Daumier« Bien sur qu’elle en conserve – ou plutôt qu’elle en a longtemps conservé. Elle en conserve lorsqu’elle proteste contre le matérialisme du système de l’argent et de la logique du profit, quand elle proclame la supériorité de l’esprit sur les valeurs marchandes, quand elle reste fidèle à l’éthique de l’honneur, cette éthique si proche de la « décence commune » des classes populaires. Elle en conserve quand elle reprend et actualise ce qu’il y avait de meilleur dans l’Ancien Régime, non certes les privilèges de caste attachés aux anciennes hiérarchies -privilèges conservés sous une autre forme par la bourgeoisie libérale-, mais le sens de la gratuité, la logique du don et du contre-don, le holisme social, les structures organiques, les formes particulières de la vie locale, c’est-à-dire les communautés enracinées qui permettaient l’émergence d’un monde commun, bref tout ce qui relevait du principe « communautaire » et des valeurs traditionnelles, morales et culturelles qui le sous-tendaient. Le problème c’est qu’aujourd’hui seule une infime partie de la droite reste sur ces positions -mais souvent dans une optique purement réactionnaire ou « restaurationniste ». Ses gros bataillons se sont embourgeoisés. Simultanément, les catégories majeures de l’éthique de l’honneur ont été tellement tournées en dérision qu’elles ne sont tout simplement plus audibles. Des antithèses comme haut-bas, noble-méprisable, style ou tenue et absence de style ou de tenue, ne veulent plus rien dire pour nombre de nos contemporains. Quand on les évoque, ils rigolent et ouvrent des yeux ronds. »

Alain de Benoist. Mémoire vive. Éditions de Fallois.

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