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« En octobre 1941, j’étais seul ou presque seul au sommet du Mont Blanc, riche de toute ma solitude virile ; pendant l’été 1942, j’étais simple légionnaire, une unité inconnue du 1er bataillon ; ma vie s’articulait sur des centaines de vies qui m’étaient absolument étrangères. De ces deux états pourtant absolument contradictoires, la crête et le creux de la vague, je tirais des joies puissantes. Oh la beauté d’une solitude de l’homme sur le plus haut des sommets de l’Europe… Oui mais quelle joie, quelle richesse de n’être plus rien dans une foule, rien qu’un homme chargé de sacs, de fourbis, de fers, et qui marche, qui marche… Le bataillon s’enfonce dans le Sud, longue chenille aux mille pieds qu’une même vie anime d’un même rythme, des pieds qui se posent exactement dans les mêmes traces tandis que huit cents gorges respirent à la même cadence ou chantent la même chanson… Joie puissante de s’intégrer à la communauté, joie inégalable d’être la parcelle d’un grand être, d’avoir dépouillé son orgueil, de n’être plus qu’un soldat « à qui rien n’appartient ». N’être rien, Monsieur zéro. Comme cela est reposant ! »

Saint-Loup. Les Partisans.

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