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« La race de l’âme

« …tout ce qui est forme du caractère, sensibilité, inclination naturelle, « style » d’action et de réaction, attitude en face de ses propres expériences »

(Julius Evola, Éléments pour une éducation raciale.)

Pour la chevalerie, les bases de cette race sont un ensemble de normes spécifiques agissant comme autant de forces psychiques et psychologiques qui « obligent », créent une tension interne et donnent forme, parfois sur le plan somatique, à un type humain particulier, le chevalier, lequel, par leur activation au sein d’une « voie », cesse d’être un individu indifférencié pour devenir une personne différenciée par ses qualités, sa nature propre et une série d’attributs s’articulant en fonction de la nature de la « voie » et de ses choix personnels. Ces forces sont l’honneur, la fidélité -la fides-, le courage, l’abnégation, l’amour du combat, valeurs relevant d’un ethos héroïco-viril païen, auxquelles l’Église ajouta la pitié, le désir de paix, l’amour du prochain, la protection d’autrui, la charité, etc… idées envers lesquelles le chevalier n’offrait bien souvent qu’une obéissance formelle. Joint à un mode de vie profane commun à tous les chevaliers, tout cela créa un « style » se caractérisant par des rapports clairs et ouverts d’homme à homme, l’affirmation d’une impersonnalité active allant jusqu’au sacrifice de ses intérêts et de sa vie de façon anonyme, le goût de la hiérarchisation et des rapports de commandement/obéissance, le tout s’organisant dans un ordre organique tissé de multiples liens réciproques s’articulant verticalement. Ces spécificités, admirablement mises en forme au Moyen Age, sont d’ailleurs celles de toute « société d’hommes » à quoi se résume, in fine, la chevalerie (…)

S’il est vrai que la totalité des chevaliers se veulent chrétiens, souvent de façon non orthodoxe, il n’en reste pas moins que leurs idéaux de base de leur éthique sont issus de valeurs païennes. Ainsi, en mettant en avant les notions de fidélité, d’honneur, de sacrifice, de respect de la parole donnée, les notions de lâcheté et de honte (plutôt que le péché) qui entachent l’honneur de l’homme et de son lignage, de laver une injustice dans le sang (plutôt que le pardon chrétien), celle de vouloir la paix par la victoire des armes (notion romaine), etc. le chevalier affirme nettement une éthique héroïco-païenne au sein d’un univers superficiellement chrétien. »

Bernard Marillier, B.A.-BA Chevalerie.

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En cherchant la description des épreuves d’admission au sein de la confrérie guerrière des Fianna, j’ai trouvé ces deux analyses particulièrement intéressantes et riches d’enseignement. Il serait dommage de simplement les résumer, je les livre donc in extenso…

Poortvliet cerf

« Les initiations guerrières prenant le cerf comme référence archétypale, bien que moins fréquentes que celles basées sur les carnassiers, sont attestées chez de nombreux peuples indo-européens et non indo-européens.

La mieux connue de ces initiations par le cerf est celle des Fianna celtes. La tradition et les mythes irlandais nous révèlent l’existence d’une sorte de confrérie ou « ordre » équestre composé d’hommes d’élite, les Fianna, commandés par Finn ou Demné « le Cerf », qui évoluait en marge des communautés tribales.

L’animal totem était le cerf, dont les membres acquéraient les particularités : vie en forêt, rapidité de déplacement, vigueur sexuelle, etc. Totem qui renvoie à un couple primordial d’opposés complémentaires mythiques qui structure une vision du monde précise : Finn le Cerf, en effet, rencontre toujours sur son chemin aventureux des sangliers ou des truies qu’il lui faut affronter et vaincre, imposant là une transposition de l’ancienne opposition préhistorique du cheval et du taureau, la dualité essentielle entre le masculin et le féminin, entre la vie et la mort.

Finn est lui même le fils de Cumall -le Camulos gaulois cité par César, l’équivalent du dieu Mars- et de Muirné, fille de Tagd, druide suprême d’Irlande. Il est l’incarnation de la fonction guerrière, mais aussi, par sa mère, du pouvoir spirituel et de la connaissance, entretenant des liens étroits avec le monde des morts. Finn saumonCe que confirme un épisode relaté par le mythe. Alors qu’il étudiait l’art de la poésie auprès d’un vieux sage sur les rives de la Boyne, il mangea un saumon qui lui donna le don de voyance et de prophétie : il lui suffit de mettre son pouce dans la bouche et de chanter « l’illumination du chant » pour que lui soient révélées les vérités cachées de toute question. A l’évidence, nous sommes là en présence d’un rite chamanique antérieur à l’arrivée des Celtes en terre irlandaise et que ceux-ci intégrèrent dans leurs pratiques magiques.

Toutes les aventures des Fianna, de Finn, d’Oisin et de leurs compagnons s’articulent autour de ces thèmes. Des quêtes et des batailles prodigieuses précèdent des rencontres extraordinaires avec des fées ou des revenants issus de l’autre-monde, mais un autre-monde que les Celtes concevaient souterrain et dont les accès se faisaient par les collines et les tertres, d’où une perpétuelle circulation entre les vivants et les défunts.

Lié à aucun territoire de l’Eire, bien qu’à l’origine il était relié au royaume de Leinster, et échappant aux règles de l’ordre établi, le groupe des Fianna parcourait l’Irlande de part en part, étant partout chez eux, se nourrissant chez l’habitant l’hiver et du produit de leur chasse l’été. Les récits indiquent leurs missions : garder les ports, faire régner la justice et l’ordre et collecter l’impôt, louant leur service aux rois, tout en se consacrant à la chasse et aux activités intellectuelles, comme l’art oratoire et la poésie.

Confrérie errante, versant parfois dans le brigandage, les Fianna étaient en rapport intime avec la nature, et d’abord avec la forêt. Leur recrutement était le résultat d’une sélection sévère et de nature initiatique dont la source première était Cernunnos, le maître du savoir suprême qui ordonne et commande aux forces de la nature, recevant de lui la puissance, la lumière supérieure, la fécondité et la révélation, grâce aux « voyages chamaniques », des secrets des trois mondes. En outre, il leur fallait être lettrés et connaître intégralement les douze livres de la poésie sacrée irlandaise qu’ils devaient réciter sans une faute.

Finn_Mac_Cumhal

Guerriers d’élite, ils devaient satisfaire à des épreuves précises et difficiles : placé à mi-corps dans un trou, le futur Fianna, armé seulement d’un bouclier et d’une baguette, devait soutenir l’attaque de neuf guerriers -chiffre hautement symbolique et chamanique (la perfection, la fin et le commencement d’un cycle, c’est à dire la transposition sur un nouveau plan, un « monde neuf » auquel accède un « homme neuf »)- ; courir nu dans la forêt « comme un cerf » pour échapper à la poursuite de trois guerriers, sans recevoir une blessure, sans se faire rattraper, sans que la chevelure ordonnée en tresses, symboles des bois du cerf, ne soit dérangée et sans qu’une brindille n’ait craqué sous les pieds; sauter,à l’instar d’un cerf, par dessus une barre placée à la hauteur du front; arracher, sans ralentir sa course, une épine fichée dans le talon; « combattre comme un cerf », c’est à dire affronter d’autres guerriers à coups de tête. De plus, grâce au « feth faida » qui implique la connaissance suprême permettant la métamorphose animalière, le guerrier Fianna pouvait se rendre invisible, procédé sur lequel nous sommes mal renseigné. Versée à la fois dans l’art de la guerre et dans l’art de la poésie, celle-ci impliquant alors la connaissance des mystères divins, la confrérie des Fianna devait acquérir la renommée, la puissance, mais aussi la crainte auprès du peuple et des pouvoirs réguliers avec lesquels elle entrait souvent en conflit.

Le mythe nous révèle en effet que la Fianna entra en conflit ouvert avec l’un des plus grands rois d’Irlande, Cormac Mac Art (fin du IIe siècle-début du IIIe siècle), guerre d’où la confrérie sortit vaincue, mais dont la mémoire gaélique conserva la trace : les mythes firent des Fianna les génies de la forêt, des « génies cervidés de la sylve ».. Et c’est sans doute les restes de guerriers-cerfs de type Fianna, dont les têtes étaient couronnées de bois de cerf, qu’ont livré les sépultures découvertes à Téviec et à Hoëdic, près de Quiberon en Bretagne. Il faut voir dans l’histoire de Finn et de la Fianna, liée à l’idéologie pan-indo-européenne que constitue le phénomène des sociétés guerrières initiatiques, les prémices du mythe du roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde, mais aussi l’existence de guerriers d’élite entourant les chefs et les rois. »

Bernard Marillier : Le cerf : symboles, mythes, traditions, héraldique.

finn

« Les Fianna rentrent dans une autre typologie guerrière. Cu Chulainn et ses compagnons étaient les héros du clan, ils concentraient l’énergie totémique de leur lignée. Les combattants de Finn par contre, doivent se séparer de leurs familles et faire vœu de ne plus participer à la justice tribale (venger les morts de la famille ou être vengés par eux). Ils paraissent avoir constitué une confrérie initiatique militaire qui imposait à ses aspirants des épreuves autant guerrières que magiques.

Mais bien que la force et l’adresse dans le combat continuent de faire la différence entre les combattants mineurs et les grands héros, la nature du pouvoir martial n’est plus la même. Cu Chulainn surclassait ses ennemis par la « furor » belliqueuse qui le transformait en berserk. Finn, le fondateur mythique de la milice, et ses hommes font appel à une force à coloration spirituelle et druidique. A part les qualités physiques et athlétiques, les Fianna doivent apprendre les subtilités de la culture et de l’art, l’ordalie physique étant doublée de l’apprentissage des douze formes traditionnelles de poésie. La poésie était à l’époque une activité magique, le barde ayant des pouvoirs similaires au druide; une satire par exemple, était utilisée comme une malédiction qui liait les plus braves guerriers. Finn, l’homologue de Cu Chulainn, mais aussi d’Arthur, devient un héros, confond ses ennemis et fonde la confrérie des Fianna après avoir mangé « le saumon de la sagesse », poisson merveilleux qui lui permet de prévoir l’avenir et de manipuler psychiquement ses adversaires. »

Corin Braga : Le paradis interdit au Moyen Age

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