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La Mesnie Hellequin nous est surtout connue à travers les références qui lui sont faites dans des textes du Moyen Age et qui concernent l’Europe toute entière: certaines nuits magiques d’orages violents surtout en période de changement de saison, et alors qu’on pourrait penser que ce sont le vent et la pluie qui dévastent les paysages , l’imaginaire populaire impute cette dévastation à une troupe d’esprits fantastiques, montés sur des chevaux rapides, entourés de chiens bruyants, qui ont été condamnés en punition de leurs péchés à chevaucher jusqu’à la nuit des temps… et il ne fait pas bon être dehors à ce moment là …

Pendant tout le passage de la « Famille furieuse », ce ne sont que cris d’oiseaux, aboiements, hennissements, miaulements, voix plaintives, hurlements sauvages, sonneries de cors « comme une armée entière d’animaux criant, beuglant, clapissant et semblant voyager dans les nuages ». Les témoignages sont nombreux et peut être ne faudrait-il pas chercher trop longtemps dans nos campagnes, encore aujourd’hui, pour trouver quelqu’un pour nous affirmer avoir entendu passer la Chasse Sauvage…

Il est vrai qu’il n’ est pas impossible d’assister à cette cacophonie céleste qui chaque année,envahit le ciel d’octobre préparant à l’hiver et plus tard en février qui annonce la fin des glaciales rigueurs . Alors, le vol des grues, qui passent l’hiver en Espagne et nichent en Scandinavie, aurait-il à voir avec l’origine de la Chasse Sauvage ?… On pense en effet que cette tradition pourrait avoir son origine dans le passage de l’été à l’hiver, puis de l’hiver à l’été… et quand les grues remontent vers le nord, elles sont censées réveiller la nature au passage. Une autre manière est de dire qu’à cette époque les airs frémissent des poursuites d’animaux symboliques chassant devant eux les esprits de la mort afin d’assurer le triomphe de la vie nouvelle. On peut dire aussi que la Chasse galope à l’infini dans le ciel d’hiver pour éveiller les mémoires et associer les disparus à l’éternelle renaissance de la vie.

La période d’avant Noël correspond à la fin de l’automne, c’est donc l’époque, suivant la mythologie nordique où Odhinn-Wotan, le Dieu chaman, monté sur Sleipnir, son cheval à huit pattes, passe dans les airs au soir tombant, entraînant derrière lui la « Chasse Sauvage ». La croyance répandue dans de nombreuses régions d’Europe selon laquelle les sorcières, une lanterne à la main, se déplacent dans le ciel pendant la période solsticiale, représente sans doute une survivance de ce thème wotanique.

Cette croyance en une chevauchée d’une troupe plus ou moins maudite est répandue dans toutes nos campagnes et suivant les provinces, le nom change: c’est la Mesnie Hellequin, ou Hennequin, le Carosse du roi Hugon, la Chasse nocturne, la Chasse Arthur, la Chasse du Comte Rouge, la Chasse du Chasseur Sauvage… La Mesnie Hellequin:son nom lui-même est l’objet d’interrogations, on parle de Charles Quint, on laisse entendre qu’il pourrait être à l’origine d’ Arlequin, mais on cite surtout le Poème du comte Hernequin -une chanson de geste, aujourd’hui perdue, qui racontait les aventures légendaires d’un certain Hernequin, comte de Boulogne, qui avait combattu les Vikings au IXe siècle.

Quant à la thématique proprement dite de la Mesnie Hellequin, elle semble pouvoir être rattaché au thème d’origine germanique de la chasse sauvage et des armées aériennes conduites par Odin. Parfois Hellequin est un doublet d’Arthur, lui aussi supposé conduire une chasse. Selon une prédiction de Merlin il était annoncé qu’il reviendrait un jour : on l’a attendu de longues années, on l’attend même encore et selon Augustin Thierry, un historien du XIXe,  » les forestiers du roi d’Angleterre, en faisant leur ronde au clair de la lune, entendaient souvent un grand bruit de cors, et rencontraient des troupes de chasseurs qui disaient faire partie de la suite du roi Arthur ». Elle apparaît aussi dans le « Perceval en prose » attribué à Robert de Boron (ou l’un de ses continuateurs) au début du XIIIe siècle.

D’autres traditions rattachent la Mesnie Hellequin à une armée de revenants que l’on croiserait à l’occasion à la lisière des forêts, à l’image des sylvains de l’Antiquité.

On dit en effet que Sylvain, qui rappelle notre Sucellus gaulois, était le père ou le chef d’une foule de génies semblables à lui, nommé Sylvains, tous représentés avec des jambes et des oreilles de bouc. Comme Pan, Silvanus passait pour apparaître brusquement au coin des bois et sur les routes; la nuit, il épouvantait les voyageurs de sa voix rauque.

La Chasse Gallery semble spécifiquement poitevine, donc de chez moi … L’étymologie est controversée, certains préfèrent le terme Galerie du vieux verbe « galer » (se divertir, se livrer à une joie bruyante), faisant donc de la Chasse Galerie une « chasse gaillarde, hardie, menée avec ardeur et fougue ». D’autres s’en tiennent à Gallery et y voient la personnalisation du meneur de la Chasse sans pour autant s’entendre sur le nom du personnage. On a cru y voir un châtelain du Chêne-Billault, à Pouant, dans la région de Loudun, qui aurait été condamné à chasser pour l’éternité en punition d’avoir préféré quitter la messe avant la consécration pour entraîner ses invités à la chasse un jour de Saint Hubert. On a voulu y voir aussi le célèbre Guillery de la chanson, baron cruel et chasseur forcené qui, sur le modèle précédent, à l’heure de la messe, força un cerf jusque dans une grotte occupée par un ermite et l’y tua en refusant de plier le genou… mais la version païenne existe aussi, où l’ermite devient une jeune nymphe protégée de Bahren (?), un des anciens dieux du terroir (c.f. « la marque de Bahren » à Fontenay le Comte), savant et prodigue, qui connaissait les vertus de la moindre racine…et Guillery était d’autant moins pardonnable, qu’il chassait, parait-il, le gibier réservé aux Dieux…

Ce thème de la « chasse des damnés » résulte d’une transposition chrétienne du thème wotanique de la « suite » d’ Odhinn composée des guerriers morts au combat. Les païens ont, très logiquement et suivant la manie chrétienne, été transformés en « damnés » et leur passage dans le ciel a été réinterprété comme résultant d’une « damnation éternelle ».

Les frères Grimm parlent de la légende Wutendes Heer : l’Armée Furieuse, mais qui pourrait bien être « l’armée de celui qui est en fureur » (puisqu’on sait qu’ Odhinn-Wotan est la fureur incarnée -c.f. Georges Dumézil : « Mithra-Varuna »-) qu’ils font dériver de Wotan’s Heer (l’Armée d’Odin). Et cette Chasse , par cette fureur sacrée et la présence de ces berserkir, ces guerriers-fauves qui entraient dans une fureur incontrôlable, se rendant capables des plus invraisemblables exploits, pourrait bien receler le mystère de l’initiation guerrière celto-nordique , car à côté des guerriers loups, on devine la présence aussi des compagnons guerriers chasseurs de Finn…

Les versions diffèrent, selon lesquelles on considère la légende nordique de la déesse des frimas, Holda, poursuivie sans trêve par Wotan et sur laquelle se sont greffées des versions gaéliques, bretonnes, ou franques et qui seront adaptées aux croyances chrétiennes (thème du chasseur maudit, ronde infernale des réprouvés condamnés à errer). On dit aussi que c’est la « nuit des Mères » (du 24 au 25décembre), qui débute la grande fête solsticiale qui dure 12 jours, que débute aussi la chasse furieuse menée par Dame Holle accompagnée de Wotan qui serait alors son conjoint. Mais s’il semble bien que ce soit pour illustrer le passage de la saison sombre à la saison claire, il ne faut pas oublier non plus qu’on dit aussi que si Wotan parcourt ainsi les nuits, c’est pour rassembler tous les guerriers susceptibles de marcher sous ses ordres quand sera venu le temps du Ragnarok: la bataille de la fin du monde, le destin auquel ne peuvent échapper les dieux, la destruction d’Ásgard et le renouveau du monde.

Pour les chrétiens ce n’est qu’une sarabande démoniaque, à la chasse aux âmes pour renforcer encore cette armée de seigneurs damnés qui errent pour l’éternité dans les forêts. On est en vérité pas très loin de Herne le Chasseur, le chevalier fantomatique au chef orné de bois qui chevauche à la tête de la Chasse, au travers du ciel. Pas très loin non plus de son équivalent, Cernunnos, tout à la fois divinité chthonienne en même temps que solaire (sur une pièce de monnaie trouvée dans le Hampshire, il porte la roue du soleil entre ses cornes), ce qui nous ramène au passage d’une saison à l’autre … et ce qui nous ramène aussi vers … saint Hubert.

Saint Hubert, chasseur invétéré, se serait converti à la vue d’une croix entre les bois d’un cerf, certains disent « le jour de Noël », tous ces indices, la passion de la chasse, un dieu-cerf, la période solsticiale rappellent des croyances païennes bien antérieures au christianisme et peuvent se rapporter au thème de la chasse sauvage: Hubert étant le prototype du « chasseur sauvage converti » pour la sauvegarde des âmes, tandis que la Chasse Sauvage, elle, est le cortège des non-convertis, des « damnés », des paysans et soldats restés fidèles à la foi traditionnelle.

La survivance du mythe odinique aurait donc servi là encore de base à une christianisation péjorative du thème en question.

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Héritiers des hommes d’inspiration, prêtres et orateurs fonctionnels indo-européens, les bardes ont joué un rôle déterminant dans le maintien de la Tradition chez les Celtes. De l’Irlande à la Bretagne armoricaine, via le Vieux Nord, le pays de Galles et les Cornouailles, ces bardes ont été les faiseurs de louange des héros et des princes qui gouvernèrent les mondes gaélique et brittonique. Membres de la classe sacerdotale, les bardes-druides ont travaillé au maintien de l’intégrité de la langue et de l’ésprit celtiques. En Irlande, en Écosse et en Cambrie, ils ont survécu aux concepts religieux et politiques nouveaux qu’apportèrent le christianisme et les idées du haut Moyen Âge. De nos jours, le bardisme est encore vivant au pays de Galles, de façon organisée et admirée, il porte le souffle de la langue des poètes nationaux.

 

Introduction

I. Le druide et le barde

II. Langue et prophétie

III. La langue des bardes : Bérla na Filed

IV. Spécifier la parole

V. Le barde, l’Ogam et le Coelbren

VI. le barde et les dieux

VII. L’année celtique et les fêtes communautaires

VIII. Le nom du barde

IX. Les premiers bardes

X. Les cynfeirdd du pays de Galles

XI. Les derniers bardes

Conclusion

Bibliographie

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« Samhain est l’une des quatre fêtes qui jalonnent l’année chez les celtes. (…) Dans le calendrier de Coligny, table de bronze datée du IIe siècle de l’ère chrétienne et qui est un témoignage archéologique de première importance pour la connaissance de la civilisation celtique, la fête apparaît sous le nom de Samonios.

Samhain ouvre la période sombre de l’année et annonce les nuits les plus longues. Alors les prés verdoyants brunissent et dans les bois chênes et hêtres perdent leurs feuilles. Avec Samhain commence le temps du gel et du feu de bois. C’est, dans une civilisation rurale, une date repère : les troupeaux abandonnent leurs pâturages d’été et sont conduits à l’étable; le foin destiné à les nourrir est entassé; les animaux destinés à la table sont tués.

En Irlande, Samhain était le jour où s’unissaient charnellement le dieu Dagda et Morigu la déesse du monde souterrain, initiatrice et porteuse de souveraineté. Cette fête de fécondité, destinée à revigorer la puissance royale, était célébrée dans l’ancienne Irlande, par un grand festin tenu tous les trois ans à tara, site d’intronisation des rois d’Irlande, au nord-ouest de Dublin, ceinturé de cinq grands enclos circulaires dont les constructions les plus anciennes datent du IVe millénaire avant l’ère chrétienne et les plus récentes de la fin de l’âge de fer (début du Ve siècle de l’ère chrétienne).

Sur Samhain plane l’ombre de Morrigann (son nom signifie la « Reine fantôme ») furie des champs de bataille, dont le pouvoir d’enchantement peut provoquer brumes, nuages noirs, averses de feu et de sang. Apparaissant souvent sous la forme d’un corbeau, elle est forte protectrice de son peuple, déesse de la terre et de la fertilité.

Samhain est le jour où le monde des vivants et celui des morts se rencontrent. »

(« Fêtes païennes des quatre saisons« , sous la direction de Pierre Vial. Les Editions de la Forêt.)

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Le barde parle…
Il défait de ses mots tous les édifices
Construits pour nous enfermer demain,
Il fait les marches pour que l’esprit se hisse
Jusqu’à la cime des arbres qui bordent le chemin

Le barde parle…
Il dit l’âme des arbres immobiles et fiers
Leurs branches qui sont des bras aimants,
Leurs feuilles qui tombent avant l’hiver
Et l’aérienne caresse qu’est le chant du vent

Le barde parle…
Il dit la source et l’enchantement durable
De l’entendre couler au creux d’un vallon,
De comprendre sa nature véritable
Et de suivre le parcours du saumon

Le barde parle…
Il dit le coeur qui bat au fond de l’océan
La danse des algues et leur bonheur muet,
La venue au monde du plus bel instrument
Et son pouvoir qui endort, fait rire ou pleurer

Le barde parle…
Il dit le pas qui fait la ronde des saisons
L’empreinte vivante laissée par les ancêtres,
L’éclat des étoiles au fond du chaudron
Et l’espoir que sont les enfants à naître

Le barde parle…
Il dit la couleur de l’ombre et de la lumière
La nudité humaine derrière les apparences,
La dérive des nuages, leurs formes éphémères
Et son verbe guerrier combat l’ignorance

Le barde parle…
Il rend à la tribu sa mémoire
Son lot de défaites et de victoires,
Il tisse un lien à travers les âges
Pour que continue le voyage.

Enora Mac Eulith

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Contrairement aux fêtes pré-celtiques à détermination solaire et qui reviennent à dates fixes (solstices et équinoxes) les autres fêtes, celto-druidiques, qui marquent le début des saisons sont à détermination lunaire, c’est à dire que la date de leur célébration est choisie en fonction des cycles de la lune.

En ce qui concerne Lugnasad, qui débute l’Automne, la fête devrait être célébrée à la Pleine Lune se rapprochant le plus du 1er aout (« lune noisette »), date en fait souvent matériellement retenue pour plus de commodité.

Selon des sources essentiellement irlandaises, chez les Celtes anciens, Lugnasad semble être un divertissement collectif de plein air où toutes les classes sociales sont tenues de participer, et constitue aussi une trêve militaire puisque les guerriers y viennent sans armes.

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« Les philosophes grecs prétendent que les Dieux ont fui hors du monde, ou quelque chose de la sorte. Ils soutiennent à ce qu’il paraît que le monde est comme une machine, avec sa mécanique, et que les Dieux la regardent de loin mais ne s’en soucient pas.

– Que t’importe ce que pensent les Grecs ? Ils se moquent bien, eux, de ce que pensent les barbares(…)

– Ils sont intelligents. Il ne faut pas négliger leurs spéculations philosophiques. D’où leur vient alors cette idée étrange que les Dieux sont indifférents au monde ? Bite d’aurochs, quelle sorte de dieux est-ce là ? Les philosophes n’entendent-ils donc jamais la voix divine ? (…)

Je me calai confortablement contre une charrette, et commençai de raisonner.

– Il faut partir du commencement et produire un discours logique à la mode des philosophes. Ce que disent les Grecs est que ce qui existe est de l’être, et ce qui n’est pas de l’être, du non-être. Cette distinction si sommaire leur pose des problèmes insurmontables, par exemple : si l’on exclut la création par les Dieux afin de raisonner avec rigueur, comment l’être a-t-il pu surgir du non-être ? Tu vois bien que c’est chose impossible : il faut donc admettre que ce qui existe a toujours existé. Mais si l’être a toujours été, et que le non-être n’est pas, comment les changements qui affectent les êtres sont-ils possibles ? Car le changement, cela implique qu’un état donné de l’être est passé au non-être. Donc que le non-être existe au cœur même de l’être. Ou bien que tout changement est impossible.

– Par la vache cornue ! S’exclama Tarvo. Est-ce cela, la philosophie des Grecs ? C’est bien de la masturbation de mangeurs d’ail. Autant me demande d’avaler une potée de gratte-cul ! (…)

– Je suis bien d’accord avec toi (…) A-t-on besoin de démonstrations logiques ? Il suffit d’avoir des yeux pour regarder ! Le vice des Grecs est de tout réduire au seul raisonnement qui n’est que la part la plus étroite de l’intelligence. Nous, Celtes, nous pensons aussi avec notre peau, nos oreilles et nos yeux… Vois chaque saison qui revient à sa juste place ; vois la mathématique parfaite que circonscrivent les étoiles autour de nous, et comment chaque année ressemble à l’année qui la précède ; vois comment les abeilles fabriquent le miel sans faillir une seule fois, et la logique du chien qui toujours naît du chien ! La raison divine gouverne le monde de l’intérieur ; sinon tout cesserait de perpétuer sa raison d’être. Ton œil ne désapprendrait-il pas à voir si les Dieux étaient loin, et ton ventre n’oublierait-il pas l’intelligence de la digestion ? Comment ta chair blessée saurait-elle quand il faut qu’elle cicatrise, et de quelle manière se refermer ? Le monde n’est pas mécanique, il est VIVANT ! Il est intelligent à chaque seconde et sait, quand il le faut, changer ses plans ! La machine de l’artisan le peut-elle ? »

Cécile Guignard-Vanuxem, Vercingétorix, le Défi des Druides. Éditions Cheminements.

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(NDR) Les mangeurs d’ail, il s’agit ici, bien évidemment, des philosophes grecs qui essorent leur intelligence en questions vaines et finissent par tourner en rond … pourtant, je n’ai pu m’empêcher en essayant de suivre la démonstration que Tarvo appelle à juste titre « masturbation » , de me croire dans une de ces discussions comme les affectionnent aujourd’hui bon nombre de druidisants… Aliam vitam, alio mores …

(branlette de bouffeurs d’ail : mon vocabulaire s’est enrichi, à l’occasion, d’une nouvelle et riche expression … 😉 )

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Passionnés d’indépendance, les Celtes ont toujours répugné à donner à certains de leurs dieux des fonctions de « chef des dieux » (et cette attitude implique le respect de la hiérarchie des valeurs en même temps que le refus de la hiérarchie des autorités), mais s’il est impossible de désigner un chef au panthéon des Gaulois, on peut, au moins, dégager une déité particulièrement prestigieuse. Ce dieu symbole, c’est Lug.

Il est le successeur « perfectionné » de Dagda (« dieu bon ») qui figurait principalement les réussites de l’agriculture et des divers métiers artisanaux qui naissent de cette richesse agricole (et qui survivra quand même en Gaule sous le nom de Sucellos). Lug représente un stade plus avancé de la société celtique, un artisanat plus élaboré, et l’aspect intellectuel et spirituel d’une culture atteignant son apogée.

Car il est la représentation de la lumière physique des étoiles de notre galaxie (les Irlandais nomment la Voie Lactée la « Chaîne de Lug ») autant que de la lumière de l’intelligence, de la raison et du langage qui les expriment. Lug est le propre frère du Logos des Grecs (pensée, raison, verbe) qui est l’autre nom d’Hermès (César assimile Lug à Mercure) et le père direct du latin Lux (lumière). Voici donc le symbole que les Gaulois avaient mis au dessus de tous les autres : la raison, la reflexion, la création et l’expression. Lug est le symbole même de la civilisation.

Le second dieu cité par César est Bélénos assimilé à Apollon : symbole de la lumière solaire (non du soleil lui même) il apparait comme le complément de Lug la lumière stellaire. Symbole d’harmonie et de beauté, il est le maître des beaux arts et de la guérison.

Par Lug et par Bélénos, la Gaule veut démontrer la primauté de la méditation, de l’intuition, de l’invention, du raisonnement et de l’esthétique sur toutes les autres préoccupations humaines.

Pour ne pas trop négliger le monde au profit des étoiles et ne pas oublier la sécurité pour les plaisirs de l’esprit, troisième dieu du panthéon, Mars le guerrier apporte son soutien. Mars, c’est Teutatès, le père de la tribu. Il est un fait historique, une réalité humaine : le pays de nos pères —–> Teutatès ne légitime que la guerre patriotique, pour la protection du patrimoine ancestral et le maintien de la personnalité ethnique.

Représentant la Patrie, Teutatès n’est pas nécessairement guerrier. En temps de paix, il devient protecteur, bâtisseur, législateur, industrieux. En temps de paix, il est le premier « serviteur » de Lug et Bélénos mais en temps de guerre, il devient la Nation en armes tandis que Lug lui même saisit sa lance et n’est plus que capitaine.

Mars, c’est aussi Ogmios, l’inventeur de l’alphabet ogamique mais aussi l’équivalent de l’Irlandais Ogma, « homme fort » à la bataille de Mag Tured, ce qui le rapproche d’Hercule, et parce qu’il porte aussi peau de lion, massue, arc et carquois. Surtout, il est celui qui entraîne une foule d’hommes joyeux par de fines chaînes qui relient leurs oreilles à sa langue (les Celtes donnent à Hercule le surnom de Logos) : Ogmios exprime la puissance déterminante de la parole pour entraîner les hommes au combat : il convainc, enthousiasme, enflamme; il réclame leur adhésion spirituelle à l’entreprise guerrière (alors que Mars se contente de donner des ordres).

Après Mars, Jupiter auquel César assimile Taran ou Taranis, dieu du tonnerre et de la foudre, cousin du Donar-Thor des Germains.

Cinquième divinité citée par César, la Minerve gauloise était Belisama, déesse du feu domestique, patronne des forgerons et autres artisans du métal, du verre, etc. Déesse guerrière car ayant le premier rôle dans la fabrication des armes. Mais surtout elle est d’origine solaire.

Pour les Celtes, le chiffre 3 est symbole d’équilibre et d’harmonie (accomplissement de l’homme : harmonisation de ses 3 constituants -corps, esprit, âme- ou -instinct, intelligence, intuition-) et Cernunnos qui est parfois représenté tricéphale, serait alors la suprême sagesse. Et les attributs animaux seraient là pour montrer que le sage a conscience de l’animalité qui est en l’homme et qu’il convient de prendre appui sur elle, de l’assûmer, de l’élever et de la sublimer.

Parfois représenté avcec Bélénos et Lug (Apollon et Mercure), il pourrait représenter la puissance solaire, fécondante, dont les deux sont les compagnons naturels. En outre, Bélénos étant la raison et l’esthétique et Lug la lucidité et l’ingéniosité, Cernunnos parachèverait la triade en représentant la sagesse et la philosophie.

Esus, dont ne parle pas César mais dont parle Lucain, est formé de la racine EIS qui contient l’idée essentielle de « jaillissement ». Esus serait donc la force attractive, agent moteur des mondes et des êtres et, partant, c’est toute l’énergie créatrice, l’amour procréateur, c’est tout ce qui jaillit avec force du sein des êtres, la source qui bondit au sortir de la roche, la semence qui jaillit de l’homme, l’arbre qui surgit de la terre. Origine de toute vie, de toute passion, de tout mouvement.

Aux lourdauds dieux romains, la Gaule oppose donc Lug, artisan, poète et chercheur, créateur amoureux de la chose bien pensée, bien dite et bien faite. Et puis Bélénos, son jeune frère en lumière, prince des esthètes et faiseur de santé, dispensateur d’harmonie, de beauté, de couleur et de fantaisie. Et encore Teutatès, le père de la Nation, le rassembleur des patriotes, celui qui entend préserver la personnalité nationale de tous les niveleurs de peuples, enragés d’uniformiser le monde. Et puis enfin Esus, patrice (masculin de matrice) des univers et principe de toute vie, celui qui, par excellence, « ne connait pas de lois ».

Enfin « dis pater » dont tous les Gaulois se disent issus ne serait que la transposition poétique d’un fait de civilisation. Les Gaulois, au lieu de dire « nous sommes les plus avancés dans la science agronomique, nous savons amender les terres par la marne et la chaux et nous avons inventé les moyens de retourner convenablement l’humus. Ceci est la source de nos richesses; elle nous vient de nos défunts ancêtres qui, durant des générations, ont perfectionné notre agriculture, en ont vécu et nous ont légué leurs champs et leur habileté à faire jaillir la vie du monde souterrain » préféraient dire « nous sommes les fils de Dis Pater, les enfants d’Hadès ».

Source : Pierre Lance, Alésia, un choc de civilisations. Presses de Valmy.

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Puisqu’on dit que le Principe Absolu, encore appelé dans le milieu du druidisme l’ « Incréé » ou l’ « Innommé », à la fois tout et le contraire de tout,  est ce que nous ne connaissons pas et qu’il est au delà de la connaissance ou de l’inconnaissance. Parce qu’il est celui qui fut avant l’origine de l’origine et qu’il réside partout et nulle part. Parce qu’il est le Vide mais aussi la Plénitude et l’Infini. Parce qu’il n’a pas de nom, de visage ou de forme et qu’on ne peut pas le penser ni le conceptualiser. Parce qu’il n’est rien de ce qui est visible ou invisible, et qu’il est au delà du savoir ou du non savoir, de la pensée ou de la non pensée.
S’il y a un Principe Absolu, il n’est pas du ressort de ma compréhension ou de mes possibilités de compréhension (prétendre le contraire ressort d’une prétention absolue) et il est en dehors –en deçà- au delà de l’échelle humaine et du domaine des hommes, je ne puis, éventuellement, que pressentir-reconnaître l’inconnaissabilité de ce Principe abstrait, sorte d’Energie Primordiale, et non pas l’honorer en tant qu’une divinité unique, ce qui d’ailleurs ne pourrait se faire qu’avec des « outils » humains, et donc, à mon sens, complètement inadaptés.
S’il y a Principe Absolu, il est beaucoup plus certainement « divin » que « dieu ». Je suis polythéiste et j’honore et vénère toutes les divinités du panthéon celtique (qui ont en elles une part de ce Divin comme nous l’avons nous même.)
Je les honore et les vénère parce qu’elles sont différentes, séparées et individualisées. Parce qu’elles sont réelles et ne sont pas seulement des symboles. Parce qu’elles ne sont pas de rassurantes images exclusivement mentales, ce qui ne serait qu’un bon moyen pour les « garder à distance ». Et parce qu’il serait trop triste qu’elles ne deviennent que des allégories se rapportant à de simples abstractions.

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« Ces lois [de l’univers] rythment la vie de la nature et le mythe de Merlin est l’expression, à travers le temps, d’une religion cosmique. C’est pourquoi Merlin est d’abord et avant tout l’Homme des bois, l’Homme de la forêt. Les auteurs latins insistent d’ailleurs, lorsqu’ils évoquent les druides, sur le fait « qu’ils habitent dans les bois profonds et sacrés ». Ils y donnent leur enseignement, destiné « aux plus nobles de la nation ». Merlin le sage, Merlin le voyant est frère de ces ermites qui, dans une société théoriquement chrétienne, tirent eux aussi leur réputation et leur prestige de leur retraite forestière, qui en fait des êtres à part.

Doté de pouvoirs chamaniques, Merlin assure la communication entre le ciel et la terre. Cette liaison avec le divin passe par l’Arbre du Monde, « arbre de vie et d’immortalité » pour Mircea Eliade sur lequel Merlin monte pour vaticiner. Un tel arbre s’enracine en des lieux privilégiés. Le plus sacré de tous est sans doute la fontaine de Barenton, au cœur de la forêt de Brocéliande. Cette source est, bien sur, source de vie. Au sens physique du terme, comme toute source, mais plus encore au sens spirituel. Car si la fontaine apporte la pluie, la semence céleste qui féconde la terre, elle donne aussi à qui en est digne la force, mystérieuse et sacrée que procure l’amour total.

Merlin est assimilé dans certains récits, à un personnage appelé « le Fou de la Forêt ». Expression révélatrice. Dans un monde où, dès le Moyen-Age, la ville est présentée comme le lieu par excellence de civilisation, opposé au monde « sauvage », c’est au plus secret de la forêt que se réfugient l’antique sagesse et la force sereine. C’est pourquoi, dans le monde de démence et de stérilité qu’a apporté avec elle la modernité, Merlin est plus que jamais un signe d’espérance. Merlin porte en lui nos valeurs, notre vision du monde. Merlin reviendra. Nous l’attendons. Et nous préparons son retour. »

Pierre Vial, Une terre, un peuple. Terre et peuple.

(illustration: Alan Lee)

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« Quand Couhoulinn eut repris sa garde, la fatigue de tant de combats tomba sur lui comme un lourd manteau. Tous les membres lui faisaient mal et sa peau, du front au cou-de-pied, était couverte de sang caillé. Il somnolait, la tête appuyée sur le poing.

C’est alors que Loeg qui veillait, lui signala qu’un homme venait vers eux. Il le décrivit ainsi : beau et grand, avec une chevelure courte, blonde et frisée, armé d’une lance à cinq pointes et d’un javelot dentelé, enveloppé d’un manteau vert retenu par une boucle d’argent.

– Il n’a rien d’un homme qui est sur ses gardes, prêt à repousser une attaque. Il marche comme si personne ne le voyait.

– C’est un sidé, dit le Chien. Il est venu par pitié pour moi, sachant en quel grand danger je suis, seul contre une armée.

Arrivé devant le héros, l’inconnu lui parla :

– Tu as montré ce que tu valais Couhoulinn, mais le moment est venu pour toi d’accepter de l’aide.

– Qui es-tu pour me proposer de m’aider ?

– Je suis ton père du sid, Lug-au-Long-Bras.

– Mes blessures sont graves, il me faudrait une guérison rapide, et du repos, surtout du repos.

– Dors donc, Couhoulinn, trois jours et trois nuits. je combattrai à ta place pendant ce temps là.

Il lui chanta alors la Plainte de l’Homme et le blessé sombra dans un profond sommeil. Puis il regarda une à une chacune des blessures qui s’assainirent et se cicatrisèrent à l’instant.

Quand le héros reprit conscience à l’aube du quatrième jour, le nombre des cadavres sur la rive lui montra que de rudes combats s’étaient livrés pendant son sommeil. Il ne put interroger Lug qui avait disparu. Mais Loeg lui dit que trois fois cinquante jeunes garçons étaient venus d’Emaïnn Macha, qu’ils avaient livré une bataille chaque jour et que tous étaient tombés, après avoir tué trois fois leur nombre d’ennemis.

Couhoulinn entra dans une grande colère et jura de les venger. Ses premières contorsions le rendirent horrible et multiforme. Ses membres se mirent à trembler; ses orteils et ses genoux vinrent derrière lui, ses talons et ses mollets devant ; il fit alors le Cuach Kera de son visage. Il s’enfonça l’un de ses yeux dans la tête, de telle façon que, de sa joue, un héron aurait eu du mal à l’atteindre au fond de son crâne. L’autre oeil jaillit si bien qu’il fut dehors sur sa joue. Sa bouche se contorsionna de façon étrange. Il sépara sa joue de l’os de sa mâchoire, si bien qu’on lui vit le gosier. On entendait retentir le battement de son cœur entre ses côtes comme les aboiements d’un chien de guerre. Ses cheveux se dressèrent autour de sa tête. Si l’on avait agité au-dessus de lui un pommier royal, c’est à peine si une pomme serait tombée à terre, mais une pomme serait restée fixée à chacun de ses cheveux. La lumière du héros se leva sur son front.

Alors, il bondit sur son char de guerre que, sur sa demande, son cocher avait équipé avec des faux, des pointes de fer, des tranchants acérés, des épieux ; avec des épines pointues qui étaient fixées aux montants, aux courroies, aux cintres et aux cordes du char. Il lança alors le tonnerre de cent, le tonnerre de deux cents, le tonnerre de trois cents, car il ne désirait pas qu’un nombre égal à cela tombât par lui dans sa première attaque. Il fit décrire à son char un grand cercle autour des armées des quatre cinquièmes de l’Irlande. Son allure était si rapide que les roues de fer arrachaient du sol assez de terre et de pierre pour construire une forteresse. Puis il se jeta en plein milieu des forces de l’ennemi. Il le fit trois fois de suite, si bien qu’ils tombèrent jambes contre jambes, nuque contre nuque, tant était épaisse la masse des tués. »

Olier Mordrel, Les Hommes-Dieux. Ed. Copernic

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