guerre des mots

« Carl Schmitt a maintes fois répété, à juste titre, que l’acte fondateur d’une véritable politique, c’est la désignation de l’ennemi. Il serait hasardeux d’établir une filiation avec les temps préhistoriques, « animaux » serait-on tenté de dire, où l’adversaire n’était somme toute que le rival, au sens de l’éthologie. Qui dit politique dit en effet civilisation. Et, quoi qu’essaie de nous faire croire un certain courant de l’ idéologie dominante, qui voudrait bien réduire la description des relations sociales à celle du « pecking order » des poulaillers, la notion de civilisation présuppose une complexité d’organisation qui va bien au-delà de celle d’une tribu, la complexité de la « grande société » de Hayek, dans laquelle nul individu ne peut plus prétendre « tout savoir », et encore moins tout maîtriser. Autrement dit, elle implique que les dites relations sociales soient, sinon gouvernées, du moins majoritairement régies par des processus logiques et, que cela plaise ou non, en partie fondés sur des approches statistiques, au sens mathématique du mot.

Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de sacrifier au mythe du rationalisme : mais il faut reconnaître, pour parler fort cuistre, qu’on ne saurait réfléchir sur des comportements humains -qu’ils soient individuels ou sociaux- sans prendre en compte la coexistence chez l’homme du paléo-cortex et du néo-cortex. Ou, pour parler « niveau 2 fort », « de l’instrumental et du transcendant »… ou enfin, plus simplement, du matériel et du spirituel (que les puristes de tout poil et de toute confession se rassurent : il ne s’agit nullement de faire du néo-cortex l’ « organe du spirituel »!).

C’est sans doute pourquoi la réflexion de Schmitt trouvait son cadre naturel d’expression dans la politique des nations, même s’il a exploré des précédents historiques comme l’empire romain ou l’empire allemand médiéval et, dans sa « Théorie du partisan », prémonitoirement démontré que la mondialisation des fondements philosophiques de la subversion constituait un danger mortel pour l’idée nationale. »

Ivan Karpeltzeff. La guerre des mots. Éditions de la Forêt.

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