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« Nous avons perdu notre âme parce que nous avons perdu le sens des valeurs communes qui formaient l’antique « sagesse » de nos peuples. Il nous faut faire revivre l’âme de Hyperboréens et « redéfinir » Dieu. car le sacré ne se trouve pas hors de nous, mais en nous. Car Dieu n’est pas du Ciel, mais de la Terre. Car il ne nous attend pas après la mort, mais nous offre la création de la vie. Dieu n’est pas surnaturel et il n’est pas transcendant. Il est au contraire la Nature et la Vie. Il est dans le soleil et dans les étoiles, dans le jour et dans la nuit, dans les arbres et dans les flots. Dieu nait avec les fleurs et meurt avec les feuilles. Dieu respire avec le vent et nous parle dans le silence de la nuit. Il est l’aurore et le crépuscule. Et la brume. Et l’orage.

Dieu s’incarne dans la Nature. la Nature s’épanouit sur la Terre. La terre se perpétue dans le Sang.

Nous savons, depuis Héraclite, que la vie est un combat et que la paix n’est que la mort. Notre religion se veut d’abord culte des héros, des guerriers et des athlètes. Nous célébrons, depuis les Grecs, les hommes différents et inégaux. Notre monde est celui du combat et du choix, non celui de l’égalité. L’univers n’est pas une fin mais un ordre. La nature diversifie, sépare, hiérarchise. L’individu, libre et volontaire devient le centre du monde. Sa plus grande vertu reste l’orgueil -péché suprême pour la religion étrangère. Dans notre conception tragique de la vie, la lutte devient la loi suprême. Est un homme véritable celui qui s’attaque à des entreprises démesurées. Une même ligne de crêtes unit Prométhée à Siegfried. »

Jean Mabire, Thulé, le soleil retrouvé des Hyperboréens. Robert Laffont.

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« Comme on ne peut guère imaginer qu’un héritage linguistique, lexical, formel … puisse se transmettre sans aucun contenu conceptuel, on est fondé à penser que les Celtes comme les autres ont tous gardé dans leur culture un certain nombre de traits hérités mais qu’ils ont fait évoluer selon leurs propres modes, de la même fraçon que la langue proto-indo-européenne a évolué en mode propre dans chaque grande famille linguistico-culturelle.

De fait, la comparaison indo-européenne a révélé de manière indubitable un important fonds idéologique commun et de nombreuses convergences issues soit de l’héritage conceptuel, soit de mises en oeuvre parallèles de certains éléments de l’héritage.

L’un des traits idéologiques des plus fondamentaux -même si en aucune façon on ne peut le tenir pour omniprésent ni pour le clef ultime de toute exégèse- est la tripartition fonctionnelle décelée par le comparatiste français Georges Dumézil.

Cette découverte est issue de la mythologie comparée. Georges Dumézil s’est en effet aperçu que tous les panthéons indo-européens étaaient centrés sur un état-major de cinq dieux cités selon un ordre canonique de fonctions : un dieu céleste maître de la magie et gardien du bon ordre cosmique; un protecteur bienveillant des bons rapports entre tous les êtres; un dieu guerrier; deux jumeaux patronnant les arts, les techniques et la subsistance physique. Dans l’Inde védique ce sont Varuna, Mitra, Indra, Dasra et Nasatya; en Scandinavie, Odin, Tyr, Thor, Frey et Njördh, en Irlande, Oghma Griaineineach, Eochain Ollathair, Nuadha Airgeadlàmh, Dianchéacht et Goibhne; etc.

(…) La répartition entre cinq dieux de ces trois fonctions [souveraineté, guerre, subsistance physique] correspond à un symbolisme numéral de totalité en distinguant d’une part les deux aspects coercitif et bienveillant de la souveraineté et, d’autre part, la multiplicité des besoins physiques et des actrivités nécessaires pour les satisfaire ».

Claude Sterckx, Mythologie du monde Celte.

(illustration, Ogma par Giacinto Gaudenzi)

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Le mois de décembre est riche en fêtes romaines pré-chrétiennes. En voici une liste :
Nuit du 3 au 4 décembre : Bona Dea (la Bonne Déesse). Fête en l’honneur de la femme ou de la fille du dieu Faunus. Fête strictement résertvée aux femmes pour invoquer la fertilité et la santé féminines. Ce culte consistait en cérémonies nocturnes, organisées par l’épouse et dans la demeure d’un magistrat revêtu de l’imperium. On retirait de la salle où elles se tenaient toutes les représentations d’hommes ou d’animaux du sexe mâle. Des inscriptions trouvées dans un sanctuaire à Ostie laissent penser que les rites nécessitaient l’usage d’une cuisine .
5 décembre. Faunalia : fête paysanne en l’honneur de Faunus, dieu cornu de la forêt, des plaines et des champs. Protecteur des troupeaux, Faunus leur donne la fécondité et les défend contre les loups, d’où le nom de « Lupercus » qui lui est aussi souvent attribué (de Lupus : « loup »). C’est aussi un dieu prophétique dont la voix retentit dans le silence de la nuit pour prononcer des oracles.
11 décembre. Agonalia ou Agonia. Fête en l’honneur du dieu solaire Sol, parfois indentifié à Janus. Ce jour là, le roi puis, à partir de la République, le rex sacrorum immolait un bélier.
17 au 24 décembre. Saturnales : fête du solstice d’hiver. L’ordre des choses est inversé : les classes sociales se mêlent, les esclaves commandent à leurs maîtres, les maîtres servent leurs esclaves à table et la plus grande licence règne. Les tribunaux et les écoles étaient en vacances, les exécutions interdites. On fabriquait et on offrait de petits présents (saturnalia et sigillaricia), on donnait de somptueux repas. Les romains cessaient leurs travaux : la population se portait en masse vers le mont Aventin. On suspendait des figurines au seuil des maisons et aux chapelles des carrefours.
18 décembre. Eponalia : fête en l’honneur de la déesse gallo-romaine Epona considérée comme la déesse des cavaliers et la protectrice des chevaux.
19 décembre. Opalia : fête en l’honneur de Ops, déesse romaine de l’abondance. Sa fête intervenant trois jours après les Saturnalia, elle était couramment associée à Saturne, et comme celui-ci était identifié au Cronos grec, elle fut identifiée à Rhéa, la compagne de Cronos. Son lieu de culte le plus ancien était une chapelle dans la Domus Regia, ou ancien palais royal, où n’étaient admis à célébrer son culte que le pontifex maximus accompagné des Vestales. La déesse possédait également sur le forum une area avec un autel sur lequel on sacrifiait lors des « Opalia » en décembre.
21 décembre. Divalia ou Angeronalia. Le jour de cette fête, les pontifes procèdent à des sacrifices dans le temple de Voluptia, déesse de la joie et du plaisir, assimilée à Angerona, supposée chasser toute la douleur et la tristesse de la vie.
23 décembre. Larentalia, en l’honneur d’Acca Larentia  déesse chtonienne de Rome (que certains identifient à à la déesse sabine Larenta ou Larunda) à qui l’on rendait un culte sur le Vélabre. Il existe plusieurs légendes contradictoires sur son compte. Selon l’une d’elles, Acca Larentia (ou Laurentia, ou même Larentina) était la femme du berger Faustulus, la nourrice de Romulus et Rémus et mère de douze enfants.
25 décembre. Dies Natalis Invicti Solis (fête du dieu Soleil Invincible). Fête en l’honneur de Sol Invictus.

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« Ainsi donc, le Daghdha transportait sur son dos le cadavre de l’un de ses fils, Cearmaid Milbhéal, qui avait été tué par Lugh. Le Daghdha avait eu recours à sa grande science : le corps de Cearmaid avait été oint d’encens, de myrrhe et d’herbes, puis son père l’avait mis sur son dos et le transportant ainsi , il parcourait le monde [à la recherche d’un moyen de le rendre à la vie] […] Il rencontra trois hommes qui voyageaient en emmenant leur patrimoine. Le Daghdha leur adressa la parole et ils lui dirent :

-Nous sommes trois frères, fils de mêmes père et mère et nous profitons en commun de notre héritage.

– Quel est-il ? Interrogea le Daghdha.

– Une tunique, une massue et un sayon, répondirent-ils

– Quels pouvoirs ont-ils ? interrogea le Daghdha

– La massue que voilà possède un bout doux et un bout dur. Le premier ressuscite les morts et l’autre tue les vivants.

– Et la tunique et le sayon : quelles sont leurs vertus ? Questionna le Daghdha.

– Celui qui s’enveloppe du sayon peut prendre la forme la taille et la couleur qu’il désire, quelles qu’elles soient. Quant à la tunique elle préserve de tout chagrin et de toute maladie celui qui l’endosse.

– Montrez-moi la massue, demanda le Daghdha et ils la lui passèrent.

Aussitôt il les frappa tous les trois avec le mauvais bout et il les tua, puis il toucha le corps de son fils avec le bon bout et celui-ci se leva plein de vie. Il se passa la main sur les yeux et interrogea son père :

– Qui sont ces trois cadavres près de moi ?

– Ce sont trois frères que j’ai rencontrés ; ils possédaient trois trésors légués par leur père, dont cette massue qu’ils m’ont prêtée. Je les ai tués avec un bout et je t’ai ressuscité avec l’autre, répondit le Daghdha.

– Il ne serait pas bien de ne pas leur rendre la vie de la même façon qu’à moi, dit Cearmaid.

Le Daghdha les toucha alors du bon bout de la massue et ils se relevèrent aussitôt.

– Comprenez vous que je vous ai tués avec votre propre massue ? Leur demanda le Daghdha.

– Oui, et c’était une méchante ruse, rétorquèrent-ils.

– Je connais maintenant le pouvoir de votre massue et je m’en suis servi pour vous ramener à la vie : faites-m’en don, dit le Daghdha.

– D’accord, mais comment partager désormais notre héritage ?

– Vous établirez un tour de rôle, expliqua le Daghdha, de sorte que chacun de vous ait l’un de vos trésors, puis n’en ait plus jusqu’à ce que son tour revienne. »

 

(cité dans Claude Sterckx, Mythologie du monde Celte)

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Fand, épouse de Manannan qui lui rend sa liberté, s’éprend de Cuchulainn (vivent au Sid pendant un mois)

Bran : voyage jusqu’à l’Ile des Femmes après qu’une femme de l’Autre Monde soit venue lui laisser une branche d’argent. Quand il en revient, un de ses compagnons, qui a débarqué, tombe en poussière.

Coule le Beau préfère l’amour de la femme du Sid qui lui laissé une pomme, lors de sa visite, à la tendresse des siens et part avec elle pour la Terre des Vivants.

(Soleil = source de vie

Lune = régulatrice de nos existences)

Pwyll = Rhiannon lui apparait sur un cheval qu’il est le seul à pouvoir rattraper. Un mariage est prévu, mais lors du banquet, Pwyll est obligé de promettre de donner Rhiannon à un solliciteur. Au bout d’un an, comme prévu, nouveau banquet : muni d’un sac magique, Pwyll arrive, habillé comme un mendiant et demande que l’on remplisse le sac de nourriture. Le sac magique ne peut se remplir et Pwyll demande au prétendant de tasser la nourriture avec son pied et il le met dans le sac, qu’il ferme avec les lacets.

Pwyll et Rhiannon ont un enfant qui disparaît. Les suivantes jurent que c’est elle qui l’a tué. Elle est condamnée par son mari à porter pendant sept ans sur son dos tous les hôtes qui se présenteront. L’enfant est retrouvé = Pryderi.

Rhiannon, veuve, épouse Mananann : elle est prisonnière dans un château où elle doit porter les licols des ânes, et Prydéri doit porter les marteaux de la porte. Mananann les délivre.

Kernunnos = force fécondante

Kernunnos. Dans une première phase, il règne avec son épouse sur le monde souterrain. Dans une seconde phase, il est abandonné par la Reine mais devient le souverain de la nature régénérée, tandis que son rival a pris sa place sur le trône d’en bas. Mais il finit par triompher de ce rival et par reconquérir son épouse et son trône tandis que la Nature s’enfonce dans sa léthargie hivernale. Alors il perd ses cornes. Chaque hiver la vie de la nature se réfugie sous terre pour en resurgir au printemps. Quand, fécondée par la force créatrice, la Terre-Mère a accouché d’une vie nouvelle, elle commence à tromper la puissance créatrice pour la puissance destructrice. La ramure de cerf qui, à ce moment, pousse à l’époux trahi, symbolise à la fois l’épanouissement du règne animal et celui du règne végétal.

Finn. Le Guerrier Cumaill (Camulos ?) tombe amoureux de Muirné, fille du druide Tagd qui s’en plaint au roi Conn. L’armée royale tue Cumaill. Nait Deimné. Caché, élevé par des druidesses, il épouse Cruithné, la fille du forgeron Lochan. Il cherche son oncle et les Fianna survivants et doit aller s’instruire auprès du sage Finegas. Il fait cuire le saumon Fintan (=Connaissance) mais , lors de la cuisson, se brûle le pouce, qu’il suce. Il l’avoue à Finegas qui le nomme Finn.

Finn épouse aussi une biche et en a un fils : Oisin (faon). Il passe une partie de l’année chez l’habitant (=Kernunnos sous terre) et une autre en pleine nature. Finn est le dieu cerf et les Fianna, les génies cervidés de la forêt.

Finn épouse Grainné qui le hait. Elle impose un geis à Diarmaid, un Fianna, pour l’obliger à s’enfuir avec elle. Ils sont poursuivis pendant sept ans. Finn les retrouve et feint de se réconcilier mais s’arrange pour que Diarmaid soit tué lors d’une chasse au sanglier. Grainné s’allonge sur le corps de Diarmaid et meurt.

Pour le dédommager d’une blessure à l’œil, Oengus Mac Oc part en quête d’une femme pour Midir, son père adoptif. Il ramène Etaine, la plus belle fille d’Irlande que celui ci épouse. Mais son autre femme, Fuamnach, jalouse, transforme Etaine en mouche pourpre et la propulse dans les airs avec son souffle/vent druidique. Au bout de sept ans, elle est recueillie dans la frange du manteau d’Oengus. Quand Fuamnach l’apprend, elle récidive et la transforme en un petit ver. Avalée dans une coupe par la reine d’Ulster. Elle est « accouchée » puis épouse le roi suprême d’Irlande. Mais Midir vient la chercher et ils s’envolent tous les deux, transformés en cygnes.

Llew Law Gyffes (Lug Lamfada) a été maudit par sa mère Arianrhod : jamais il n’aura de femme humaine. A partir de fleurs Gwydyon (le Dagda gallois qui l’a élevé) et le roi Math créent Bloddeuwedd qui épouse Llew. Infidèle, elle le fait tuer par son amant. Gwyddyon le ramène à la vie et il tue à son tour l’amant. Bloddeuwedd est métamorphosée en chouette.

Cuchulainn et Emer se promettent l’un à l’autre, mais le père d’Emer, Forgall ne veut pas la lui donner avant qu’il n’ait reçu l’initiation guerrière de Scatach. A son retour, au bout de dix lunes, Cuchulainn trouve le château de Forgall barricadé, mais il saute par dessus la triple enceinte et enlève Emer.

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Jean Haudry fonde, en 1981, l’Institut d’Etudes Indo-Européennes où se côtoient « linguistes, historiens des civilisations, du droit, des institutions et des religions, anthropologues, ethnologues, philosophes et préhistoriens. Cette entreprise exemplaire, unique dans le monde universitaire francophone, a été sabotée par des campagnes venimeuses déclenchées contre elle par des gens qui, par dogmatisme idéologique, refusent de reconnaître l’évidence, c’est à dire la place centrale tenue par le phénomène indo-européen dans l’histoire des civilisations. Avec l’hypocrite complicité des pleutres qui président aux destinées de nos Universités et qui tremblent au moindre froncement de sourcil des vrais maîtres du pouvoir, qui contrôlent des lobbies bien identifiables et identifiés. C’est bien connu, depuis longtemps : la République n’a pas besoin de savants.

Le sectarisme de ces zélotes s’est déchaîné lorsque, après avoir publié dans la collection Que Sais-Je « L’Indo-Européen », Jean Haudry, à la demande de l’éditeur, a écrit « Les Indo-Européens ». Après la première édition (1981), d’autres ont suivi jusqu’en 1992. Puis, alors même que l’ouvrage continuait à être très demandé, en particulier par des étudiants, l’éditeur a renoncé à toute réédition. Les nouveaux inquisiteurs étaient passés par là. Car Jean Haudry avait commis le crime suprême : mettre à la portée du plus grand nombre, d’une façon claire, précise, parfaitement documentée, une matière scientifique de haut niveau, réservée jusque là aux spécialistes. Scandale intolérable, qui ne fut donc pas toléré. Illustration de la caporalisation des esprits qui sévit dans les milieux intellectuels français, où tabous et oukases sont là pour formater les jeunes esprits comme l’entendent ceux qui se sont autoproclamés maîtres penseurs.

L’interdit imbécile -non avoué bien sur, car ces gens sont des chafouins et des pleutres- jeté sur le livre de Jean Haudry a eu pour résultat de le rendre à peu près introuvable, même sur le marché du livre d’occasion. C’est pourquoi les Éditions de la Forêt ont décidé de le rééditer. Ainsi, l’honnête homme qui, a bon droit, souhaitait depuis longtemps en prendre connaissance, pourra le faire. Faut-il davantage justifier cette réédition en insistant sur la richesse du contenu de cet ouvrage ? Le lecteur en fera le constat lui même, dès les premières pages.

Bien sur l’auteur a souhaité apporter des additions au texte de l’édition de 1992. Je tiens, en tant que gérant des Éditions de la Forêt, à remercier mon collègue et ami Jean Haudry de nous avoir fait l’honneur de nous confier l’édition d’un livre qui, je le sais, sera un guide indispensable pour les jeunes audacieux qui ont choisi de suivre le même chemin que nous. Chemin abrupt, mais qui est éclairé par l’étoile polaire ».

Pierre Vial

(Jean Haudry, Les Indo-Européens, Les Editions de la Forêt . 21€)

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« Certains auteurs ont défendu la thèse du monothéisme druidique. Mais, outre que ces auteurs étaient eux-mêmes monothéistes et voulaient à toute force nourrir l’illusion d’une « supériorité » du monothéisme sur le polythéisme, il n’est pas un seul témoignage d’auteur ancien qui vienne conforter cette hypothèse.

Les Grecs et les Latins parlent toujours des dieux gaulois et non d’un seul. On a prétendu qu’Esus était primitivement le dieu unique des celtes, et il est vrai qu’Esus, qu’on peut identifier à l’énergie vitale, est un dieu primordial. Mais en tirer argument au profit d’un monothéisme celtique supposé reviendrait à prétendre que les Grecs étaient monothéistes puisqu’ils faisaient d’Éros le créateur du monde, la première force en action après le Chaos originel. Or les Gaulois, tout comme les Grecs, avaient pleine conscience (des siècles avant Darwin !) de ce que l’évolution biologique est essentiellement un processus de différenciation, de diversification et de sélection, qui enfante logiquement le particularisme concurrentiel de toute manifestation animique. Individualisme et monothéisme sont nécessairement inconciliables car le premier distingue et particularise, ce qui favorise l’élévation des meilleurs, tandis que le second uniformise, égalise et grégarise, paralysant ainsi tout progrès de la vie

Cette exaltation de la personnalité de chaque être (…) était le fondement de la philosophie gauloise. »

Pierre Lance : Alésia, un choc de civilisations.

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Quatrième de couverture

 

Mythologie du monde celte

 

Mystérieux Celtes ? Oui et non… Oui parce qu’on les croit généralement enveloppés d’une aura hors du commun… Non, parce que les chercheurs ont mis au jour bien des aspects de leur personnalité et de leur mode de vie… Oui encore, parce que ces travaux restent trop mal connus et que, trop souvent, des élucubrations alléchantes mais largement fantasmatiques tiennent le devant de la scène…

 

Laissant les fantasmes à ceux qu’ils séduisent, la recherche de la vérité est un jeu gratifiant qui laisse voir que les traditions des anciens Celtes étaient étonnamment subtiles et que les formes dans lesquelles ils les ont le mieux exprimées – mythes, contes et légendes – surpassent souvent les meilleurs romans !

 

Le présent livre propose d’abord une introduction à l’état actuel des connaissances puis s’attache à une analyse des conceptions du monde telles que les révèle la mythologie : car celle-là n’est pas un simple recueil de contes mais une tentative, dans un langage imagé, d’expliquer le fonctionnement et le destin de l’univers en fonction des connaissances scientifiques et de la réflexion philosophique de l’époque.

À travers cet ouvrage rigoureux mais accessible à tous, au cœur d’un imaginaire foisonnant, Claude Sterckx nous propose de découvrir les mythes et leurs protagonistes, dont histoires épiques et rocambolesques sont aux sources de notre culture, qu’elles continuent de marquer de leur empreinte. Nous devons au monde celte – outre, n’en déplaise aux sages abstinents, le tonneau sans lequel le vin serait bien fade ! – nombre de nos vieilles légendes de même qu’une bonne part de notre folklore, qui se perpétuent dans les traditions populaires et constituent une inépuisable source littéraire. Qui ne se souvient du Graal, des amours de la Blonde Yseult, du tonitruant Gargantua ou du cri de Mélusine ?

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(déjà publié dans La Main Rouge)

Pour remplacer la vieille fête païenne de Samain et pour ancrer son emprise, l’Eglise a institué une fête des Martyrs qui s’est étendue à l’ensemble des saints. Puis au Moyen Age, comme perduraient les réjouissances païennes en l’honneur des morts , la fête des Martyrs fut, à partir de 610, circonscrite au 13 mai tandis qu’il était décidé de fêter tous les Saints le 1er novembre.

Au 8ème siècle, les évangélisateurs irlandais de la Gaule se heurtèrent à la toujours vivace fête païenne celtique de Samain qui débutait la nouvelle année et permettait la communion entre les vivants et les morts et c’est le fils de Charlemagne, Louis le Pieux qui institua en 835 la fête de la Toussaint qui devint une grande fête chrétienne en 1580 mais une “fête d’obligation” seulement sous Pie X au 20ème siècle.

C’est Odilon, abbé de Cluny qui vers l’an 1000 impose la date du 2 novembre pour la commémoration des défunts pour ne pas empiéter sur la fête des saints mais c’est pourtant souvent ce jour là, dans la mesure où le 2 novembre n’est pas férié, que les tombes sont fleuries dans les cimetières (souvent par un pot de chrysanthèmes), nettoyées (depuis la milieu du XIXe siècle) et qu’on y allume même parfois encore une bougie. Le tout, dans l’esprit de “faire mémoire des défunts” et de prier pour eux car on considère qu’ “ils ont besoin d’une purification pour être pleinement avec Dieu”.

Depuis 1997, la Toussaint subit la vigoureuse concurrence de la fête d’Halloween, perversion essentiellement commerciale de la Samain Celte .

kerridwenSamonios est fixé aux alentours du 1er novembre, pour plus de commodités, mais devrait être précisé en fonction des phases de la lune. Dans le calendrier celtique cette date correspond à la fin de la saison claire et au début de la saison sombre, à la fin de l’Automne et au début de l’Hiver, à la fin de l’ancienne année et au début de la nouvelle. Elle est la seule, parmi les 8 fêtes traditionnelles, à présenter cette « triparticité », c’est dire son importance. Elle est considérée comme une récapitulation de l’été tout en étant également déjà engagée dans l’hiver, tandis que par ailleurs, elle condense, récapitule et clôt la saison militaire qui avait débuté à Beltaine.

C’est un « seuil » particulièrement important dans l’année celtique et tous les grands évènements mythiques et épiques se passent lors de cette fête. C’est à ce moment que meurent les dieux et les héros, ont lieu toutes les batailles de l’épopée. Tous les évènements fondateurs s’y concentrent, y ont leurs signes avant-coureurs aussi bien que leurs épilogues. C’est là qu’a lieu l’accouplement du Dagda et de la Morrigane qui évoque l’union rituelle du chef de la tribu et de la Déesse de la Terre pour assurer la prospérité pour l’année à venir. C’est le moment de la lutte décisive des dieux, les Tuatha De Danann contre les Fomoire, symbolisant les puissances des Ténèbres. C’est encore le jour de la descente de Cuchulainn dans l’Autre Monde au terme de sa maladie qui l’a affecté toute la période s’étendant d’un Samonios à l’autre.

Symboles

Samonios est placé sous le signe du Gui. Certains pensent généralement que la cueillette du végétal décrite par Pline l’Ancien intervenait à cette période de l’année. Considéré comme une panacée, outre ses significations symboliques de sagesse spirituelle et de guérison, d’éternité, de vigueur et de régénération physique, le gui illustre aussi le terme cyclique de l’année et son renouvellement. L’If pour sa part est l’arbre de Samonios. En liaison avec l’Autre Monde et la Mort, il illustre l’éternité et la continuité des cycles de vie reliant mort et renaissance dans un flux permanent.La pomme considérée comme un fruit mystérieux ayant quelque chose à voir avec l’Autre Monde (c.f. Avalon, l’Ile aux Pommes) apparait elle aussi dans certaines coutumes de Samonios et semble avoir été liée à cette fête.

On peut aussi raisonnablement penser que le Chaudron était associé à la fête de Samonios, ce que semble montrer la notice du Dictionnaire des Symboles sur le chaudron sacrificiel : « le roi déchu s’y noie dans le vin ou la bière, en même temps qu’on incendie son palais, lors de la dernière fête de Samain de son règne (…) la majorité des chaudrons mythiques et magiques des traditions celtiques ont été trouvés au fond de l’Océan ou des lacs (donc la localisation de l’Autre Monde) (…) la force magique réside dans l’eau (qui, comme par hasard gouverne le signe du scorpion) ; les chaudrons sont des récipients de cette force magique, souvent symbolisée par une liqueur divine (c.f. l’hydromel) ; ils confèrent l’immortalité ou la jeunesse éternelle (c.f. la Terre des Jeunes, l’une des appellations de l’Autre Monde), transforment celui qui les possède ou qui s’y plonge en héros ou en dieu ».

Honneur aux Ancêtres

Les peuples de l’Antiquité honoraient les morts et leurs esprits (héritage du chamanisme ?). Les morts étaient honorés comme les esprits vivants d’êtres aimés et de gardiens dépositaires des fondements de la sagesse de la tribu (peut être est-ce aussi pourquoi les Celtes conservaient les cranes d’ancêtres ou de héros ? et peut on voir une correspondance entre ce culte et les sculptures de têtes d’hommes couronnés de feuilles de gui ???). Au passage : les chrétiens, et notamment saint Augustin reprochaient vivement aux païens le culte qu’ils rendaient à leurs morts et les prières qu’ils leur adressaient. Le bien être des morts dépend de l’attention que leur accordent les vivants car le mort craint l’oubli de ses descendants. De cette manière les morts qui sont passés dans un Autre Monde restent pourtant présents auprès de leurs descendants et établissent ainsi un pont entre les deux mondes.

Samonios est une période hors du temps. Le temps y est suspendu et cette suspension annihile provisoirement toute différence entre l’Autre Monde et le monde des hommes, et fait tomber toutes les barrières. C’est une période privilégiée pour honorer ses morts, alors que le soleil s’abaisse de plus en plus sur l’horizon, perd de sa force et de sa vitalité. C’est le moment le plus propice pour établir le contact avec les esprits des défunts, vus comme source de conseil (les pratiques divinatoires devaient avoir une place lors de cette fête) et d’inspiration, plutôt que comme une cause de frayeur. C’est donc le moment où les habitants de l’Autre Monde peuvent venir visiter les vivants et où certains vivants peuvent être admis en visite dans l’Autre Monde .

L’Autre Monde

Il y a deux conceptions relatives à l’Autre Monde des Celtes. Le Sid qui se confond avec les tertres, les cairns et les tumulus d’origine préceltique

groenlandLes Iles paradisiaques, trois cinquantaines selon la navigation de Bran, et localisées à l’Ouest du monde, « derrière » la mer, sur une île ou parfois sous la mer. Cette précision quant à la direction est fondamentale puisqu’elle indique là où le soleil se couche : le point cardinal ouest «  est « la porte » de la mort et Venus (Belisama) comme le soleil (véhicule de Belenos) semblent venir s’y éteindre, y mourir. En conséquence, l’Ouest est le seuil du mystère, de l’au-delà, du non manifesté ». Et comme l’Ouest correspond aussi à l’Automne et à ses brumes, période de fantasmagorie où les choses paraissent autres qu’elles ne sont, il semble logique de considérer Samonios comme un temps où l’Autre Monde et le nôtre sont en communication, où la « Porte » est ouverte.

couche-soleil-brestoisSelon le principe hermétique « ce qui est en bas est comme ce qui est en haut » (étant bien entendu que ça vaut surtout pour la forme et qu’une harmonisation du fond est nécessaire…). Il n’est donc pas étonnant que le cycle de la vie humaine ait été mis en correspondance avec celui du soleil, journalier du moment où il se lève (naissance) jusqu’à son coucher (mort ou du moins mort apparente), quand il semble s’enfoncer dans la terre ou dans la mer (pour aller passer la nuit dans ses autres résidences, derrière l’océan ou sous la terre). Il en va de même pour son cycle annuel (les solstices). Le soleil apparait donc ici comme un symbole de résurrection et d’immortalité.

Le soleil détermine la durée du jour et « la première analogie du jour est celle d’une succession régulière : naissance, croissance, plénitude et déclin de la vie (…) tandis que les saisons de l’année paraissent répéter en plus grand les quatre parties du jour : le printemps/le matin, l’été/le midi, l’automne /le coucher du soleil, l’hiver/la nuit » (dictionnaire des symboles).La nuit quant à elle (faut il rappeler que selon leur conception du temps les Celtes en faisaient le commencement de la journée ?) « symbolise le temps des gestations, des germinations (…) qui vont éclater au grand jour en manifestation de vie. Elle est riche de toutes les virtualités de l’existence » (id.). Cela vaut pour la vie humaine et animale comme pour la vie végétale et minérale ; en définitive pour l’ordre cosmique lui même. En fonction de ça, rien d’étonnant donc à ce qu’aient été faits des rapprochements entre le cycle solaire, la mort et la renaissance des êtres vivants et l’existence d’un Autre Monde derrière la mer ou sous la terre.

On rappellera aussi quand même que si la date précise de Samonios est déterminée par les phases de la lune, la succession de ces dernières, comme la succession des saisons, « scande le rythme de la vie, les étapes d’un cycle de développement : naissance, formation, maturité, déclin ; cycle convenant aux êtres humains aussi bien qu’à leurs sociétés et civilisations. Elle illustre également le mythe de l’éternel retour. Elle symbolise l’alternance cyclique et les perpétuels recommencements ». (id.)

Une fête a trois aspects

Fête collective à laquelle les trois classes participaient et où la présence de tous est obligatoire sous peine de sanctions. Samonios est l’occasion de cérémonies religieuses et officielles placées sous le signe « des jeux, des réunions, pompe et magnificence, bonne chair et banquet » jusqu’au point d’orgue que constitue le grand banquet royal et militaire : on y consomme en quantité (les femmes et les hommes étant dans des salles séparées) vin, bière, hydromel (l’ivresse est un moyen d’approcher le sacré) ainsi que, parmi de nombreuses autres victuailles, de la viande de porc, animal consacré à Lug et au Dagda.

Les règlements, les lois et les devoirs y sont fixés, et tous les sept ans à Tara, est procédé à l’élection du Roi. Les druides sont là pour préparer, ordonner, diriger le festin suivant les normes traditionnelles où ni querelles ni violence ne sont tolérées. Cette période de fête est inaugurée par les druides au moyen du feu qui est le moyen d’action le plus puissant qui soit à leur disposition.feu A la veille de Samonios tous les feux sont éteints excepté celui des druides sur le site même de la fête et qui servira à rallumer tous les autres. En parallèle, de grands feux étaient allumés sur le tertre ou la place du village et servaient aussi à rallumer tous les feux qui avaient été éteints la nuit auparavant.

F. Le Roux et Guyonvarc’h soulignent les trois aspects de la fête : une fête religieuse d’abord, célébrée au bénéfice de toute la société (sacrifice animal ou oblation végétale), une suite de réunions ou assemblées légales, appuyées sur la base religieuse ensuite, et qui avaient pour intention la remise en ordre de la justice et de l’administration royales, enfin le festin proprement dit auquel chacun est tenu d’assister sous peine de mort.

Le rituel semble bien établi : au niveau le plus bas, le peuple rend hommage à ses dieux avant d’aller prendre sa part du festin et assister aux jeux. Au niveau de la classe guerrière a lieu l’essentiel des banquets, festins et beuveries : les guerriers s’y enivrent, y exhibent leurs trophées, y racontent leurs exploits. Au niveau sacerdotal, on allume le feu et pratique les sacrifices ; puis on préside aux assemblées légales auxquelles prennent part le roi et les nobles. Le plus souvent la fête de Samonios s’étendait sur sept jours : trois jours avant, le jour même et trois jours après, même s’il est un peu paradoxal de parler de durée et de temps dans la mesure où cette période était justement « hors du temps » et que n’importe quelle durée y correspondait à l’éternité.

Lors de la fête on célébrait la mort symbolique de l’ancienne année , les dieux et les héros passés dans l’Autre Monde et les défunts de la famille et du Clan : il s’agit là de rétablir le contact entre la communauté des morts et celle des vivants. Ces célébrations étaient entrecoupées de festins rituels, rite de re-naissance du monde (au début de l’année correspond symboliquement le début du Monde) car à côté de son caractère agraire, cette fête illustrait en même temps un retour à l’origine mythique de « fondation » de l’ordre cosmique : la veille de Samonios, on éteignait tous les feux et le lendemain on inaugurait la nouvelle période avec des feux nouveaux.

De la Lune et des Constellations

Samonios se trouve dans le signe astro du Scorpion gouverné par l’élément Eau et plus particulièrement par la mer : en se transformant et en changeant l’eau s’avère apte à laver de la douleur et de la tristesse et donc à avoir un effet bienfaisant face à la perte d’un proche.

Mais le Scorpion évoque aussi « la nature au temps de la Toussaint, de la chute des feuilles, du glas de la végétation, du retour au chaos de la matière brute, en attendant que l’humus prépare la renaissance de la vie » (Encyclopédie des symboles. Pochothèque). Il est « symbole à la fois de résistance de fermentation et de mort, de dynamisme, de dureté et de luttes » (id.) -il a d’aileurs Mars pour maître planétaire- mais aussi des influences occultes, de la magie, des puissances instinctives et brutales de la nature, des esprits bons et mauvais. Nous sommes donc ici dans une problématique de destruction et de création, de mort et de renaissance. Et donc, en fait, au cœur même du symbolisme « sombre » de Samonios (ce côté sombre illustré à cette date par la mort des dieux et des héros), même si d’un autre côté (mais est-ce bien étonnant ?), cette fête « ruisselante de joie et de lumière, dans les palais des rois [renforçait] par son abondance de nourriture et de boisson, le potentiel sacré de l’humanité, la préparant ainsi à la rude épreuve des ténèbres hivernales » (Guyonvarc’h). Raimonde Reznikov se veut précise : « Samain se célébrait quand la pleine lune était dans la constellation du Taureau et le soleil dans celle du Cerf ». Il est peut être intéressant , analogiquement, de préciser que la cueillette du gui et la désignation du Roi de Tara s’accompagnaient du sacrifice de deux taureaux blancs (le Taureau symbolise le temps des Semailles, la fécondité de la vie terrestre et l’aspect indomptable et farouche de la nature). Le Cerf quant à lui, ne peut qu’évoquer Cernunnos qui représente la force fécondante, les métamorphoses, les cycles de transformation et la magie.

chaudronDans l’interprétation qu’il donne des scènes du Chaudron de Gundestrup, J.J.Hatt donne Samonios comme date de la descente de Cernunnos dans l’Autre Monde, et c’est le sacrifice du Cerf par Smertrios qui lui permettra, débarrassé de ses bois de cerf et devenu alors Esus, de remonter sur terre. Rappelons aussi qu’Esus, l’autre face selon Hatt de Cernunnos, qui est relié au symbolisme de l’Arbre (et sans doute plus particulièrement de l’if et du gui) et du taureau qui doit être sacrifié pour que son sang régénère les grues, images de la Déesse, était assimilé par les romains à leur dieu Mars (le maitre planétaire du Scorpion) parce qu’ils lui attribuaient un même symbolisme d’énergie universelle et de force créatrice, de destruction et de construction.

Des Dieux et des Déesses

On retrouve là tout le symbolisme propre à Samonios mais on peut aussi avoir une idée des divinités qui étaient peut être plus particulièrement honorées lors de cette fête.

On trouve bien sûr en premier lieu Rigantona (qu’on honore aussi sous un autre aspect en mai, c’est-à-dire à l’occasion de l’ouverture de la saison claire), la Grande Reine de l’Autre Monde, le Grand Principe Universel Féminin, omniprésente et toute puissante. Chaque jour de Samonios, la Morrigane, elle, se lave sur la rivière Unius et l’on connait ses rapports avec le Dagda : elle est aussi Reine de l’Autre Monde , elle correspond à Morgane qui règne sur Avalon et à Mélusine « dont les yeux sont des reflets de l’Autre Monde », même si on la connait sous bien d’autres noms encore dans les pays celtiques. Il y a ensuite Lug, auquel le porc dont on consomme la chair est consacré, et dont certaines généalogies donnent comme l’amant en même temps que le fils de la Grande déesse (ce qu’on dit aussi d’ailleurs du Taureau). Je pense aussi au Dagda auquel le porc est également consacré, et à son correspondant gaulois, Sukellos, dieu du passage qui, lorsqu’il a frappé le coup mortel, accueille les âmes des hommes pour une vie nouvelle, également protecteur des défunts qu’il abreuve de son tonnelet pour assurer leur survie. Et puis il y a le dieu chtonien Cernunnos qui engrange sous la terre, pendant la saison froide, les forces telluriques qui, quand elles seront arrivées à maturité sur terre, seront représentées par Esus, selon J.J.Hatt.

Un grain de blé

Les labours et les semailles des céréales sont une pratique qui a cours à Samonios, le blé devant être enseveli et pourrir avant de renaître. Elle correspond probablement à la coutume du rite funéraire de l’inhumation qui, avec la crémation et l’excarnation se sont partagées tour à tour les « faveurs » des anciens Celtes.

Par analogie l’épi de blé peut symboliquement représenter une communauté humaine : tous les grains de blé semblent identiques mais chacun a son individualité propre. A partir de là on peut considérer que le grain de blé représente l’homme. Et comme lui, il lui faut (pendant cette longue nuit de l’hiver « riche de toutes les virtualités de l’existence ») pourrir sous la terre avant de renaître suivant un cycle saisonnier qui s’apparente au cycle vital humain et le symbolise dans les sociétés à caractère agraire.

Un certain nombre de druides contemporains affirment l’adéquation, à l’origine, entre Samonios et l’Equinoxe d’Automne. Par exemple Raimonde Reznikov : « le symbolisme de Samain montre qu’il s’agissait à l’origine d’une fête de l’équinoxe d’Automne ». Il lui parait en effet certain « qu’à l’origine les autres fêtes étaient bien placées aux équinoxes et aux solstices et que la raison de leur décalage dans le temps provient du phénomène de précession des équinoxes responsable de la rétrogradation d’étoiles repères ». A l’appui de ses dires, l’auteur cite le passage de « la Bataille de Crinna » évoquant la maturité des glands (dont la mastication on le sait, favorise la divination)) et des fruits mais cet argument est rejeté par Le Roux et Guyonvarc ‘h qui, d’une part, rattachent cette maturité plutôt à Lugnasad, d’autre part avertissent qu’il « serait imprudent de tirer de ce texte que Samain était une fête à caractère agraire […] du reste ce même texte souligne immédiatement les aspects juridiques [et] ce qui domine de loin la fête de Samain c’est le grand banquet royal et militaire », affirment enfin à plusieurs reprises que le problème de la place de Samain dans le calendrier ne se pose pas : « c’est une fête de novembre, même si elle ne pouvait guère être une fête fixe car dépendant d’un calendrier luni-solaire ».En fait Samonios, plutôt qu’appartenir réellement à l’automne ou à l’hiver semble bien être un point de transition entre les deux saisons où, jadis, tous les animaux non requis par le travail ou retenus comme réserve d’élevage étaient abattus et leur viande fumée ou salée était mise en réserve pour l’hiver. Ce qui ne pouvait pas être conservé était alors mangé lors de la fête tandis que la graisse, les peaux et les fourrures étaient prélevées car vitales pour aider les gens à passer l’hiver. C’était une courte période de plénitude avant la cruelle pénurie de la nuit hivernale. Car je crois qu’il serait abusif, comme Le Roux et Guyonvarc’h, de ne pas voir aussi un caractère agraire à la fête de Samonios (fête « totale » !) alors que la société celtique était effectivement une société agraire et pastorale et que le calendrier celtique semble bien avoir été réglé sur le début et la fin des travaux de l ’élevage et de la culture plutôt que sur l’année solaire des équinoxes et des solstices.

A propos du Calendrier

Il est vrai qu’un calendrier gallo romain composé d’une mosaïque ( http://jfbradu.free.fr/mosaiques/gallo-romaines/st-rom-gal/st-rom-gal.htm ) et découvert à saint Romain en Gal représente les scènes d’hiver suivantes où n’apparaissent pas les semailles (sauf pour les fèves) et qui sont plutôt des scènes d’intérieur : deux paysans assis près d’un foyer ; un homme apportant des osiers à une femme qui tresse des paniers ; deux autres semant des fèces ; un homme et un enfant faisant des libations aux dieux du Foyer ; la meule tournée par l’âne que dirige une femme ; un homme introduisant des pains dans le four ; deux autres vêtus du chaud manteau à capuchon transportant au vignoble du fumier sur un brancard. En revanche ce sont les scène d’automne qui concernent les travaux des champs : les vendanges d’abord ; et puis on y cueille les pommes, on déchausse les arbres, on fait les labours et les semailles. Mais il ne faut pas se laisser tromper par une interprétation littérale des mots, par le fait que Samonios correspond au début de l’hiver : au 1er novembre, nous sommes toujours dans les conditions qui ont prévalu durant l’automne et il est encore temps de semer les blés, l’orge et la seigle dans la terre endormie ; après il serait trop tard car les grains ne germeraient pas (en quelque sorte des semailles d’hiver dans des conditions automnales…). De plus je suppose que les agriculteurs de l’époque ne semaient leurs grains que quand ils estimaient que la terre était prête, ou encore apte à les recevoir et non pas parce qu’un calendrier (sauf s’il s’agissait d’un rite cultuel) leur enjoignait de le faire à une date précise. Donc, le 1er novembre, nous sommes encore en automne mais c’est quand même le début de l’hiver. Ou peut être serait-il plus approprié de dire « la fin de l’été » pour respecter l’étymologie d’une part mais aussi parce que les différentes fêtes semblent effectivement bien représenter non pas le début mais plutôt la fin des périodes (ce qui je crois correspond tout à fait à la conception que les Celtes avaient du temps):

Samain : fin des jours blancs, entrée dans les jours noirs

Imbolc : cœur des jours noirs

Beltaine : fin des jours noirs, entrée dans les jours blancs

Lugnasad : cœur des jours blancs

Les solstices et équinoxes, eux, représentent les moments culminants, ostensibles des saisons proprement dites et correspondent aux dates de nos saisons actuelles. D’aucuns pensent au contraire que Samonios coïncidait à l’origine avec le solstice d’hiver. Il est vrai, par exemple, qu’à l’appui de cette thèse, certains situent la cueillette du gui au solstice d’hiver même si je trouve personnellement que la date du 1er novembre est plus appropriée (symboliquement, etc.) à cette cueillette. Considérant que les 4 fêtes solaires, équinoxes et solstices, dont la célébration existait de toute antiquité parmi les peuples autochtones de l’Europe préhistorique et qui furent assimilés par les arrivants celtes pour assoir une société dont les fondements économiques étaient d’essence agraire et pastorale. Considérant donc ces 4 fêtes et leur articulation dans le calendrier cultuel celte, je trouve tout à fait intéressant et justifié , aux niveaux pratique, symbolique et métaphysique que chacune d’entre elles soit un « paroxysme » et non un « début ». Chacune d’entre elles constitue alors une extension de la fête -Imbolc, Beltaine, Lugnasad, Samain – qui l’a directement précédée tout en représentant le moment culminant, ostensible de la saison que chacune de ces grandes fêtes celtes inaugure. Samonios est placée sous le signe astrologique du Scorpion qui symbolise le glas de la végétation,

feuillesla chute et la décomposition des feuilles, expression de la destruction des valeurs objectives et des formes extérieures à la faveur d’un processus de fermentation, de putréfaction, de désagrégation. Ce signe d’Eau, fixe, est celui de l’eau immobile, fétide des marais, comme celui de l’eau de vie ou de la lave volcanique. Ce signe est sous la tutelle de Mars et de Pluton, « le Prince des Ténèbres » symbole des profondeurs et des ténèbres de notre nuit originelle.

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En cherchant la description des épreuves d’admission au sein de la confrérie guerrière des Fianna, j’ai trouvé ces deux analyses particulièrement intéressantes et riches d’enseignement. Il serait dommage de simplement les résumer, je les livre donc in extenso…

Poortvliet cerf

« Les initiations guerrières prenant le cerf comme référence archétypale, bien que moins fréquentes que celles basées sur les carnassiers, sont attestées chez de nombreux peuples indo-européens et non indo-européens.

La mieux connue de ces initiations par le cerf est celle des Fianna celtes. La tradition et les mythes irlandais nous révèlent l’existence d’une sorte de confrérie ou « ordre » équestre composé d’hommes d’élite, les Fianna, commandés par Finn ou Demné « le Cerf », qui évoluait en marge des communautés tribales.

L’animal totem était le cerf, dont les membres acquéraient les particularités : vie en forêt, rapidité de déplacement, vigueur sexuelle, etc. Totem qui renvoie à un couple primordial d’opposés complémentaires mythiques qui structure une vision du monde précise : Finn le Cerf, en effet, rencontre toujours sur son chemin aventureux des sangliers ou des truies qu’il lui faut affronter et vaincre, imposant là une transposition de l’ancienne opposition préhistorique du cheval et du taureau, la dualité essentielle entre le masculin et le féminin, entre la vie et la mort.

Finn est lui même le fils de Cumall -le Camulos gaulois cité par César, l’équivalent du dieu Mars- et de Muirné, fille de Tagd, druide suprême d’Irlande. Il est l’incarnation de la fonction guerrière, mais aussi, par sa mère, du pouvoir spirituel et de la connaissance, entretenant des liens étroits avec le monde des morts. Finn saumonCe que confirme un épisode relaté par le mythe. Alors qu’il étudiait l’art de la poésie auprès d’un vieux sage sur les rives de la Boyne, il mangea un saumon qui lui donna le don de voyance et de prophétie : il lui suffit de mettre son pouce dans la bouche et de chanter « l’illumination du chant » pour que lui soient révélées les vérités cachées de toute question. A l’évidence, nous sommes là en présence d’un rite chamanique antérieur à l’arrivée des Celtes en terre irlandaise et que ceux-ci intégrèrent dans leurs pratiques magiques.

Toutes les aventures des Fianna, de Finn, d’Oisin et de leurs compagnons s’articulent autour de ces thèmes. Des quêtes et des batailles prodigieuses précèdent des rencontres extraordinaires avec des fées ou des revenants issus de l’autre-monde, mais un autre-monde que les Celtes concevaient souterrain et dont les accès se faisaient par les collines et les tertres, d’où une perpétuelle circulation entre les vivants et les défunts.

Lié à aucun territoire de l’Eire, bien qu’à l’origine il était relié au royaume de Leinster, et échappant aux règles de l’ordre établi, le groupe des Fianna parcourait l’Irlande de part en part, étant partout chez eux, se nourrissant chez l’habitant l’hiver et du produit de leur chasse l’été. Les récits indiquent leurs missions : garder les ports, faire régner la justice et l’ordre et collecter l’impôt, louant leur service aux rois, tout en se consacrant à la chasse et aux activités intellectuelles, comme l’art oratoire et la poésie.

Confrérie errante, versant parfois dans le brigandage, les Fianna étaient en rapport intime avec la nature, et d’abord avec la forêt. Leur recrutement était le résultat d’une sélection sévère et de nature initiatique dont la source première était Cernunnos, le maître du savoir suprême qui ordonne et commande aux forces de la nature, recevant de lui la puissance, la lumière supérieure, la fécondité et la révélation, grâce aux « voyages chamaniques », des secrets des trois mondes. En outre, il leur fallait être lettrés et connaître intégralement les douze livres de la poésie sacrée irlandaise qu’ils devaient réciter sans une faute.

Finn_Mac_Cumhal

Guerriers d’élite, ils devaient satisfaire à des épreuves précises et difficiles : placé à mi-corps dans un trou, le futur Fianna, armé seulement d’un bouclier et d’une baguette, devait soutenir l’attaque de neuf guerriers -chiffre hautement symbolique et chamanique (la perfection, la fin et le commencement d’un cycle, c’est à dire la transposition sur un nouveau plan, un « monde neuf » auquel accède un « homme neuf »)- ; courir nu dans la forêt « comme un cerf » pour échapper à la poursuite de trois guerriers, sans recevoir une blessure, sans se faire rattraper, sans que la chevelure ordonnée en tresses, symboles des bois du cerf, ne soit dérangée et sans qu’une brindille n’ait craqué sous les pieds; sauter,à l’instar d’un cerf, par dessus une barre placée à la hauteur du front; arracher, sans ralentir sa course, une épine fichée dans le talon; « combattre comme un cerf », c’est à dire affronter d’autres guerriers à coups de tête. De plus, grâce au « feth faida » qui implique la connaissance suprême permettant la métamorphose animalière, le guerrier Fianna pouvait se rendre invisible, procédé sur lequel nous sommes mal renseigné. Versée à la fois dans l’art de la guerre et dans l’art de la poésie, celle-ci impliquant alors la connaissance des mystères divins, la confrérie des Fianna devait acquérir la renommée, la puissance, mais aussi la crainte auprès du peuple et des pouvoirs réguliers avec lesquels elle entrait souvent en conflit.

Le mythe nous révèle en effet que la Fianna entra en conflit ouvert avec l’un des plus grands rois d’Irlande, Cormac Mac Art (fin du IIe siècle-début du IIIe siècle), guerre d’où la confrérie sortit vaincue, mais dont la mémoire gaélique conserva la trace : les mythes firent des Fianna les génies de la forêt, des « génies cervidés de la sylve ».. Et c’est sans doute les restes de guerriers-cerfs de type Fianna, dont les têtes étaient couronnées de bois de cerf, qu’ont livré les sépultures découvertes à Téviec et à Hoëdic, près de Quiberon en Bretagne. Il faut voir dans l’histoire de Finn et de la Fianna, liée à l’idéologie pan-indo-européenne que constitue le phénomène des sociétés guerrières initiatiques, les prémices du mythe du roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde, mais aussi l’existence de guerriers d’élite entourant les chefs et les rois. »

Bernard Marillier : Le cerf : symboles, mythes, traditions, héraldique.

finn

« Les Fianna rentrent dans une autre typologie guerrière. Cu Chulainn et ses compagnons étaient les héros du clan, ils concentraient l’énergie totémique de leur lignée. Les combattants de Finn par contre, doivent se séparer de leurs familles et faire vœu de ne plus participer à la justice tribale (venger les morts de la famille ou être vengés par eux). Ils paraissent avoir constitué une confrérie initiatique militaire qui imposait à ses aspirants des épreuves autant guerrières que magiques.

Mais bien que la force et l’adresse dans le combat continuent de faire la différence entre les combattants mineurs et les grands héros, la nature du pouvoir martial n’est plus la même. Cu Chulainn surclassait ses ennemis par la « furor » belliqueuse qui le transformait en berserk. Finn, le fondateur mythique de la milice, et ses hommes font appel à une force à coloration spirituelle et druidique. A part les qualités physiques et athlétiques, les Fianna doivent apprendre les subtilités de la culture et de l’art, l’ordalie physique étant doublée de l’apprentissage des douze formes traditionnelles de poésie. La poésie était à l’époque une activité magique, le barde ayant des pouvoirs similaires au druide; une satire par exemple, était utilisée comme une malédiction qui liait les plus braves guerriers. Finn, l’homologue de Cu Chulainn, mais aussi d’Arthur, devient un héros, confond ses ennemis et fonde la confrérie des Fianna après avoir mangé « le saumon de la sagesse », poisson merveilleux qui lui permet de prévoir l’avenir et de manipuler psychiquement ses adversaires. »

Corin Braga : Le paradis interdit au Moyen Age

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