fenêtre« (1940 – 11 mai matin).

Matinée ravissante, temps léger, chaleur fine. L’alerte me réveille à six heures du matin. Je joue les sous-Flaubert dans mon pigeonnier. Au loin les hommes peinent et souffrent sous le ciel sans cesse effondré. Et moi je suis là immobile. De mon neuvième étage, je regarde Paris et le monde. Aucun sentiment d’inutilité, de mauvaise conscience, certes. De très légères traces d’envie pour un autre destin, mais surtout une saturation d’expérience, de pensée.
Mais évidemment pas de mouvement épique, ni même lyrique, m’étant coupé des positions extrêmes. Je suis dans l’état d’esprit où j’étais quand j’écrivais Genève ou Moscou que je relis, ce que je n’avais pas fait depuis 1928. J’ai bien vu mon époque. Mais j’aurais préféré être poète ou peintre qu’essayiste politique.
Renoncé au contact direct, immédiat avec les humains. De plus en plus porté vers les vues d’ensemble. »

Pierre Drieu la Rochelle. Journal 1939-1945. Gallimard

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