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incarnation de lointains ancêtres,

et mémoire oubliée de peuples antiques …

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« Je suis un « homme du renne » mais je chasse aussi les bisons et les aurochs dont nous suivons les troupeaux avec mon clan au fil de leurs déplacements saisonniers ou que nous attendons sur les gués par où passent leurs routes de migration. Je vénère un dieu père auquel, par assimilation, je fais porter des ramures de rennes. Je vis dans l’entrée des grottes que j’aménage pour me protéger du vent et des grands froids ou dans des campements précaires au cours de l’été. J’aime les parures, animales ou végétales, plumes et ossements, pendeloques de coquillages et de dents d’animaux, et je porte déja des tatouages compliqués. En dehors de la chasse et de la pêche, je fabrique des vêtements , des récipients ,des armes et des outils, je travaille les peaux et les fourrures et me livre à des rites religieux.
Je suis maintenant un chamane et je guéris les malades, je provoque les changements de temps désirés, je prédis l’avenir et je converse avec les esprits et les animaux-esprits. Je descends au fond des grottes dans les boyaux les plus reculés pour y pratiquer les rites magiques de chasse,et je peins et je grave sur les parois les animaux à chasser et des figures frustres ou au contraire, très réalistes. Je sculpte aussi des figures féminines, des Vénus aux formes accentuées, à l’image de la Terre généreuse que nous allons apprendre à cultiver, de la déesse fertile que je vénère. »

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Le renne est emblématique de l’époque magdalénienne: il fournit la viande pour la nourriture, les peaux pour les vêtements et les tentes, la graisse pour les lampes, les ramures et les os pour les armes et les outils, les nerfs pour le fil à coudre et les lanières. On lit souvent que les tribus sont nomades et suivent les troupeaux de rennes dans leurs migrations … je ne sais pas trop, en fait, ce qu’on entend réellement par « nomades », mais en tout état de cause, il est bien évident que ces tribus ne passent pas leur temps sur les chemins… Ce n’est, en effet, pas leur faire trop d’honneur que de penser qu’ ils se sont aperçus que les animaux empruntent toujours le même itinéraire, se rendant compte, par la même occasion qu’il est bien plus intelligent de les attendre à des endroits de ralentissement, au passage des gués par exemple, où les hommes peuvent tuer un grand nombre de bêtes pour faire des réserves. Ces « rencontres » ont assurément lieu deux fois par an, au départ et au retour, en automne et au printemps. Dans l’attente des rennes, les chasseurs édifient un campement dans lequel ils poursuivent leus activités : taille des silex surtout qui doivent servir à la chasse et au traitement des bêtes tuées. Un camp de ce type a été découvert à Pincevent, vers le confluent de l’Yonne et du Loing. On comprend que ce type de chasse a modifié les conditions de vie des hommes : comme ils n’ont plus à suivre les troupeaux, ils passent l’hiver des périodes de glaciation à l’abri dans l’ entrée des grottes qu’ils aménagent pour les rendre plus confortables -mais on a retrouvé aussi des huttes à l’intérieur des grottes- et la belle saison, et de plus en plus, dans des campements plus ou moins précaires en extérieur, sur les terrasses des fleuves, près des rivières et des sources ou au bord de la mer. On chasse aussi d’autres gibiers de grande ou de petite taille et l’été, on pêche dans des cours d’eau libérés des glaces.
Les grottes profondes ne sont pas propices à une installation humaine pour un certain nombre de raisons : l’humidité et l’inconfort du aux grands froids, l’absence de lumière naturelle, la présence d’ours et autres carnivores des cavernes dangereux . Avec les glaciations l’habitat y devient pourtant courant mais c’est vers les entrées que les hommes s’installent et dans les abris sous roches qu’ils décorent également de gravures, peintures et sculptures, tout comme le fonds des boyaux obscurs et profonds… En face de ces dessins et gravures, l’explication développée par le professeur Jean Clottes avec l’archéologue sud-africain David Lewis-Williams est celle du chamanisme. Pour eux, aller dans les ténèbres, c’était entrer dans un autre monde, celui de l’au-delà, des esprits… De rares personnes, en particulier les chamanes, se rendaient au fond des grottes de manière exceptionnelle. Cela avait pour but de guérir des malades ou de rétablir une harmonie rompue… En réalisant leurs dessins, ils communiquaient avec les esprits de l’autre côté de la paroi, ils donnaient matière à leurs visions… Pour eux, l’image était chargée de pouvoir, comme elle l’est d’ailleurs dans toutes les sociétés traditionnelles.Cette hypothèse du chamanisme a été controversée. Dans la nouvelle édition du livre « Les Chamanes de la préhistoire » (La Maison des roches et Points Histoire), le professeur Jean Clottes réfute une par une les critiques scientifiques d’une manière bien convaincante…
On n’est pas vraiment sur que les figurines sculptées dites « Vénus » soient des représentations d’une Déesse-Mère … selon Marija Gimbutas (« Le langage de la déesse », édition des Femmes) qui se basait sur les recherches et campagnes archéologiques qu’elle a mené dans l' »ancienne Europe » pré-indo-européenne, principalement dans les Balkans et le long du cours du Danube, un culte de la Déesse se serait universellement répandu dans toute la préhistoire, la femme incarnant la reproduction de l’espèce et son espoir de pérennité dans une dimension qui n’était pas linéaire comme elle le devint avec le patriarcat mais circulaire et cyclique où prend naissance le mythe de « l’éternel retour » . J’avoue bien volontiers mon attirance pour cette théorie, malgré les excès d’interprétation qu’ont pu en faire des féministes radicales … il est pourtant honnête de souligner que d’autres théories ont cours, celle de représentations érotiques notamment (bon d’accord, c’est très prosaïque, plus traces de spiritualité ou de préoccupations métaphysiques, seulement des graffitis érotiques sur les murs …) ou celle, lapidaire, de Pierre Lance : »confronté aux rudesses de l’existence, l’homme éprouve périodiquement la nostalgie du ventre maternel. Une fois enfoncée cette porte ouverte, on ne voit pas ce qu’elle nous apprend de décisif sur le destin des peuples, hormis l’évidence que plus ce culte sera important dans une communauté et plus on pourra soupçonner qu’elle manque d’audace et de virilité » (in « Alésia. Un choc de civilisations »)
Par ailleurs, cette histoire de « gué » est, elle aussi, intéressante et j’essaierai d’en parler la prochaine fois …

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incarnation de lointains ancêtres,

et mémoire oubliée de peuples antiques …

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Paléolithique (et même avant) . Je suis un « homme du renne » mais je chasse aussi les bisons et les aurochs dont nous suivons les troupeaux avec mon clan au fil de leurs déplacements saisonniers ou que nous attendons sur les gués par où passent leurs routes de migration. Je vénère un dieu père auquel, par assimilation, je fais porter des ramures de rennes. Je vis dans l’entrée des grottes que j’aménage pour me protéger du vent et des grands froids ou dans des campements précaires au cours de l’été. J’aime les parures, animales ou végétales, plumes et ossements, pendeloques de coquillages et de dents d’animaux, et je porte déja des tatouages compliqués. En dehors de la chasse et de la pêche, je fabrique des vêtements , des récipients ,des armes et des outils, je travaille les peaux et les fourrures et me livre à des rites religieux.
Je suis maintenant un chamane et je guéris les malades, je provoque les changements de temps désirés, je prédis l’avenir et je converse avec les esprits et les animaux-esprits. Je descends au fond des grottes dans les boyaux les plus reculés pour y pratiquer les rites magiques de chasse,et je peins et je grave sur les parois les animaux à chasser et des figures frustres ou au contraire, très réalistes. Je sculpte aussi des figures féminines, des Vénus aux formes accentuées, à l’image de la Terre généreuse que nous allons apprendre à cultiver, de la déesse fertile que je vénère.

Néolithique. Je suis agriculteur et je tire ma subsistance de la terre que nous cultivons de manière collective et qui est une mère providentielle et divine. Et par analogie . je révère la grande déesse-Mère . Le culte des morts et des ancêtres tient une grande place dans ma vie quotidienne et religieuse puisqu’ils sont encore présents parmi nous et qu’ils sont dépositaires d’une force bien supérieure à la notre. Les menhirs, dolmens et tumuli sont liés à ce culte : sépultures, sites religieux et funéraires. Je respecte un calendrier de fêtes saisonnières liées au cycle de la végétation et les mythes qui intègrent la mort, puis la renaissance d’une divinité, assimilée au Soleil. Petit à petit, je vais aussi vouer un culte au Ciel protecteur en l’associant à celui de la Terre mère.

Je suis maintenant un chamane, sorcier prêtre de la tribu qui sert d’intermédiaire entre les hommes et les âmes des ancêtres pour s’assurer de leur protection. J’ai été « choisi » pour mes dons naturels avant de recevoir une solide formation initiatique souvent pénible et épuisante.

Antiquité. Je suis Gaulois. Picton, peut être (probable ?) cousin des Pictes d’Ecosse. Picton signifie « les hommes peints » mais aussi « les furieux »…La défaite d’Alésia et la reddition de Vercingetorix viennent de sonner le glas de la Gaule indépendante et des druides qui seront bientôt frappés d’interdit. Les Romains annexent mes dieux et mes déesses pour les assimiler aux leurs mais derrière ces nouveaux noms je continue, surtout si j’habite la campagne , à honorer nos vieilles divinités. Comment pourrait-il en être autrement puisque ces divinités sont intimement et fortement liées au sol sur lequel je vis, à ses forêts, à ses rivières, à ses collines, au vent qui y souffle, à ses mers qui y grondent … et à mes Ancêtres qui ont foulé ce même sol qui est fait de leur chair. …Certains d’entre eux étaient déja même vénérés à l’âge du Renne.
Je suis maintenant un druide, trait d’union entre les dieux et les hommes. J’allie, aux attributions de ceux qui étaient avant moi -les chamanes- (dont j’ai hérité du Savoir et de la Pratique) celles de philosophe, d’enseignant, d’astronome, de juge, de médecin, d’historien et de bien d’autres encore mais l’essentiel de ces connaissances va disparaitre parce que je me suis toujours refusé à les consigner par écrit pour préserver leurs possibilités d’évolution… Certaines se transmettront par l’oral ou par le geste, les autres devront être redécouvertes ou reconstruites sur le même modèle cohérent par l’étude, la recherche, l’intuition…

Aujourd’hui. Je suis … moi. J’ai traversé ces divers âges qui m’ont fait ce que je suis et j’ai évolué. Le sol, lui, n’a pas changé, il est toujours fait de la chair de mes ancêtres et ce sont toujours les mêmes divinités que j’honore. Beaucoup s’est perdu des vieilles traditions mais il ne s’agit pas de revenir au point zéro, de remonter 2000 ans en arrière, rayer 2000 ans d’obscurantisme monothéiste, pour se retrouver à un hypothétique âge d’or auquel je ne crois guère mais de récolter un maximum d’informations dans tous les domaines qui peuvent nous aider à mieux connaitre et comprendre la vie quotidienne de nos ancêtres . Il s’agit d’aller à la recherche des Dieux et des Déesses dans le sol que nous foulons et dans notre imaginaire, à travers les lieux, les récits historiques, les légendes, les coûtumes et les fêtes toujours vivantes, les découvertes archéologiques…
Je suis apprenti- druide, ou apprenti-chamane ou même plutôt simplement apprenti-sorcier. Je n’ai pas grand chose à voir avec celui qui, dans l’Antiquité, se déplaçait avec sa Cour , et parlait avant le Roi en revanche je chéris l’image de celui qui, dans les villages, était tout à la fois prêtre, guérisseur, confident, avec bien d’autres attributions encore, un druide au ras des pâquerettes si j’ose dire…
En parallèle à ce travail de reconstruction, j’essaie de mettre en conformité ma vie avec la triade transmise par Diogène Laërce: « honore les dieux, sois brave, ne fais rien de bas », afin qu’on puisse dire de moi et des miens, comme Camille Jullian le disait des Gaulois : « dans la vie comme à la bataille, ils allaient droit leur chemin, à ciel ouvert, le visage nu et le front haut ».

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