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Jean Claude Carrière et Peter Brook sont en Inde pour un travail préparatoire au « Mahabharata »… La scène se passe le 5 février 1983 et est relatée par JC Carrière dans son livre « Dictionnaire amoureux de l’Inde » :

« Plus haut nous trouvons un petit temple en ruine, au milieu même de la forêt. Tout ce que nous cherchions. Un terre-plein, de six mètres sur quatre, est entouré d’une terrasse où on peut s’asseoir.

Nous prenons un moment de pause. Il fait chaud malgré l’altitude. Peter Brook demande à chacun de partir seul dans la forêt pendant une vingtaine de minutes, et d’en ramener un objet qui l’aura particulièrement frappé. Ce que nous voudrons.

Sitôt fait. Nous partons et nous revenons un peu plus tard, ramenant un caillou, une feuille, une branche,une pincée de terre,un morceau de fruit, une longue palme, un bout d’écorce, un insecte mort.

Au centre de notre terrasse délabrée, nous entassons tous ces objets. Et nous commençons nos exercices quotidiens, d’abord vocaux, puis physiques. Spectacle probablement étrange même en Inde : vingt cinq hommes et femmes, européens, africains, avec aussi un japonais, un Balinais, la plupart dans des vêtements singuliers, en train de s’égosiller en pleine forêt, de transmettre des signaux, des gestes, des improvisations, des fragments de textes.

Aucune forêt indienne n’est déserte. Des paysans, des bucherons passent auprès de nous, regardent le groupe avec curiosité, s’arrêtent, puis repartent.

Tout à coup une femme s’approche, une paysanne. Sans hésitation elle dépose sur le sol son fardeau, franchit les quelques marches de la terrasse, sans un regard pour nous, et s’allonge entièrement sur le sol, les deux bras étendus devant elle, les mains jointes en direction du tas d’objets divers que nous avons rapportés, un moment plus tôt, de la forêt.

Elle a vu en passant ce qui ressemblait à une offrande, elle est venue spontanément y rendre hommage.

Nous restons silencieux, le souffle retenu. Nous osons à peine la regarder.

Simplicité, omniprésence d’une ferveur. Décision soudaine de sacraliser ceci ou cela. On dirait un souhait très particulier de bienvenue.

La femme reste environ une minute, allongée sur le sol en silence au milieu de nous. Nous n’entendons d’elle qu’un murmure. Puis elle se redresse, sort du groupe (toujours sans un mot) et s’éloigne avec son fardeau dans la forêt. »

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crémation Inde

 » Lorsque la vie arrive à son terme, chacun des éléments qui composent l’être vivant redevient matière première pour former d’autres êtres. Les cellules du corps physique se mêlent au terreau qui va nourrir des plantes, des animaux, d’autres hommes. Les éléments du corps subtil se dissolvent dans l’intellect universel, la conscience universelle pour servir à nouveau. Ce qu’il y a de divin dans l’homme se fond dans le divin dont il n’est séparé qu’en apparence « comme l’espace contenu dans l’urne se fond dans l’immensité de l’espace quand l’urne est brisée ».

Il est évident que l’ensemble des êtres vivants, des bactéries, des plantes, des animaux, survivent comme espèce non comme individus. A quel moment de leur évolution les hominidés auraient-ils acquis une individualité éternelle ? Il semble que déjà les sages du paléolithique considéraient que les êtres vivants ont deux âmes, l’une qui retourne à l’âme universelle, l’autre qui est individuelle et se désagrège, bien qu’elle puisse parfois survivre après la mort pour un temps limité, donnant les fantômes. Les hindous appellent « corps transmigrant » l’ensemble des facultés subtiles qui peuvent éventuellement rester quelques temps assemblées -surtout en cas de mort soudaine- avant d’être réutilisées, comme les autres éléments du corps, dans la formation d’autres êtres. d’où l’importance des rites funèbres.

On peut comprendre comment des esprits enfantins ont pu, partant de ces données, parler d’union avec Dieu ou de transmigration. Ce qu’ils oublient, c’est que le lien entre les différents éléments qui constituent le « moi », l’individualité, cesse totalement d’exister sauf dans ce que l’homme a su créer durant sa brève existence, ses fils et son œuvre.

L’homme ne survit que dans ce qu’il crée et en particulier dans la continuation de « son » espèce -d’où l’importance attachée à la race- ou dans son œuvre, les objets qu’il a façonnés, ses écrits, ses enseignements.

Les vendeurs d’enfer et de paradis ont soigneusement entretenu la croyance illusoire des hommes en une survie personnelle, si absurde qu’elle soit, car aucune des « facultés internes » -la mémoire, la pensée, l’intelligence, la notion du moi- n’existe en dehors du corps physique. Seule la mémoire génétique, dont nous sommes inconscients, se transmet, survit dans d’autres êtres.

C’est la terrifiante idée d’une éternelle survie dans un au-delà mal défini -comme si ce qui a un commencement pouvait n’avoir pas de fin- qui crée dans le monde chrétien une telle angoisse de la mort. Les hommes se cramponnent à la vie par peur de l’au-delà. La mort est pourtant une chose toute simple, un dernier sommeil dans lequel l’être tout entier se dissout, retourne, matière inerte, au chantier divin dans lequel il fut façonné comme le vase brisé redevient terre de potier.

La mort apparait alors comme la fin d’un merveilleux voyage au bout duquel on s’endort sans crainte pour se dissoudre dans d’autres êtres qui continueront le voyage. »

Alain Daniélou : « Le chemin du labyrinthe ».

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Je ne voudrais pas paraitre trop prétentieux, mais à l’orée de ces « chroniques du balcon », qui menacent d’atteindre un summum d’inintérêt, j’avais envie de mettre en exergue ces lignes de Xavier de Maistre qui préludent à son « Voyage autour de ma Chambre »:
« J‘ai entrepris et exécuté un voyage de quarante−deux jours autour de ma chambre. Les observations intéressantes que j’ai faites, et le plaisir
continuel que j’ai éprouvé le long du chemin, me faisaient désirer de le rendre public ; la certitude d’être utile m’y a décidé. »


Orienté plein nord, mon balcon mesure 1m28 sur 2m86, . Une porte fenêtre, de la pièce principale, y donne ainsi qu’ une autre porte fenêtre, de la cuisine, et qui forment angle droit. Quand on y (rentre ? pénètre ? je ne sais pas trop quel terme employer s’agissant d’un balcon …) sur la droite, un grand fauteuil paillé que j’ai du acheter quand j’avais une vingtaine d’années. Assurément ce détail ne me rajeunit pas, mais le fauteuil, lui, est encore en bon état même s’il faudrait que je m’en occupe … la paille semble toujours impec mais le montant du côté droit, l’extrémité donc est en train de s’effriter … je l’avais déjà traité : bonne dose de cette saloperie de xylophène et tartines de pâte à bois après avoir enlevé tout ce qui voulait bien partir … mais là, depuis un ou deux ans, ça recommence … je ne sais pas s’il y a, à nouveau, une bestiole, mais ça se barre en couilles de poudre de bois dès qu’on y aventure un ongle … si j’enlève tout ce qui veut bien partir, ça va faire vraiment un gros gros trou … je me demande si le mieux ne serait pas finalement de scier le bout et de le remplacer par un autre morceau de bois parce que, que ça ne soit pas fait dans les règles, je n’en ai pas grand chose à faire après tout, je ne participe pas à un concours de restauration de fauteuil paillé (comme quoi, on peut changer, parce qu’il y a quelques années, jamais je n’aurais raisonné de cette manière…). Je ne me suis pas acheté beaucoup de meubles qui « comptent » dans ma vie … ce fauteuil et puis une petite table de ferme … c’est d’ailleurs sur elle que je suis présentement installé. Je les ai achetés à peu près en même temps quand j’avais une vingtaine d’années … besoin de m’ancrer ? avec ces meubles régionaux ? besoin de m’installer ? quoi de moins « nomade » qu’un « meuble » ? autrement dit, le meuble: symbole d’embourgeoisement ?… l’outil d’initiation qui fait passer le seuil, passer de l’ado à l’adulte ? adulte ? moi ? ça ce saurait … enfin quoi qu’il en soit, les seuls autres meubles que j’ai achetés par la suite étaient des étagères, et puis des étagères, et puis … des étagères … ah si ! il y avait aussi ce fauteuil Voltaire que j’aimais et que j’ai préféré abandonner plutôt que de discuter pour le récupérer, il y a de ça maintenant 7 ans (!!!), parce que j’abandonnais aussi tout ce qui était allé avec pendant plus de vingt ans, c’est comme ça que j’ai laissé une bonne partie de mes « beaux » livres (les Encyclopédies de Pierre Dubois notamment), pas mal de BD (dont les séries « Tintin », « Spirou et Fantasio », et les Corto Maltese), les Pléiade (Montherlant, Giono, Céline, Hemingway) (entre parenthèse, j’aimais bien lire dans ce Voltaire, il était beaucoup mieux adapté à ça que les autres sièges … )

(Dimanche 17 février 2002-2008)

On n’est pas encore dimanche et on n’est plus samedi … en fait il est minuit et comme je ne peux pas dormir je descends fumer une cigarette dans le hall où je trouve installé … Sharad qui est là depuis une heure … il n’avait pas osé monter, craignant de nous réveiller… Il a des cadeaux pour nous, une statuette de ……. Shiva pour moi et pour France un plant de Tulsi dont le blog « l’Inde où je vis » (dont j’ai donné le lien au début de ce voyage) dit :
« Le Tulsi (basilic) est regardé comme l’épouse de Vishnu. Cette plante sacrée que les hindous cultivent en pot dans les temples et à leur domicile apporte le bonheur. Il lui font des Puja chaque matin, et y mettent une emphase particulière lors du mois de kartik, (oct-nov) consacré à Vishnu, avec le mariage du Tulsi. Une lampe à huile brûle devant elle. On considère que mettre des feuilles de Tulsi dans l’Eau la rend aussi pure que l’Eau du Gange (Ganga jal). On met une feuille de Tulsi dans la bouche d’un mort pour le purifier. »
Un joli cadeau en vérité, mais « mon » Shiva est aussi très beau, sans doute ancien …à Mc Leod Ganj, moi, je lui avais donné mon harmonica…
Jusqu’à 2 h dans la chambre, il parle sans arrêt et France et moi en arrivons vite à une complète saturation … je comprends quand même qu’à mon sujet il dit que je dois avoir trop de pensées en tête -sur les gens, sur les choses, etc.- et qu’il faudrait que je les écrive pour débarrasser mon esprit et en même temps y voir plus clair … il a bien su lire en moi le bougre et su discerner mon agitation mentale …
Quand nous voulons partir, les employés de l’hôtel qui ne sont toujours pas couchés (mais bon c’est vrai que s’ils dorment dans le hall on doit les déranger pas mal …) insistent pour qu’on paye les trois dernières nuits. Il n’a jamais été question de ça et on est persuadé qu’on a déjà payé l’Agence pour ça précisément, alors on les renvoie à Bablu. Et c’est ce qu’on fait aussi pour le chauffeur de la voiture qui vient nous chercher : pas question de le payer directement comme il le réclame, qu’il s’adresse à Bablu. D’ailleurs, on s’offre une petite peur quand il nous demande s’il doit nous emmener à l’aéroport international ou l’aéroport domestique … pas la peine de se fier à leur dénomination, il nous précise que l’un comme l’autre présentent des vols internationaux … Alors plutôt que répondre au hasard, France demande à son pendule qui penche pour le premier: bingo ! gagné ! ouffff………….
Nous y retrouvons Anne qui est allée à Haridwar (quand nous y étions aussi), Agra et Jaïpur et nous commençons à échanger ce qu’on appelle désormais nos « souvenirs » …
A l’aéroport, je suis « aux oiseaux », je perds mon billet, je ne retrouve plus ni ceci ni celà alors que je l’ai sous le nez … y a de la fatigue dans l’air … et puis des anecdotes bizarroïdes : à la Sécurité par exemple on me confisque la boite d’allumettes que j’ai dans la poche de pantalon mais pas celle dans mon coupe-vent …
Nous arrivons à Paris vers 15 h, heure locale, où France s’aperçoit qu’elle a perdu son plant de Tulsi, récupérés par le frère de France presque une heure et demi plus tard, parvenus à Poitiers dans la nuit où j’éprouve une certaine excitation à me retrouver bientôt tout seul et (curieux, non ?) impatient de me mettre aux « Fragments d’un enseignement inconnu » d’Ouspensky dès demain …

ben voilà, c’est fini …..

Namasté.

(Samedi 16 février 2002-2008)

Notre dernier jour ici. Après une douche de mise en forme … tiens je m’aperçois que dans les choses dont je n’ai pas parlé figure la douche indienne que j’affectionne tout particulièrement …il faut d’abord parler de la salle de bains qui est entièrement carrelée avec un trou au milieu par terre … le but du jeu est donc de se savonner si on en a envie et de se rincer ensuite avec une sorte de broc, un récipient qu’on remplit d’eau au robinet… c’est curieusement très agréable et particulièrement économique … Donc, après une douche de mise en forme, je passe une bonne partie de la matinée à me balader dans le quartier, à naviguer entre les tranchées qui, par ci par là, éventrent les rues, les animaux en nombre, les véhicules vociférants, les passants affairés … dans un état de bonheur sans taches … j’achète des couverts, je me doute bien que les fourchettes surtout ne résisteront pas à un morceau de viande même pas coriace mais ils sont plutôt jolis, et encore une ou deux statuettes de Shiva.
inde-20-2002-2008-052.jpg Avec France, nous restons un bon moment à prendre le soleil dans le petit jardin public au pied de l’hôtel, puis nous mangeons très copieusement dans un restaurant végétarien. Je n’arrête pas de m’émerveiller devant les couleurs des légumes et leur diversité, et leur goût !!! enfin une cuisine végétarienne qui donne faim … inde-22-2002-2008-055.jpg celle que j’ai pu « essayer » en France est tellement triste … et d’une fadeur …Nous retournons ensuite dans le jardin où je somnole tranquillement pendant plus d’une heure, les pieds nus sur la terre fraîche. En fait, on attend Sharad qui devait passer nous prendre en voiture pour un dernier tour dans le centre de New Delhi … je voudrais notamment y changer mon pendjabi acheté chez le Sikh qui, sans doute parce qu’il n’en avait plus en stock, m’avait soutenu qu’on ne faisait pas de pendjabi en coton pour pouvoir m’en vendre un en synthétique … Pas de Sharad, alors nous partons une nouvelle fois à pied … Je cherche une édition de Sherlock Holmes en Hindi pour Patrick, mais en vain, en revanche j’achète encore quelques objets et France des vêtements … nous sommes un peu perdus et un môme se propose pour nous piloter… l’élémentaire bon sens voudrait qu’on se méfie mais nous sommes toujours en état de grâce et on se laisse faire … bon, c’est vrai qu’il nous conduit où il veut, mais après tout comme on n’a pas de but bien précis, ce n’est pas vraiment un problème …Et finalement on l’emmène dans un petit resto pour lui offrir un repas qu’il avale goulument …et avec ce qui ressemble bien à de la reconnaissance … Avant de rentrer à l’hôtel, une question que je me pose depuis sans doute notre arrivée et que je n’ai pas pensé à poser à qui aurait pu me répondre, c’est de savoir ce que les indiens peuvent bien faire sur les toits des maisons et des immeubles … il y en a partout, à côté d’espèces de gros réservoirs … de l’eau ? pour la lessive ?…inde-21-2002-2008-049.jpg
Sur la petite place rond-point juste à côté de l’hôtel, sur les barres d’acier qui l’entourent, du linge avait été étendu pour sécher et France, au moment de partir, y avait ajouté son pantalon qu’elle venait de laver : il est encore là à notre retour, ce qui franchement m’épate beaucoup et j’imagine juste en vitesse le même truc en France : rigoureusement impossible à mon avis … dans le petit jardin, c’était pareil, France avait déjà mis son pantalon et un châle à sécher sur les petites haies ce qui avait sans doute semblé tout à fait normal aux gens qui passaient qui n’y avaient absolument pas prêté attention …
J’ai nettement l’impression que depuis notre arrivée, nous avons passé un certain nombre d’initiations avec succès et franchi quelques murs …
Il est 19 h45 et nous n’avons toujours pas de nouvelles de Sharad alors que nous devons quitter l’hôtel à 2 h du matin, mais comme France ne semble pas du tout inquiète, je décide qu’elle a raison et d’en faire autant … On tente bien de dormir un peu mais on dirait que l’Inde en a décidé autrement, qu’elle a décidé de nous dire au revoir à sa façon, en nous empêchant de dormir : beaucoup de bruit dans l’hôtel lui même et beaucoup de musique dehors, un autre mariage sans doute parce qu’il semble que ce soit la période …

(Vendredi 15 février 2002-2008)

Je me réveille ce matin en pleine forme, je suis même assez enthousiaste à la pensée de mon projet d’un petit recueil de citations celto druidiques. J’ai passé une super bonne nuit, la première depuis longtemps et je suis d’excellente humeur dès que j’ouvre les yeux… Sur les coups de 10 h/10 h 30, je suis assis sur une des marches qui conduisent à une petite boutique où on peut téléphoner n’importe où … en train d’attendre France qui téléphone à son Gillou … je suis bien là, le cul sur la marche et les pieds sur le trottoir, au soleil, les gens passent dans la rue et devant moi sans interruption, certains me regardent, d’autres non, il y a beaucoup de monde, beaucoup de couleurs, de bruit et de poussière, d’odeurs, et le soleil me chauffe agréablement la couenne après le froid qu’on a du affronter dans le nord … je ne sais même pas si je pense à quelque chose de précis et tout d’un coup, comme ça, sans raison particulière et sans signes avant-coureurs je me sens soudain envahi d’un bien être indicible, ineffable, je me sens envahi d’amour, d’un sentiment de gratitude pour tout ce qui m’arrive en ce moment, le beau et le moche, le facile et le difficile, et je me prends à remercier, merci, merci, merci, et je me fous à pleurer, comme ça, sous le soleil, dans les couleurs, les bruits et la poussière et les odeurs, au milieu des gens dont certains me jettent un regard avant de continuer leur chemin … si ça se trouve, pour eux, je ne suis jamais qu’un occidental de plus qui vient de péter un plomb, mais en fait, non, il y a toutes les chances pour que le spectacle que j’offre ne les interpelle même pas … normal pour eux …. on dit bien qu' »en Inde, tout peut arriver, et tout arrive continuellement »…Je dois être complètement illuminé parce que France, quand elle sort de la boutique-téléphone me demande ce qui se passe, et me dit que je semble être un homme neuf tout d’un coup . Elle me tombe dans les bras, les gens font un écart pour nous éviter … j’ai lu, avant notre voyage, que les démonstrations publiques ne sont guère prisées en Inde, mais là je n’ai pas vraiment l’impression qu’on soit en train de créer un scandale. De toute manière je m’en fous parce que je ressens toujours ce sentiment de gratitude et lui seul compte. France me dit que je suis transfiguré et que je rayonne tout autour de moi… mais elle aussi rayonne: elle vient de laisser un message sur le répondeur de son chevalier blanc (qui, en fait, est loin de l’être, marié et papa, dragueur du samedi soir dans les bistrots de Chatellerault…) et on dirait une ado amoureuse …
Alors, qu’est-ce qui vient de m’arriver ? je n’en sais trop rien … l’Eveil ? mais l’Eveil, d’abord, dans son acceptation habituelle j’y crois pas trop parce que « tel qu’il est défini dans certains courants mystiques de l’hindouisme (Samadhi) ainsi que du Bouddhisme (Nirvāna) et du Christianisme (Apatheia) il représente l’aboutissement d’une évolution de l’être humain qui conduirait à une émancipation radicale. » Ce qui n’est pas mon cas, et d’ailleurs je n’en veux pas de cet Eveil, je ne tiens pas à m’émanciper, et de quoi grands dieux pourrais-je m’émanciper ? devenir un pur esprit, une ombre éthérée, bof… moi j’aime mon incarnation, charnelle, matérielle autant que spirituelle, le noir et le blanc, le yin et le yang, le trop et le pas assez, le pile et le face, le rire et les larmes … le seul but que je peux dire que je poursuis, peu ou prou, c’est d’accéder à une vie plus consciente, moins mécanique (voir Gurdjieff, la 4ème Voie, etc… tout à fait « mariable » au paganisme …)…
Je connais pas mal de gens qui sont en « recherche spirituelle », depuis des années et des années. Des bouddhistes, des adeptes de mixtures orientales, des franc-maçons hermétistes, des chrétiens plus ou moins déviants, et certains « païens » aussi. Tous ils sont à la recherche de la Lumière, ils attendent l’Eveil. Ils y travaillent: des années et des années, parfois toute une vie de méditation, de pratiques diverses, de rituels, de lectures plus ou moins bien assimilées… et leurs vies, pour la plupart, sont affligeantes: la plupart se débattent dans des frustrations d’ordre égotique (complexes d’infériorité/supériorité), professionnel, sexuel (difficultés d’assumer ses « préférences », ses besoins ou ses absences de besoins), ou au niveau du rapport à l’argent (j’en connais qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts mais j’en connais aussi qui passent leur temps à acheter/vendre des immeubles et boursicoter pour amasser toujours plus…)…
Il y en a aussi, beaucoup, qui se débattent dans des histoires de fesses (je parle bien d’histoires de fesses, de coucheries, et pas d’histoires d’amour…), convoitent le mari ou la femme de l’ami(e), ruminent la rancoeur de s’être fait piqué le mari ou la femme par l’ami(e); essaient, au bord du dégout, de nouvelles expériences parce qu’il ne faut pas avoir l’air coincé…(parce qu’en plus tous ces gens fonctionnent la plupart du temps en « circuit fermé »… ce qui induit aussi un état d’esprit particulier)… Il y a ceux qui ne comprennent pas pourquoi leurs enfants, « eux aussi », ont des problèmes d’alcool ou de drogue (« pourquoi est-ce que ça m’arrive à moi ?… » sous entendu « à moi qui ai des préoccupations spirituelles »)…
Il y a aussi ceux qui souffrent de frustrations d’ordre spirituel, qui attendent un Eveil qui ne vient pas et qui se refusent ne serait-ce qu’envisager que l’Eveil, finalement ça n’existe peut être pas dans le sens où ils l’entendent, parce que ça reviendrait à remettre en cause toutes leurs années de méditation, de pratiques,etc.etc…. Il y ceux qui tombent alors dans des Voies beaucoup plus extrêmes et contraignantes pour finalement se retrouver à flirter avec la schizophrénie…
Et tout cela me semble bien dérisoire et pitoyable et certainement très significatif… bien dérisoires toutes ces privations, tous ces efforts pour « s’élever » au niveau d’une espèce de béatitude spirituelle où le Ciel, seul et unique, serait le But et la Terre, l’ennemie, où l’Homme serait amputé de sa partie obscure au seul bénéfice de sa « partie claire et lumineuse »… mais en se retrouvant ainsi complètement déséquilibré… certainement très significatif que toutes ces privations, tous ces efforts pour s’abstraire des contingences matérielles pour arriver « à se mettre en prise directe avec le divin » ne mènent qu’à s’engluer dans leur aspect le plus « matérialiste »qui soit et dans les frustrations de tous ordres…mais bon, il y en a aussi qui se trouvent très bien de leur recherche de la Lumière…après tout, tant mieux pour eux…
mais en ce qui me concerne ce que je viens de connaitre, c’est certainement pas l’Eveil mais UN éveil… à quelque chose …une porte qui était fermée vient de s’ouvrir, ou alors elle était déja ouverte mais je n’avais pas eu l’occasion jusqu’alors de m’en apercevoir … et c’est vraiment vachement agréable …
inde-16-2002-2008-048.jpg Vers la fin de la matinée, un rickshaw nous aborde, enfin je devrais dire carrément qu’il nous fait du rentre dedans, particulièrement collant … mais parce que nous sommes tous les deux dans un état de béatitude, on est tout naturellement porté vers la confiance et comme France voudrait trouver de la pâte de santal, on se laisse embarquer puisqu’il nous dit qu’il sait où il y en a … en fait, il n’en sait rien du tout et nous arrête devant … l’emporium où nous avons passé l’après midi d’hier. Finalement j’ai plus envie de rire qu’autre chose et France prend ça pour « une leçon ». Nous le plantons là sans autre forme de cérémonie alors que nous avions envisagé de le garder toute la journée pour un forfait intéressant pour lui et nous. Tant pis pour lui, il paye pour les autres … Nous sommes bien décidés à rentrer à pied mais nous sommes embarqués par un nouveau rickshaw qui nous avait suivi depuis l’hôtel !!!… et qui supputait que nous pourrions avoir besoin de lui … Un peu curieux tout ça, mais à quoi bon, ici, se poser trop de questions ?…
L’après midi, nous sommes pris en charge par une voiture envoyée par Bablu et l’Agence et qui nous emmène au Tibetan Camp. C’est un ensemble de bâtisses parcouru de ruelles étroites, labyrinthiques, un peu inquiétantes. Une véritable enclave où nous nous faisons un peu l’impression d’être de nouveaux Tintins mais où ne serions pas surs d’oser nous promener la nuit … Heureusement, de temps en temps, les couleurs des robes de quelques moines éclairent un peu ces ruelles, il faut bien le dire assez sordides. Nous y croisons d’ailleurs des jeunes aux mines assez patibulaires, abruties je dirais plutôt (il n’y a certainement pas que de l’alcool qui circule ici …) et je prends conscience une nouvelle fois que je me sens bien mieux au milieu des indiens, malgré leur faconde et leur roublardise … allez hop … on achète un peu d’encens dans une des rares (la seule ?) boutique qui ne soit pas fermée pour cause de Nouvel An et on s’en va …
inde-17-2002-2008-050.jpg Le chauffeur tourne pas mal dans la ville avant de trouver l’ashram de Sri Aurobindo. C’est une autre enclave, en quelque sorte, mais d’un autre genre que le Tibetan Camp… D’abord, c’est une enclave ouverte au monde puisqu’il fut créé en 1956 pour être un Centre de pratiques prônant le développement d’ une conscience spirituelle plus élevée . Il s’étend sur une énorme surface, plus de 300 personnes y vivent . Il y a même un terrain de sport, une bibliothèque, bien sûr et puis une épicerie où nous faisons le plein d’épices et une boutique où se vendent les publications de l’ashram mais aussi de l’encens, des papiers faits à la main, des cassettes de chants de dévotion, des huiles essentielles, etc… et surtout des photos, innombrables, de Sri Aurobindo et de la Mère.Le culte qui est fait autour de la personnalité de ces deux personnages n’est pas vraiment mon truc (les reliques de Sri Aurobindo ont été enchassées ici en décembre 1957) mais le calme et la sérénité qui y règnent sont agréables, même si, à quelques rares exceptions près, les gens qui vivent ici sont loin de paraitre épanouis … inde18-2002-2008-051.jpg
Le soir nous attendons Sharad avec lequel nous devons aller diner mais il arrive tard, et repart vite pour aller voir Bablu dont la femme a été hospitalisée avec « quelque chose de sérieux au niveau de la tête »… Et quand France appelle ce dernier au téléphone, au bout du fil, il craque, s’accuse de ne pas avoir été quelqu’un de bien avec nous et toutes autres sortes d’auto-flagellations sans aller pourtant jusqu’à nous proposer de nous rembourser alors que nous avons payé la location de la voiture pendant deux jours sans qu’elle soit mise à notre disposition …
Quoiqu’ il en soit, pas de dîner ce soir, seulement les trois quarts d’un sachet d’amuse-gueules ultra pimentés. Et puis à partir de 23 h on entend des pétards et une musique assourdissante dans la rue. On ne peut guère faire autrement qu’aller voir et nous tombons sur un mariage : le marié est en vêtement d’apparat sur un cheval idem : les lumières sont alimentées par des gros camions et seuls les hommes dansent sur les musiques d’une fanfare, et extériorisent leur joie. M’ont l’air bien bourrés , aussi ou en passe de l’être. Les femmes et les enfants restent groupés, à part, autour de la mariée… quelques ados plutôt inquiétants, rôdent ici et là … j’ai lu quelque part qu’ils s’amusent à pincer au sang les femmes occidentales qui passent à leur portée, et tentent de leur serrer la main, ce qui est un geste très sexuel … et effectivement, il y en a quelques uns qui essaient avec France mais elle les rembarre vertement.
Nous ne nous attardons pas plus d’un quart d’heure et remontons nous coucher …

(Jeudi 14 février 2002-2008)

inde-12-2002-2008-034.jpg Hier Sharad est parti par le bus pour Delhi à 18 h et en remontant à l’hôtel, peu enchantés de passer une nouvelle nuit tristoune dans cette chambre glaciale, France a eu l’idée véritablement géniale que nous partions tout de suite. On n’a pas mis longtemps pour rassembler nos affaires et moins d’une demi-heure plus tard la voiture démarrait. L’idée première était de rattraper le bus pour en faire descendre Sharad et qu’il fasse le reste du voyage avec nous mais nous n’avons pas pu. Soit le bus roulait beaucoup trop vite pour qu’on le rattrape soit on n’a pas pris le même chemin… France et moi avons longtemps discuté, elle surtout de son Gillou (grands dieux, comment est-ce qu’on peut oser porter un diminutif aussi ringard ?…) et de son fameux principe d’ Unicité : elle ne veux plus faire de bises aux gens qu’elle aime bien parce que c’est elle qu’elle embrasse en fait et elle ne peut quand même pas se remercier elle même d’exister … bon, même si je comprends pas grand chose à ce discours, ça me berce tranquillement et comme je sais assez bien écouter, je vois pas pourquoi je la priverais de se faire du bien en s’épanchant un peu …
Nous roulons un bon bout de temps et puis comme Viki a tendance à s’endormir, on s’arrête sur une espèce d’aire où il y a comme un grand hangar haut de plafond avec des grandes tables sur trétaux, sur un sol mal équarri en béton … c’est assez curieux, ça ne tient pas à grand chose mais c’est vraiment très, très dépaysant … et les gens que j’y croise ont l’air d’avoir des préoccupations, ou des occupations tout court d’ailleurs, qui sont aux antipodes des miennes… j’y bois quelques verres de thé brûlant , en fumant, pendant que les autres dorment dans la voiture alors que je n’ai pû qu’y somnoler quelques dizaines de minutes avant de me retrouver complètement réveillé et incapable de rester en place …
Nous arrivons à Delhi à 8 h du matin pour nous retrouver,inde-13-2002-2008-040.jpg garés dans un quartier populaire qu’on ne connait pas du tout, à attendre dans la voiture Viki qui s’est arrêté chez quelqu’un de se famille, dévisagés par tous les gens qui passent dans la rue… et Viki prend tout son temps …décidément, on a un peu de mal à s’habituer à leurs comportements…
L’après midi, nous allons à pied dans le centre, en renouant -avec bonheur- par la même occasion avec la chaleur,les odeurs, les bruits et la poussière… inde-14-2002-2008-042.jpg France a décidé de retourner à l’Emporium où elle a acheté pour plus de 200 euro pour rendre la marchandise, dont la fameuse bague avec une topaze qui ne serait pas une topaze … et se faire rembourser …. à ce que je comprends, cette dépense (vraiment très importante en Inde …) est en passe de la mettre dans une merde financière noire … Elle est épuisée,fatiguée par sa nuit de voyage, et ses nerfs ont du en prendre un bon coup mais elle obtient pourtant en grande partie satisfaction … le pire est que quand les employés -le patron est là lui aussi, pour distribuer ses décisions- acceptent de reprendre un truc, ils cherchent illico à lui vendre autre chose à la place …et je suis en butte aux mêmes attentions : on sait que je suis avec la femme française qui fait un peu de scandale dans le coin là-bas et qui exige d’être remboursée, mais on essaie pourtant de me vendre tout un tas de trucs … d’ailleurs je me laisse faire pour des statuettes de Ganesh et de Shiva quand on me les propose à moitié prix … j’ai même pas besoin de marchander, tant mieux d’ailleurs, j’ai horreur de ça et je sais pas faire … inde-15-2002-2008-039.jpg Quand nous en sortons, (nous y avons quand même passé une grande partie de l’après midi …) nous sommes tous les deux très fiers d’elle … Bablu, lui, l’est beaucoup moins qui nous jette un drôle de regard quand elle lui explique ce qu’elle vient de faire et ce qu’elle pense de lui et des marchands de l’Emporium … j’imagine sans peine qu’il a du toucher une commission et qu’il va sans doute y avoir de l’orage dans l’air …
Nous passons une agréable soirée à discuter de choses et d’autres et je commence sérieusement à réfléchir à une idée qui me trotte dans la tête depuis quelques temps: il s’agirait de réunir des citations « signifiantes » sur le druidisme et le paganisme celte pour faire un petit bouquin du genre « 1 pensée par jour » … d’ailleurs, j’en ai quelques unes dans un carnet que j’ai apporté, alors je me mets tout de suite à trier les phrases qui me séduisent…

(Mercredi 13 février 2002-2008)

Brrrr, la nuit a encore été glaciale et quand je me lève ce matin et descend pour aller faire un petit tour, les employés de l’hôtel ne sont pas tous levés, couchés dans le hall, par terre ou sur le canapé dans l’entrée, dans des duvets ou sous des couvertures, tout habillés… bizarre, vous avez dit bizarre ……. Quoi qu’il en soit le ciel est d’un bleu d’une pureté éblouissante et les jeux de lumière sur la neige et sur l’herbe sont magnifiques. L’air est pur et le soleil est chaud, mérite bien une petite ode à Belen, tiens:
« Salut à toi, Belen, protecteur du monde. Protège moi aujourd’hui, inspire mes oeuvres, accorde moi amour et bonté, courage et sagesse, pour que, nous quittant ce soir dans ta gloire, tu me laisses sain et joyeux et me retrouves tel demain ».
C’est un sujet dont je n’ai pas encore parlé : je n’éprouve aucune gène à invoquer mes dieux gaulois sur cette terre indienne, n’y vois aucune antinomie et c’était particulièrement évident quand je me suis plongé dans le Gange, même si j’éprouve beaucoup de respect pour Shiva et Ganesh notamment… j’ai essayé un peu de parler de ça avec Sharad mais je ne sais pas trop si j’arrive à me faire comprendre quand je lui dis que nous sommes issus peu ou prou d’un même foyer indo-européen et que je suis venu là parce que c’est là que vivent encore les dieux … en tout cas, il est sensible à mon médaillon de Cernunnos et je pense qu’eux aussi ont un dieu cornu …
Nos accompagnateurs nous donnent journée libre (sympathique attention de Sharad) et France et moi passons un peu de temps sur le balcon en plein soleil qui domine la vallée …inde-8-2002-2008-027.jpg juste en dessous, des maisons occupées par des familles tibétaines, avec des chèvres dehors … nous sommes un peu à l’écart ici et la neige que quasiment personne n’a foulée, donne une impression de propreté. C’est une autre histoire dans le centre où la gadoue a envahi les ruelles et nous pataugeons à qui mieux mieux pour aller au Namgyal, inde-10-2002-2008-032.jpg le Temple dans lequel sont célébrées les cérémonies religieuses pour le Dalaï Lama. Y est perpétué le rituel de Kalashakra La tradition du Kalachakra tourne autour des concepts du temps et des cycles : du cycle des planètes, du cycle respiratoire, et du contrôle des énergies les plus subtiles qui sont dans le corps de chacun afin d’atteindre l’illumination. La déité du Kalachakra représente un Bouddha et son omniscience. Tout est sous l’influence du temps, et lui est le temps donc sait tout. De même, la roue (du temps) n’a ni début ni fin.
L’église catholique serait jalouse… héhéhé … car il faut faire la queue pour y avoir accès. Il y a effectivement beaucoup de monde et ça nous fait perdre beaucoup de la visite … on voit beaucoup de choses, ça c’est un fait, mais de là à savoir ce que c’ est,inde-9-2002-2008-030.jpg mis à part les moulins à prières et les offrandes, c’est une autre histoire …
Quand nous en sortons, nous allons encore passer deux heures chez le marchand de pierres qui nous offre un cristal à chacun, c’est agir en bon commerçant car France s’y laisse aller à quelques folies et moi même j’y achète un bol à offrandes que je destine à mon autel. D’ailleurs tout ça me pousse à faire un rapide petit bilan de ce qu’a été ma vie spirituelle jusque là et comment j’envisage qu’elle soit maintenant tant en ce qui concerne le druidisme et la sorcellerie que des cours de Sélim Aïssel et de la 4ème Voie et du groupe de Stéphane. Toutes ces matières je compte bien m’y impliquer car je les sens faire partie intégrante de moi même, au moins pour les deux premières … en revanche je n’ai plus trop envie de continuer les satsanghs chatelleraudais (maintenant que je sais ce qu’est vraiment un satsangh et que nous n’en faisons qu’une parodie profane) et j’ai bien envie aussi d’abandonner le groupe de prières de Maguy Lebrun… De manière anecdotique, j’ai beaucoup aimé tout au long de notre séjour, les petits autels qu’on voit dans tous les commerces et chez les particuliers aussi, y compris dans les voitures et je suis vraiment très tenté d' »aménager/décorer » en conséquence la petite Panda …
Donc, on sort de chez le marchand de pierres qui, entre parenthèses, a dit à France qu’elle s’est faite avoir à l’Emporium de Delhi, la bague avec une topaze que le dragueur au « langage du coeur » lui a vendu, c’est du toc, c’est pas une topaze …hahaha … et pour nous laver un peu de toutes les fritures et de tous les épices que nous ingurgitons depuis plus d’une semaine, nous achetons carottes et radis noir que nous assaisonnons d’un filet de citron et de sel. Manque d’habitude, France cale sur le radis et moi j’ai plus trop faim alors elle le donne à une mendiante qui semble ravie de l’aubaine et qui le donne à son moutard qui, lui même, se précipite dessus avec une joie qui fait plaisir à voir … Nous marchons le long des boutiques et des maisons dans les petites ruelles étroites … toutes les boutiques ne sont pas ouvertes d’ailleurs car, à un ou deux jours près, ce doit être le Nouvel An tibétain … des cris fusent ça et là, et des rires sortent des maisons … les tibétains boivent sec et certains sortent en T.shirts, par ce froid, et chahutent dehors dans la gadouille … inde-11-2002-2008-036.jpg Après avoir croisé un chien qui a … un trou dans la tête … grands dieux, comment a-t-il pu se faire ça ? et ça n’a pas l’air de le géner outre mesure… un peu plus loin c’est un cireur de chaussures qui insiste tellement que je le laisse s’occuper de mes mocassins… les pauvres en ont bien besoin d’ailleurs, soumis à rude épreuve d’abord dans la poussière et puis maintenant dans la neige fondue et la boue … le problème c’est qu’ils sont bleus et que le cireur n’a pas de cirage bleu, que du noir et que je m’en aperçois un peu tard alors que le mal est fait … enfin, quand je dis « le mal », c’est histoire de causer parce que après tout, bleu ou noir qu’est-ce que ça peut bien me faire … ce qui me fait plus en revanche, c’est quand il me demande le double de ce que nous étions convenu … et même si ça me fait un peu honte (mais pourquoi ?), je le plante là après lui avoir donné le montant initialement prévu…
Nous passons une bonne partie de l’après midi dans un bistrot à boire du thé et du café, à regarder dehors et à écrire chacun de notre côté. C’est un moment de calme que je mets aussi à profit pour réfléchir à diverses choses … Il est évident que ce voyage a le mérite de clarifier un certain nombre de choses dans mon esprit… il me rend par exemple beaucoup plus ouvert… Ouvert et plus tolérant aux diverses personnalités de France, ouvert aux gens aussi : c’est un fait que je n’arrête pas de sourire aux gens que je croise et même si tous ne me le rendent pas, il y en a suffisamment qui le font ou même qui me gratifient du traditionnel « namaste » en joignant les mains sur la poitrine pour me mettre en joie …je suis aussi très fier, pourquoi ne pas l’avouer, d’être souvent allé au devant de mes peurs … ça n’a peut être l’air de rien mais j’avais peur des mendiants je les ai nourris, j’avais peur de me perdre, je me suis perdu volontairement, j’avais peur de parler l’anglais, je me suis mis dans des situations où j’étais obligé de le faire, etc… autant de défis (mais oui !) lancés et relevés…

(Mardi 12 février 2002-2008)

La nuit a été glaciale et je me lève à 7 h … personne ne bouge alors je bois un thé pour essayer de me réchauffer et je descends dans le village inde-6-2002-2008-022.jpg après une photo du petit temple en bas de l’hôtel. Il pleut un peu et la boue s’insinue partout, les nuages s’accrochent aux sommets des montagnes. Je croise quelques moines tibétains qui, pour la plupart, ont le sourire aux lèvres… ils ont le crâne rasé, portent indiféremment des grosses chaussures de montagne ou des tennis et leurs robes semblent bien crasseuses …Les Tibétains, fuyant l’invasion de leur pays par les Chinois, se sont installés là il y a plus de quarante ans, suivant leur chef spirituel, le quatorzième Dalaï Lama. Près de 10 000 Tibétains vivent aujourd’hui à Dharamsala ou plus exactement quelques kilomètres plus haut, à Mc Leod Ganj. Chassées des temples et des monastères du Tibet, les autorités religieuses ont fait de Mc Leod Ganj un sanctuaire où leur culture serait préservée. Tout comme Lhassa, Mc Leod Ganj concentre sur son territoire le pouvoir religieux et le pouvoir politique.Quand je rentre à l’hôtel, le ciel est en train de se dégager et la promenade m’a donné faim : je prends beaucoup de plaisir à boire un autre thé en mangeant une omelette … c’est carrément divin, d’ailleurs ici, je prends en général beaucoup de plaisir à manger… c’est d’autant plus agréable que je suis seul dans la salle à manger maintenant baignée de soleil, à côté d’une grande fenêtre qui donne sur les montagnes et la vallée…
Nous déménageons pour rallier Mc Leod Ganj par une route de montagne qui grimpe dur. Arrivés là bas, France et moi nous promenons pour prendre contact dans le Tibetan Market. Elle sent là, une autre énergie, plus pure, plus forte … en ce qui me concerne, au contraire, moi je trouve que les bandes de jeunes tibétains que nous croisons semblent moins rassurantes que les bandes d’indiens que nous avons pu croiser à Delhi … en fait j’apprendrai qu’une grande occupation des jeunes exilés est de draguer les occidentales seules pour qu’elles les entretiennent le temps de leur séjour …et la drogue est parait-il de circulation courante dans leur milieu…
inde-7-2002-2008-035.jpg Le ciel s’obscurcit pour devenir vite noir et il commence à tomber de la grêle un peu fondue. A moitié pour nous mettre à l’abri et à moitié parce que ça nous intéresse l’un et l’autre, nous entrons chez un marchand de pierres. Il est très sympa et ne pousse pas à la consommation même s’il ne perd pas de vue son intérêt… nous discutons un peu, parlons de son gourou dont la photo est accrochée dans un cadre au mur, comme ça se fait dans de nombreuses boutiques, et nous achetons quelques pierres. Quand nous sortons, nous sommes surpris parce qu’ à présent, il neige, carrément et nous nous réfugions dans un café pour y boire du thé, noyés au milieu des européens qui sont nombreux ici. Puis un rickshaw nous remonte vers la voiture en nous révélant de somptueux paysages de montagnes et de rochers, enrobés de neige et de lumière.
C’est curieux, l’hôtel où nous descendons ne semble pas ouvert, il ne semble pas terminé non plus d’ailleurs, il est glacial, et nous sommes apparemment les seuls clients. La première chambre où on nous installe est vraiment trop froide et une vitre de la salle de bains est cassée. Je demande une cuvette et de l’alcool pour y faire du feu mais on me regarde comme si j’étais fou … ce qui est peut être le cas, je ne peux pas leur jeter la pierre…la seconde est un peu plus acceptable mais pour manger nous sommes obligés de rester emmitouflés tout habillés, dans nos duvets, ne sortant que le bout des doigts pour porter la bouffe à nos bouches… et on en fout partout naturellement … qu’importe, à la guerre comme à la guerre, d’ailleurs on se croirait un peu pendant la campagne de Russie … et nous nous installons pour dormir sans nous déshabiller, dans nos duvets avec par dessus, toutes les couvertures qu’on peut trouver …

(Lundi 11 février 2002-2008)

Mes difficultés d’endormissement sont toujours préoccupantes et cette nuit je ne m’endors pas avant 3 ou 4 h du matin. C’est pourquoi quand un grand coup de sonnette à la porte retentit à 5 h. je me réveille en sursaut sans trop savoir où je suis ni ce que je peux bien y faire. Instantanément ça me fout de mauvais poil … c’est Sharad, un des types de l’Agence et c’est lui que France avait appelé, hier au soir, d’une de ces petites boutiques à partir desquelles on peut téléphoner dans tous les pays du monde pour pas très cher. Elle lui avait demandé de venir et il est venu … en y repensant je me souviens que c’est probablement celui que j’avais trouvé aussi le plus sympa lors de la poujâ, mais c’est pas une raison, merde alors, pour réveiller comme ça les gens fatigués … d’autant que France commence à lui faire des démonstration excessives d’amitié qu’elle ponctue de petits rires exaspérants. Tout ça attise ma mauvaise humeur, je la montre, France en prend ombrage et se met à me faire la gueule et c’est reparti pour un tour… un tour qui ne dure heureusement pas trop longtemps puisque 1 ou 2 heures plus tard, l’atmosphère se détend et l’entente et la bonne humeur reviennent.
Nous partons à 6 h du matin il fait encore nuit et rapidement je m’endors dans la voiture et c’est peut être ce qui contribue d’ailleurs à atténuer ma mauvaise humeur… Au bout d’un moment nous nous arrêtons à une sorte de « complexe » où on peux manger mais il faut attendre qu’on nous ouvre un des nombreux (chapiteau ? je ne vois guère d’autre mot…) pour nous installer et avoir une espèce de petit déjeuner (je dis « espèce de  » parce que les indiens ne connaissent pas le petit déjeuner comme nous l’entendons…) … Il pleut à verse mais on en sort requinqué… Un peu plus tard, on s’arrête de nouveau pour déjeuner cette fois, dans un restaurant avec un joli jardin aux trois quarts plein de pots de fleurs contenant chacun une salade à ce qu’il semble …
inde-5-2002-2008-025.jpg Tard le soir, il doit être dans les 20 h, nous arrivons haut sur les contreforts de l’Himalaya, dans la région de l’Himachal Pradesh à Dharamsala, l' » auberge à pèlerins « , sous la pluie et dans le froid. Nous avons traversé une Inde du Nord de plus en plus pauvre et de plus en plus sale. Ici, contrairement à plus au sud, les gens continuent d’entasser leurs détritus le long des routes et les places de toutes les cités traversées, qui semblent là aussi être des marchés permanents, sont de véritables champs de gadoue avec la flotte qui tombe sans discontinuer… A un moment, nous sommes arrêtés dans un barrage de policiers, Viki descend pour aller discuter un peu avec quelques uns d’entre eux et revient, la tête plutot basse je trouve … j’ai bien l’impression qu’il a essayé de refiler un bakchich pour passer plus vite et que ça n’a pas marché … Nous croisons aussi des camions qui débordent d’hommes brandissant des drapeaux et des banderolles … sans doute des élections en préparation et j’apprends qu’il n’est pas rare, quand deux camions de tendances opposées se croisent, que ça se termine dans le sang … en plus, on n’est pas si lon du Pakistan et la région n’est pas vraiment sûre …on est dans le Penjab, ou pas loin, et on voit beaucoup de militaires indiens… Nous ne trouvons pas non plus où changer d’argent … à un moment, le « banquier » local me demande mon passeport qu’il examine longuement avant de décreter qu’il est trop tard pour changer l’argent …
Sur la route, un seul chien écrasé sur plusieurs centaines de kilomètres alors qu’en France ce serait une véritable hécatombe … et pourtant les indiens roulent comme des brutes … mais font apparemment des prouesses pour éviter les chiens nombreux qui galopent partout …
Une fois arrivés, nous avons du mal à trouver un hôtel et devons en visiter trois avant de découvrir une chambre à peu près correcte mais glaciale. Heureusement, un diner très sympa chez un petit chinois vient nous remonter le moral en flèche… il fallait bien ça …

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