent minimes sinon nulles.

Empêché de rendre les premiers devoirs, vous vous devez par contre d’être présent dans le cortège lors des obsèques, depuis la levée du corps, jusqu’au cimetière, sans négliger le service religieux, et cela quelles que soient vos convictions. Certains esprits prétendument forts, sous prétexte de libre pensée, ont coutume de déserter l’office, de sauter l’absoute, et d’attendre le second démarrage du convoi à un rade voisin. Cette pause discourtoise est très petit genre, et rendue fort ennuyeuse de surcroît, par les déconnantes pseudo-philosophiques sur les fins dernières de l’homme dont elles sont l’occasion.

Ne pas figurer à ce pas de conduite ultime que sont les obsèques d’un truand ne serait justifiable que par une interdiction de séjour dans son plein effet, ou encore par la diffusion de quelques bulletins de recherche vous concernant, émis par des parquets taquins, curieux de vous voir de près.

Dans l’un ou l’autre cas, compensez votre absence par l’envoi de la couronne mahousse, sans vous priver de faire fièrement figurer votre blaze sur le ruban dédicatoire. Votre geste sera d’autant plus apprécié que les perdreaux dévolus à la surveillance du convoi paraîtront en éprouver de l’humeur. »

Albert Simonin. Le Savoir-vivre chez les truands. Hachette.

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