geole« Le délit d’opinion, récurrent au XIXe siècle, avait disparu avec la chute du Second Empire. Il visait alors à protéger le pouvoir en place et son personnel dirigeant, plutôt que de brider l’expression idéologique et philosophique. Aussi les œuvres de Marx, Engels, Toussenel ou Proudhon, fort peu amène pour la bourgeoisie au pouvoir, n’avaient-elles guère de difficultés à être diffusées par voie de presse. Il en va différemment avec les délits d’opinions et de sentiments instaurés sous la Ve République, où ils ont pris la place d’une répression généralisée de l ‘hérésie et du blasphème « républicain » de la lutte contre le vice, contre la fornication spirituelle et de la défense des bonnes mœurs. Pour la sauvegarde des nouvelles bonnes mœurs quant à l’ « appartenance ou la non-appartenance à une ethnie, à une nation, une race ou une religion déterminée », il faut pratiquer la raciopudibonderie, ce produit socialement délétère de la bigoterie gauchiste post-soixante-huitarde, opposée à la liberté intellectuelle et morale, opposée donc au nouveau libertinage et au libre arbitre.

La raciopudibonderie dévote, dernier avatar puritain, est la meilleure garantie contre le libertinage d’idées, contre l’obscénité et le vice, contre le « fascisme », le « racisme ».

Éric Delcroix. Le Théâtre de Satan. Éditions l’Aencre.

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