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« La plupart des problèmes du monde actuel proviennent des idéologies monothéistes, répandues par des prophètes qui se croient ou se disent inspirés, et prétendent détenir la vérité. Ceci est évidemment une absurdité car la vérité n’est pas une. La réalité du monde est multiple et insaisissable. Seuls ceux qui sauront se libérer des monothéismes, des dogmatismes, des croyances aveugles, du christianisme, de l’islam, du marxisme pourront se rapprocher de la multiplicité du divin, remettre l’homme à sa place dans la Création et trouver la voie de la tolérance, de l’amour, ainsi que de l’amitié des bêtes, des hommes et des dieux. »

(Alain Daniélou. Le chemin du labyrinthe.)

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C’est aujourd’hui l’anniversaire d’Alain Daniélou.En hommage, cette petite vidéo dans laquelle il remet pas mal de pendules à l’heure et démontre qu’il ne connaissait pas la langue de bois :

« La notion qu’un philosophe, un sage, voire un « intellectuel » sont des gens mal adaptés sur le plan pratique, mal lavés, négligés, pas sportifs est une notion dangereuse. Le lien entre le corps et l’esprit est plus étroit qu’on ne l’imagine. Comment quelqu’un qui n’est pas capable de démonter un moteur d’automobile pourrait-il comprendre quelque chose à la machine autrement complexe qu’ est l’univers, à cet étonnant computer qu’est le cerveau qui contrôle notre corps. (…) L’homme malhabile de ses mains est déficient mentalement. Sa pensée est en dehors du réel, c’est pourquoi elle est pernicieuse. Des « intellectuels » incapables de réparer une prise électrique qui ont la prétention de guider des hommes ne les conduiront jamais vers la sagesse et le bonheur.
J’ai toujours eu des rapports de sympathie avec les artisans. Ce sont des gens en contact avec la matière, la forme, la substance du monde. Ce sont des sages, des gens heureux. Par contre, ceux qui se vendent au plus offrant, les ouvriers, les employés, sont des êtres sans joie, sans âme, qui attendent avec ennui leur pension et la mort. »

(Le Chemin du Labyrinthe)

 

« L’homme n’est pas seulement chasseur, il est aussi guerrier. Animal social, organisé en troupeaux ou en groupe, il défend, comme les autres animaux, son espace vital contre d’autres groupes, d’autres tribus, d’autres peuples. Dans la mythologie, les dieux eux-mêmes sont pour la plupart des dieux guerriers en lutte constante avec les Titans, pour l’occupation des mondes célestes. L’acte guerrier fait partie de la nature de l’homme, du plan de la création. Combattre et tuer devient parfois un devoir inéluctable, un acte sacré, comme l’exprime le dieu-héros Krishna dans la Bhagavat Gitâ lorsque Arjuna hésite à combattre et à massacrer ses propres cousins.

L’homme est un tueur d’hommes, et Shiva est représenté portant un collier de crânes, une tête tranchée à la main. C’est à lui qu’on s’adresse pour exterminer les ennemis des dieux et ceux du groupe humain auquel on appartient. Les mythes de Shiva et de Dionysos sont remplis d’épisodes guerriers où le dieu détruit les hordes des Titans et dirige le combat contre les forces malfaisantes ou les ennemis de ses fidèles. Les héros sont divinisés. On leur élève des monuments, des temples. Ils ont droit à un culte, qu’il s’agisse d’Achille ou d’Alexandre, de Napoléon ou du Soldat inconnu. On n’élève pas de temple aux souverains pacifiques. Rudra-Shiva apparaît dans le Rig Veda armé de l’éclair et du tonnerre. « Sa voix résonne dans le fracas des tambours au milieu du combat ». Il est porteur d’un arc et de flèches. Ses fidèles le prient de les épargner, eux et leur bétail, et de porter sa colère sur d’autres. La hache de guerre est l’un des symboles de Shiva. Le labyrinthe est le palais de la double hache, emblème des Minoens. Skanda est le dieu de la Guerre, le chef de l’armée des dieux. Les prémices de la guerre, de l’entreprise dans laquelle l’homme doit tuer l’homme doivent être offertes au dieu. C’est l’une des bases du sacrifice humain. Nous reportons sur Dieu la responsabilité de l’acte de tuer. Nous lui offrons la première victime. Nous ne cherchons pas à nous leurrer sur la valeur de nos actes.

La tête tranchée est la marque du conquérant. En s’appropriant la tête d’un ennemi, le vainqueur lui prend en même temps ses pouvoirs physiques et sexuels. Dans les tribus de « chasseurs de têtes » de l’est de l’Inde, qui sont les survivants d’anciennes populations préhistoriques, le mariage n’est possible que si le guerrier porte sur lui quelques têtes tranchées. De même nous savons que les têtes tranchées humaines, universellement vénérées par les Celtes, étaient symboles de divinité, de savoir, de fertilité. Les Celtes étaient des chasseurs de têtes ; ils les exposaient en haut de bâtons dressés autour de leurs maisons et de leurs forteresses ou les installaient sur des piliers dans leurs bois sacrés et leurs temples. »

Alain Daniélou, Shiva et Dionysos. Fayard.

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« Bien qu’un million ne soit en aucune manière plus proche de l’infini que « un » ou « deux » ou « dix », il peut sembler l’être du point de vue limité de nos perceptions et nous avons peut être une image mentale plus exacte du divin quand nous envisageons un nombre immense de dieux différents que lorsque nous cherchons leur unité car, d’un certain point de vue, le nombre « un » est le nombre le plus éloigné de l’infini. »

Alain Daniélou, Le polythéisme hindou.

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L’organisation de la société corporative que nous connaissons -bien mal d’ailleurs- sous le nom de système des castes, devait assurer à chaque élément de population un gagne pain inviolable et le droit de maintenir ses croyances, ses institutions sociales et civiles, ses dieux,ses fêtes, ses coutumes. C’est ce système qui a permis à la civilisation aryenne d’assimiler et d’utiliser tous les peuples conquis sans les détruire, sans se dissoudre en eux et sans leur imposer de changement notable dans leurs institutions, leurs croyances et leur mode de vie.

Au cours du temps , les races d’hommes apparurent qui n’ont rien de commun les unes avec les autres et dont les caractéristiques furent déterminées par l’état du monde au moment de leur apparition, c’est à dire qu’elles étaient en progression descendante, les dernières apparues étant les moins évoluées. La première des races, celle des hommes supérieurs, était blanche, la deuxième était rouge, la troisième était jaune, la quatrième était noire. Ces quatre races seront, par leurs aptitudes, l’origine des quatre castes, la race blanche deviendra la race des brahmanes, des prêtres, la race rouge celle des guerriers et des rois, la race jaune celle des cultivateurs et des marchands, la race noire celle des artisans.

L’un des principaux problèmes du monde est de faire face à la réalité des races, d’aider à leur développement, de leur permettre de coexister et de coopérer , tout en évitant leur mélange, de donner à chacune les avantages nécessaires à son bonheur, son équilibre et son progrès intellectuel et spirituel sans donner en même temps ces avantages à d’autres à qui ils seraient nuisibles. Les besoins des hommes diffèrent comme ceux des oiseaux, des bovins et des lions.

L’état primitif naturel aux hommes semble pouvoir être ramené à deux genres principaux, suivant leur race et leurs origines, la tribu et le village, qui proviennent de deux formes de société nomade ou sédentaire, et qui sont respectivement patriarcale et matriarcale. Ces deux genres de société naturelle restent toujours la base de notre comportement. Nous retrouvons dans beaucoup de nos façons de penser la mentalité de la tribu. C’est ainsi que l’homme se considère instinctivement comme faisant partie d’un groupe. Il crée sur tous les plans des groupements qu’il oppose violemment à d’autres. Il se proclame Français ou Allemand, Républicain ou Démocrate…

L’autre caractéristique de la société humaine est le village. Elle apparait dès l’instant où une division du travail ou une spécialisation devient nécessaire. Les groupements humains sont alors divisés, non point en des groupements équivalents ou opposés, mais en couches superposées qui se partagent les différentes fonctions sociales

Les principes qui ont servi de base à la société hindoue représentent un essai de constitution d’une humanité stable basée sur la reconnaissance de la nécessité d’une division stratifiée, mais cherchant à faire une place équitable à chaque groupe de façon que chacun reçoive des privilèges équivalents mais d’ordre différent correspondant à des responsabilités, des devoirs et des fonctions différentes. Ainsi chaque groupe a ses notables, ses techniciens, ses experts, ses apprentis, ses fêtes, ses cérémonies, ses droits de légiférer et de rendre la justice. Il a conscience des valeurs qu’il représente par rapport aux autres groupes sociaux

C’est pour faire face à tous les problèmes que représente une société multiraciale que les législateurs hindous s’efforcèrent d’établir les règles de coexistence qui aboutirent au système des castes. Il s’agissait en fait de reconnaître pour chaque groupe et chaque individu le droit d’être « différent » ce qui est, en fait, le seul critère valable de la liberté.

Les législateurs ont cru voir dans la diversité des races, la hiérarchie des castes, la diversité des fonctions, une expression de la nature et de l’espèce humaine et un reflet du plan divin qu’il fallait chercher à comprendre et auquel on avait tout intérêt à se conformer car c’est seulement à travers lui que nous arriverons à notre plein épanouissement et à la réalisation des quatre sens de la vie

Comme pour les quatre âges de la vie, les quatre castes reflètent les quatre âges de l’humanité et dans chaque caste l’un des buts de la vie devrait prédominer. C’est pourquoi dans la caste artisanale (race noire) l’érotisme prédomine, dans la caste marchande (jaune), c’est la propriété, l’argent, dans la caste royale (race rouge) le courage et le devoir et dans la classe sacerdotale (blanche) la vie spirituelle et intellectuelle.

A l’intérieur de chacune des castes se reforment, suivant les aptitudes des individus, quatre sous-castes subdivisées en de nombreuses catégories correspondant à des groupes corporatifs, raciaux, religieux, professionnels indépendants.

Les différentes castes sont définies en termes de devoirs, jamais de droits. La caste dans la société hindoue est une entité à la fois raciale, familiale, religieuse et professionnelle, caractérisée par un système de sélection raciale différent pour chaque caste (mariages à des degrés de consanguinité différents), un système d’éducation différent, un système d’alimentation différent (végétarien ou non-végétarien) et une morale différente.

Il existe toutefois, dans la société hindoue, un moyen pour l’individu qui a des dons particuliers de sortir de sa caste mais ce ne peut être fait qu’à titre personnel et non pas sur le plan social pour en tirer des avantages matériels. L’individu d’exception n’a droit à une place d’honneur que s’il renonce à créer une lignée. Il peut donc revêtir la robe monastique du sannyasi ou s’adonner à l’étude, aux sciences, aux arts, aux lettres, à la philosophie mais sans en faire exactement un métier et sans entrainer sa famille hors de la profession familiale.

Il a toujours existé dans l’Inde »’ un certain nombre de hors-castes qui ont posé certains problèmes : les individus rejetés de leur caste pour cause de méconduite ; certains groupes étrangers ou tribus primitives non assimilées ; des individus ayant des professions considérées comme malpropres et qui ne peuvent donc se mêler aux autres.

Mais en réalité, le problème de l’intouchabilité a été généralement présenté à contresens. C’est le Brahmane de par ses fonctions sacrées et ses obligations de pureté rituelle qui ne doit touche personne. Chacun s’écarte donc de lui avec respect pour ne pas l’obliger à des purifications constantes et pénibles impliquant parfois des jeûnes prolongés

Si la loi hindoue exclut ces pariahs de certains rapports sociaux, elle cherche en revanche immédiatement une place à leur faire, une occupation à leur réserver, à leur créer des fêtes, des dignités, des responsabilités. Presque toute la société européanisée de la Nouvelle Delhi qui gouverne aujourd’hui l’Inde est en fait du point de vue hindou une société de pariahs.

On reproche maintenant à la société hindoue la manière dont elle traite certaines castes artisanales et des tribus aborigènes, les tenant à l’écart et réduisant les contacts sociaux entre elles et le reste de la population aux rapports professionnels. Peu de gens réalisent que ceci est la seule façon de permettre à certaines races et à des formes très anciennes de culture et de religion de survivre et prospérer dans un monde différent d’elles.

Des conditions de vie telles que celles des bidonvilles en France ou des bas quartiers des États-Unis sont impensables dans le système hindou traditionnel ou chaque groupe ethnique, chaque profession fut-elle la plus humble, a des droits et des privilèges. Elles apparaissent seulement dans le cadre hybride des cités modernes de type occidental.

Source : Alain Daniélou, Les Quatre Sens de la vie.

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crémation Inde

 » Lorsque la vie arrive à son terme, chacun des éléments qui composent l’être vivant redevient matière première pour former d’autres êtres. Les cellules du corps physique se mêlent au terreau qui va nourrir des plantes, des animaux, d’autres hommes. Les éléments du corps subtil se dissolvent dans l’intellect universel, la conscience universelle pour servir à nouveau. Ce qu’il y a de divin dans l’homme se fond dans le divin dont il n’est séparé qu’en apparence « comme l’espace contenu dans l’urne se fond dans l’immensité de l’espace quand l’urne est brisée ».

Il est évident que l’ensemble des êtres vivants, des bactéries, des plantes, des animaux, survivent comme espèce non comme individus. A quel moment de leur évolution les hominidés auraient-ils acquis une individualité éternelle ? Il semble que déjà les sages du paléolithique considéraient que les êtres vivants ont deux âmes, l’une qui retourne à l’âme universelle, l’autre qui est individuelle et se désagrège, bien qu’elle puisse parfois survivre après la mort pour un temps limité, donnant les fantômes. Les hindous appellent « corps transmigrant » l’ensemble des facultés subtiles qui peuvent éventuellement rester quelques temps assemblées -surtout en cas de mort soudaine- avant d’être réutilisées, comme les autres éléments du corps, dans la formation d’autres êtres. d’où l’importance des rites funèbres.

On peut comprendre comment des esprits enfantins ont pu, partant de ces données, parler d’union avec Dieu ou de transmigration. Ce qu’ils oublient, c’est que le lien entre les différents éléments qui constituent le « moi », l’individualité, cesse totalement d’exister sauf dans ce que l’homme a su créer durant sa brève existence, ses fils et son œuvre.

L’homme ne survit que dans ce qu’il crée et en particulier dans la continuation de « son » espèce -d’où l’importance attachée à la race- ou dans son œuvre, les objets qu’il a façonnés, ses écrits, ses enseignements.

Les vendeurs d’enfer et de paradis ont soigneusement entretenu la croyance illusoire des hommes en une survie personnelle, si absurde qu’elle soit, car aucune des « facultés internes » -la mémoire, la pensée, l’intelligence, la notion du moi- n’existe en dehors du corps physique. Seule la mémoire génétique, dont nous sommes inconscients, se transmet, survit dans d’autres êtres.

C’est la terrifiante idée d’une éternelle survie dans un au-delà mal défini -comme si ce qui a un commencement pouvait n’avoir pas de fin- qui crée dans le monde chrétien une telle angoisse de la mort. Les hommes se cramponnent à la vie par peur de l’au-delà. La mort est pourtant une chose toute simple, un dernier sommeil dans lequel l’être tout entier se dissout, retourne, matière inerte, au chantier divin dans lequel il fut façonné comme le vase brisé redevient terre de potier.

La mort apparait alors comme la fin d’un merveilleux voyage au bout duquel on s’endort sans crainte pour se dissoudre dans d’autres êtres qui continueront le voyage. »

Alain Daniélou : « Le chemin du labyrinthe ».

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