temps51« Un autre point très important est, dans le christianisme, une conception linéaire de l’histoire, en opposition complète avec la conception in-finie (soit cyclique, soit « sphérique ») qui prévalait chez les peuples indo-européens. Cette vision chrétienne de l’histoire présente une analogie structurale très remarquable avec la théorie marxiste, qui en est, là encore, la transposition laïcisée.

On y trouve en effet un « âge d’or » pré-historique (communisme primitif, jardin d’Eden) séjour paradisiaque dont l’homme a déchu, au moment de la révolution néolithique, par une faute qui a provoqué son aliénation (péché originel et obligation de gagner sa vie « à la sueur de son front », division du travail et exploitation de l’homme par l’homme) ; une période historique, à caractère transitoire et défectueux (parce que marqué par le péché, les conflits, l’injustice, la lutte des classes) ; un élément rédempteur (communauté des saints et des apôtres, Église ou parti) par lequel l’humanité sera sauvée ; enfin, comme perspective ultime, un état post-historique, succédant à une « lutte finale » qui résorbera et abolira la période historique, permettra la séparation des bons et des méchants, des exploiteurs et des exploités, et instituera pour toujours un état bienheureux (règne de Dieu sur la terre, société sans classes), caractérisé par la disparition du péché, des conflits et des aliénations. Cet état bienheureux restituera l’état antérieur, préhistorique -et ce sera la fin des temps.

Pour les Indo-Européens, une telle conception de l’histoire, avec sa finalité moralisante, son caractère de nécessité intérieure, est une absurdité. Dans le système originel de leur culture, le monde est perçu avant tout comme mouvement. Il n’a pas été créé une fois pour toutes, mais il se construit sans cesse dans une perpétuelle transformation. En œuvrant à cette transformation, l’homme participe de l’œuvre divine -il devient créateur à son tour. Ainsi la religion indo-européenne ne repose pas sur une ontologie, mais sur une philosophie du devenir, que l’on retrouve chez les présocratiques aussi bien que chez Nietzsche. »

Pierre Vial. Pour une renaissance culturelle. Copernic.

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