entrelacs-horiz-03« Il est impossible dans tous les textes d’origine celtique prouvée de découvrir une référence à la logique binaire et, partant, au manichéisme latent chez les méditerranéens. Les Celtes n’avaient pas la notion classique du bien et du mal, de la nuit et du jour, du haut et du bas. Chez eux tout était non pas confondu, mais indifférencié. Le mal n’existait pas en tant que tel ni le bien : c’étaient les hommes qui faisaient incliner la vie vers le bien et le mal. Il n’y avait donc pas d’absolu : simplement une relativité des choses, des êtres et de la connaissance […]. En fait les Celtes ne semblent pas avoir cherché une vérité impossible à définir, mais au contraire avoir traqué de près une Réalité non apparente, mais présente sous l’aspect extérieur des choses et des êtres […]. Chaque être, chaque chose est un paradoxe. Sans contradiction, il ne peut y avoir d’existence […]. Les Celtes ont donc le mérite de mettre en évidence que toute vie est tragédie, mais que cette tragédie est nécessaire pour assurer la permanence de l’univers dans son existence fragile. Les conséquences de cette vision ontologique sont importantes sur le plan de la morale. Car il ne peut y avoir de péché au sens manichéen du terme, et par conséquent au sens chrétien. »

Jean Markale. « La tradition païenne », in L’Europe païenne. Seghers.

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