St-Bartelemy3c65-0be16

« L’Église a hérité de la Synagogue son Dieu exclusif et son intolérance religieuse. Elle a lancé deux mots, gonflés de larmes et de sang, dont l’Antiquité païenne n’avait pour ainsi dire pas connu la signification : anathème et hérétique. Si elle n’a voulu faire acception ni d’esclaves, ni de maîtres, ni d’humiliores, ni d’honestiores, ni de circoncis, ni d’incirconcis, si elle a proclamé tous les hommes également enfants de Dieu, elle a introduit dans les sociétés une discrimination autrement redoutable : celle de croyants d’une part, et, d’autre part, celle des infidèles, des schismatiques, des hérétiques, des incrédules. Les infidèles doivent être convertis par persuasion, intérêt ou violence, en vertu du Compelle intrare. Les hérétiques doivent être retranchés de la communauté des fidèles par l’excommunication et de la société des vivants par la mort confiée au bras séculier. Les persécutions des chrétiens par les chrétiens, les querelles des sectes, les guerres de religion déversèrent sur le monde une violence physique et idéologique que le monde antique n’avait pas connue. L’Église concilia hypocritement son devoir de ne pas verser le sang avec celui d’exterminer les hérétiques en confiant cette tâche salutaire aux princes temporels. « Toute son horreur du sang, écrit Mgr Baudrillart, ne va dans la pratique qu’à le faire verser par le bras séculier quand il s’y prête. »

Louis Rougier. Le conflit du christianisme primitif et de la civilisation antique.

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