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« Ah ! que l’Histoire-fiction est une belle chose ! J’avoue trouver quelque plaisir à imaginer Germains et Romains s’empoignant dans les Alpes suisses entre -100 et -50, tandis que les Gaulois, comptant les coups, se seraient alors occupés de construire la civilisation occidentale, qui eut pris une tout autre tournure. Elle ne serait jamais devenue romaine, et du coup pas davantage chrétienne. L’Europe n’aurait connu que l’éthique de liberté-fierté-responsabilité individuelle des Celtes, à laquelle ils ajoutaient le profond respect des arbres, des sources et de toute la nature. la technologie que cette civilisation aurait développée ne se serait donc jamais faite au détriment de la santé humaine et de l’environnement.

A quoi un druide-astrologue me répondrait sans doute que ce beau rêve n’eut pas pas été en accord avec les rythmes cosmiques et que l’équilibre dynamique de l’univers exigeait que, pour un temps, sur notre planète, le feu laisse la place à l’eau, et qu’il fallait patienter vingt-et-un siècles environ pour que l’air, allié naturel du feu, puisse régner à son tour et remettre en honneur une éthique de liberté. »

Pierre Lance, Alésia, un choc de civilisations. Presses de Valmy.

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Lors du siège d’Alésia, « Devant l’absence des secours et n’ayant plus ni blé, ni aucune nouvelle de chez les Eduens, les assiégés convoquèrent une assemblée et délibérèrent sur la façon dont devait s’achever leur destin. Plusieurs avis furent exprimés, les uns voulant qu’on se rendit, les autres qu’on fit une sortie tandis qu’on en avait encore la force; mais je ne crois pas devoir passer sous silence le discours de Critognatos, à cause de sa cruauté singulière et sacrilège. Ce personnage, issu d’une grande famille arverne et jouissant d’un grand prestige, parla en ces termes :

« Je ne dirai rien de l’opinion de ceux qui parlent de reddition, mot dont ils voilent le plus honteux esclavage; j’estime que ceux là ne doivent pas être considérés comme des citoyens et ne méritent pas de faire partie du Conseil. Je ne veux avoir affaire qu’à ceux qui sont pour la sortie, dessein dans lequel il vous semble à tous reconnaitre le souvenir de l’antique vertu gauloise. Mais non, c’est lâcheté et non pas vertu, que de ne pouvoir supporter quelque temps la disette. Aller au devant de la mort, c’est d’un courage plus commun que de supporter la souffrance patiemment. Et pourtant, je me rangerais à cet avis -tant je respecte l’autorité de ceux qui la préconisent- s’il ne s’agissait que d’aventurer nos connaissances; mais en prenant une décision, nous devons tourner nos regards vers la Gaule entière que nous avons appelée à notre secours. De quel cœur pensez vous qu’ils combattront quand en un même lieu auront péri quatre-vingt mille hommes de leurs familles, de leur sang, et qu’ils seront forcés de livrer bataille presque sur leurs cadavres ? Ne frustrez pas de votre appui ces hommes qui ont fait le sacrifice de leur vie pour vous sauver, et n’allez pas, par manque de sens et de réflexion, ou par défaut de courage, courber la Gaule entière sous le joug d’une servitude éternelle. Est-ce que vous doutez de leur loyauté et de leur fidélité, parce qu’ils ne sont pas arrivés au jour dit ? Eh quoi ! pensez vous donc que ce soit pour leur plaisir que les Romains s’exercent chaque jour là-bas, dans les retranchements de la zone extérieure ? Si vous ne pouvez, tout accès vers nous leur étant fermé, apprendre par leurs messagers que l’arrivée des nôtres est proche, ayez-en pour témoins les Romains eux-mêmes : car c’est la terreur de cet évènement qui les fait travailler nuit et jour à leurs fortifications. Qu’est-ce donc que je conseille ? Faire ce que nos ancêtres ont fait dans la guerre qui n’était nullement comparable à celle ci, une guerre des Cimbres et des Teutons : obligés de s’enfermer dans leurs villes et pressés comme nous par la disette, ils ont fait servir à la prolongation de leurs existences ceux qui, trop âgés, étaient des bouches inutiles, et ils ne se sont point rendus. N’y eut-il pas ce précédent, je trouverais beau néanmoins que pour la liberté nous prenions l’initiative d’une telle conduite et en léguions l’exemple à nos descendants. Car en quoi cette guerre là ressemblait-elle à celle d’aujourd’hui ? Les Cimbres ont ravagé la Gaule et y ont déchainé un grand fléau : du moins un moment est venu où ils ont quitté notre sol pour aller dans d’autres contrées; ils nous ont laissé notre droit, nos lois, nos champs, notre indépendance. Mais les Romains, que cherchent-ils ? Que veulent-ils ? C’est l’envie qui les inspire : lorsqu’ils savent qu’une nation est glorieuse et ses armes puissantes, ils rêvent de s’installer dans ses campagnes et au cœur de ses cités, de lui imposer pour toujours le joug de l’esclavage. Jamais ils n’ont fait la guerre autrement. Si vous ignorez ce qui se passe pour les nations lointaines, regardez tout près de vous, cette partie de la Gaule qui, réduite en province, ayant reçu des lois, des institutions nouvelles, soumise aux haches des dictatures, ploie sous une servitude éternelle ».

(César, La Guerre des Gaules, VII, 77)

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Même si elle peut faire grincer des dents, c’est une thèse intéressante que celle de Pierre Lance (« Alésia. Un choc de civilisations ») sur les causes de la défaite gauloise devant les armées romaines. C’est tout simplement parce que, selon lui, la société gauloise était décadente : elle « n’était déjà plus tout à fait le type de société qui convenait à l’éthique des Celtes et à leur psychologie profonde (…) il manquait donc à ces hommes, lors de la conquête romaine, la foi et l’enthousiasme qu’il faut pour défendre la communauté avec toute la vaillance nécessaire ».

Pierre Lance voit dans l’organisation tripartite de la société (et dans l’assimilation de la « fonction » à la « classe ») l’une des raisons à cette décadence. Au contraire de certains continuateurs de Georges Dumézil qui en font une sorte de « plan  selon lequel s’édifieraient toutes les sociétés indo-européennes », il remarque que les deux classes de druides et de chevaliers n’existaient pas à l’apogée de la civilisation de la Tène et que ce tripartisme est « l’ultime aboutissement d’une dégradation de la propriété foncière individuelle et tribale ».

« Au reste, ajoute-t-il, le terme « fonction » lui même doit être ramené à une nécessité vitale. Or, aucune société saine n’a besoin de prêtres mais elle a besoin de chercheurs, de médecins, de philosophes. Là est vraiment la première fonction. Mais que le médecin ou le philosophe devienne un sorcier puis un prêtre, et nous avons là un processus de décadence de la fonction parfaitement évident.

De même, une société qui ne nourrit pas d’intentions prédatrices n’a nul besoin de guerriers spécialisés. Dans une société forte, tous les les hommes sont libres, responsables et prêts à prendre les armes pour la défense de la communauté si celle-ci est menacée. Mais dès lors que la guerre devient une affaire de spécialistes n’ayant aucune autre raison de vivre que le combat, il y a tout lieu de craindre que le peuple soit un jour réduit en esclavage, car la caste guerrière, logiquement constituée de casse-cous et de têtes brûlées, ne résistera sans doute pas longtemps à la tentation d’abuser de la force dont elle dispose sans partage. Ce dont en réalité une nation a besoin, c’est seulement d’une certaine proportion de citoyens expérimentés dans le maniement des armes et aptes à former et à encadrer le peuple en cas de nécessité. Là est véritablement la deuxième fonction, dont le pouvoir politique doit veiller à ce qu’en aucun cas elle n’outrepasse son rôle. Et pour en avoir la garantie, il est indispensable qu’une partie au moins du peuple puisse être rapidement appelée sous les drapeaux.

Mais toute société a, par contre, un impérieux besoin d’agriculteurs et d’artisans (aujourd’hui de techniciens, d’entrepreneurs et d’ouvriers) et ce sont là les deux autres fonctions (confondues en une seule) que devaient symboliser les mythes originels. Sur ce point, la mythologie celtique est particulièrement instructive, puisque tous ses principaux dieux sont agriculteurs, artisans, artistes, médecins, poètes mais qu’aucun d’eux ne représente une fonction religieuse ou militaire spécifique. Le Teutatès gaulois, que César essaie d’assimiler au Mars romain, symbolise en fait la patrie, qui combat toute entière lorsqu’elle est en danger, et si Lug devient chef de guerre, c’est seulement parce qu’il est le dieu « polytechnicien » qui réunit le savoir-faire de tous les métiers.

(…)

[interprétation des objets symboliques et sacrés des légendes celtes] Au premier stade de civilisation, les trois fonctions sont tout simplement celles qui satisfont aux besoins essentiels des hommes, soit la chasse (lance, flèche ou épée), le défrichement de la forêt (la hache) et l’agriculture (charrue, pierre ou tailloir), immédiatement suivie de la cuisine (coupe ou chaudron). Dans un second stade de civilisation (dont nous avons déjà constaté l’évolution dans le passage du Dagda irlandais au Lug gaulois), le chasseur ou le défricheur devient l’artisan, puis l’artiste. Enfin le cuisinier (qui prépare aussi les herbes et les potions) devient le médecin, puis le chimiste, le chercheur scientifique, au bout du compte le philosophe. Nulle place dans tout ceci pour le prêtre ou le guerrier, éléments parasitaires des sociétés décadentes ».

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vercingetorix

Après deux mois de siège,52 ans avant notre ère, Vercingetorix capitule à Alésia le 27 septembre. Les Gaulois sont vaincus et la Gaule est intégrée à l’ empire romain.

Selon Pierre Lance (« Alésia, un choc de civilisations »), « la défaite d’Alésia est une allégorie qui restitue l’image de toutes les défaites gauloises, tant militaires qu’idéologiques, jusqu’à 1940 inclusivement, mais qui, plus encore, symbolise toutes les défaites du Celte de toujours devant une « civilisation de l’artifice » et une « religion du système » qui, depuis plus de vingt siècles, trahissent toute espèce de nature et de réalité.

C’est la défaite de l’individualiste devant le collectivisme, du régionaliste devant le centralisme, du panthéiste devant le monothéisme, du spiritualiste devant le matérialisme, de l’Occidental devant l’orientalisme, du villageois devant la mégapole, du citoyen devant la bureaucratie, du créateur devant le technocrate, de l’artisan devant le robotisme, de la maison individuelle devant le grand ensemble … Que sais-je encore ! Bref, c’est la défaite de l’homme libre devant toutes les formes de tyrannie : politique, économique, spirituelle. En un mot c’est la défaite de l’Esprit.

C’est dire que cette défaite est celle de tous les hommes. Et c’est pourquoi elle exige la revanche sans laquelle on pourrait désespérer de l’avenir de l’humanité. (…)

Aujourd’hui, nous voyons s’élaborer de grands blocs humains dont certains dirigeants rêvent manifestement d’imposer leur loi à toute la planète, soit au nom d’idéologies ou de religions totalitaires, soit pour le seul goût du pouvoir, ou bien encore mus par un mélange de tout cela. Les hommes libres doivent donc, plus que jamais, se préparer à défendre, envers et contre tous, le droit sacré des individus et des peuples à disposer d’eux-mêmes, et, dans toute l’Histoire, aucun peuple ne sut mieux en affirmer les principes et en jeter les bases que nos ancêtres les Gaulois. »

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La scène est jolie, on est nombreux à l’avoir encore en mémoire : « prêtons serment devant nos dieux », s’écrient les Gaulois, frissonnant d’ardeur guerrière à l’aube d’une bataille qui s’annonce décisive : « pas d’asile sous un toit, pas d’accès auprès de ses enfants, de ses parents, de sa femme, pour celui qui n’aura pas deux fois traversé à cheval les rangs ennemis ». On connaît la suite, les auxiliaires Germains interviennent, bousculent la cavalerie gauloise, et font grand carnage aussi dans les rangs de l’infanterie… les survivants suivent Vercingetorix, et se replient sur Alésia … C’en est pour ainsi dire fini de l’indépendance gauloise …

cheval-gaulois

Le cheval a toujours tenu une grande place dans la vie des gaulois, au point de figurer sur leurs pièces de monnaie. On dit que la cavalerie était un élément essentiel de leur puissance militaire. Lors de la guerre des Gaules, les effectifs engagés étaient énormes, ce qui supposait un élevage de chevaux très actif. Ils sont aussi consommés par les habitants ou sacrifiés aux dieux. La plupart de ceux qu’on a retrouvés, ont été abattus en fin de croissance mais il arrive qu’on découvre dans des fouilles les ossements de chevaux adultes parfois âgés, qui ont été utilisés comme bêtes de somme.


Les statures des animaux, vaches, chevaux entre 110 et 130 cm au garrot, porcs et moutons sont plus faibles que celles de nos formes actuelles. L’écart, variable selon les animaux et les races peut aller jusqu’à 0,50 m si l’on compare le cheval gaulois moyen avec nos chevaux de selle actuels. En contrepartie de cette rusticité, ces petits animaux devaient être assez résistants. L’élevage du cheval contribuait pour beaucoup à la réputation du paysan gaulois et on n’oublie pas qu’Epona, une des déesses les plus populaires et la seule déesse gauloise intégrée dans le panthéon romain était toujours représentée en compagnie d’un cheval. Les aristocrates gaulois (les equites) servaient à cheval dans la cavalerie et l’usage permanent des chariots exigeait un grand nombre de chevaux de trait.


Pourtant, dès le IVe siècle, les Gaulois qui combattent à l’étranger découvrent les grands chevaux méditerranéens, bien différents des chevaux indigènes qui correspondent donc à nos poneys ou doubles-poneys actuels, et s’en prennent de passion…Et, nous dit César, « les acquièrent à n’importe quel prix ». Des élevages gaulois vont bientôt produire eux mêmes de tels animaux : au moment de la guerre des Gaules, affirment certains spécialistes, une bonne partie des chevaux employés par les gaulois étaient probablement de grands sujets.


Bon ça paraît simple comme ça, mais en fait ça ne l’est pas … il y avait certainement coexistence de différentes races et une distinction était respectée dans les usages. Le cheval de guerre n’était certainement pas celui que l’on sacrifiait communément dans les sanctuaires ! D’autre part, on remarque que la principale source d’information sur les Gaulois de l’époque, César, ne fait aucune description précise de cette fameuse cavalerie gauloise, alors qu’il s’attarde sur la tactique utilisée par les Germains. On se demande bien pourquoi alors qu’ habituellement, il n’est pas avare de détails et qu’on connaît, par exemple, l’existence de la cavalerie personnelle de Dumnorix, le chef éduen, qu’il entretenait à ses frais et mettait à disposition de l’Etat moyennant très certainement finances…. On pense aussi aux huit chevaux trouvés, inhumés entre -160 et +120 , dans une tombe près de Clermont Ferrand avec leurs cavaliers (des morts de la bataille de Gergovie qui a eu lieu à une poignée de kilomètres ?) dans une mise en scène funéraire très particulière, et qui mesurent 120 cm au garrot…

tombe-chevaux-gaulois1

En fait, il est également tout à fait possible que les riches gaulois ne se soient lancés dans l’élevage de chevaux de grande taille que sous l’occupation romaine et que cet élevage nouveau n’ait pas résisté à la chute de l’Empire romain puisque la plupart des sites du haut Moyen Age ne livrent que des animaux qui rappellent ceux de l’âge de fer . La norme sera de 1,30 m au garrot jusqu’au IIIe siècle et on dit même que Rollon, le chef normand qui allait devenir le premier duc de Normandie, au IXe/Xe siècle, avait du mal à trouver un cheval à sa taille pour que ses pieds ne touchent pas par terre…

Le mystère reste entier…

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Biblio:

Denis Bogros : Des hommes, des chevaux, des équitations

Jean Louis Brunaux : les Gaulois . Belles Lettres

Jean Louis Brunaux : Guerre et religion en Gaule. Errance

Jean Louis Brunaux/Bernard Lambot : Guerre et armement chez les Gaulois. Errance

César : Guerre des gaules

Renée Grimaux : Nos ancêtres les Gaulois. Ouest-France

François Malrain : Les paysans gaulois. Errance

Patrice Méniel : Les Gaulois et les animaux. Errance

Régine Pernoud : Les Gaulois. Seuil

Ephéméride

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On situe au 27 septembre de l’an 52 avant notre ère la capitulation de Vercingétorix à Alésia.

Jour de grand deuil…

« On a trop souvent répété et l’on répète encore que les Romains apportèrent la civilisation aux Gaulois barbares. C’est peut être le plus grand mensonge historique qui ait jamais été répandu. Car la Gaule indépendante avait su développer une civilisation remarquable que les Grecs eux mêmes admiraient et que les Romains exploitèrent » (4ème de couv d’ « Alésia. Un choc de civilisations », par Pierre Lance, aux éditions Presses de Valmy)

L’auteur « démontre qu’à travers un conflit qui prit souvent l’aspect d’un duel entre deux hommes, Vercingetorix et César, ce fut un choc terrible entre deux formes de civilisations inconciliables qui se déroula au coeur de l’Europe, au cours du dernier siècle avant Jésus-Christ, et que toutes les maladies socio-politiques de l’Europe d’aujourd’hui en découlent ».

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