AVT_Jean-Ray_861

« L’affaire du couvent des Pères Blancs ne fut pas mauvaise.
J’aurais pu faire main basse sur bien des choses précieuses mais, pour être un indévot, je ne suis pas un incroyant et l’idée seule de m’emparer d’objets du culte, même s’ils sont d’or et d’argent massifs, m’emplit d’horreur.
Les bons moines pleureront leurs palimpsestes, incunables et antiphonaires disparus, mais ils loueront le Seigneur d’avoir détourné une main impie de leurs ciboires et de leurs ostensoirs.
J’ai cru que la lourde gaine d’étain que je découvris dans une cachette de la bibliothèque monacale, devait contenir quelques coûteux parchemins dont un collectionneur sans grand scrupule m’aurait donné gros, mais je n’y trouvai qu’un gribouillis dont je remis la difficile lecture à des jours à venir.
Ils vinrent, à l’époque où le produit de mon expédition fit de moi un bourgeois aisé, aux aspirations calmes et régulières. Il n’y a que la fortune pour faire d’un ruffian un honnête homme, soumis aux lois humaines.
Je dois quelques explications quant à ma propre personne. Elles seront brève, car ma vie passée exige discrétion. »

Jean Ray, la première page, dans l’édition Marabout de l’ « Inventaire en guise de préface et d’explication » de son chef-d’œuvre « Malpertuis ».

Il est aussi le père de Harry Dickson, le Sherlock Holmes américain dont les aventures (105 au total) comme les remarquables dizaines de nouvelles fantastiques, ont meublé les après midis pluvieux de nos adolescences…

Jean Ray est mort le 17 septembre 1964 à Gand.

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