You are currently browsing the tag archive for the ‘Bernard Rio’ tag.

LoupetMerlin« Reposons-nous encore une fois la question  : prophète et politique, fou et converti ou philosophe et lucide ? La magie de Merlin ne visait-elle pas à instaurer une royauté et à garantir sa souveraineté par un ordre parfait, un ordre dont le pouvoir n’émanait pas du peuple mais s’imposait au peuple ? N’était-ce pas le sens original de la Table Ronde ? Toute sa science, toute sa sagesse œuvraient à l’établissement et au maintien de l’ordre ancien.

Merlin n’inverse pas la pyramide des pouvoirs. Enfant, il dit déjà sa « vérité » à Vortigern. Adulte il dit toujours ce qui doit être et non ce que l’homme, fut-il prince, aimerait entendre. Il « fait » son roi. Il édicte la règle royale. Il gouverne Arthur.

Contrairement à la tentation de certains médiévistes [qui voient] en lui un médiateur entre les temps anciens (barbarie) et les temps nouveaux (rédemption), nous pensons que Merlin s’oppose au christianisme destructeur de la société héroïque et aristocratique. La perfection trinitaire de Merlin -Roi, Chevalerie, chevalier d’exception- pourrait d’ailleurs être perçue comme une perfection trifonctionnelle. Merlin prévoit. Merlin agit. Merlin régit le monde des hommes jusqu’à la fin. Il n’élude pas la guerre. Il ne se soumet pas. En présageant la disparition de la Table Ronde, la mort d’Arthur et la victoire du christianisme qu’ il ne considère pas comme une progrès mais comme une décadence. Merlin ne peut qu’abandonner à son sort ce monde qu’il désapprouve et qui le rejette. Il ne peut que retourner dans l’Autre Monde, à l’état de sauvage, sylvain. Car l’archétype n’a ni âge ni royaume.

Merlin ! Merlin ! Convertissez-vous, laissez le guy au chêne, et le cresson dans la prairie comme aussi l’herbe d’or. Comme aussi l’œuf de serpent marin parmi l’écume dans le creux du rocher. Merlin ! Merlin ! Convertissez-vous, il n’y a de devin que Dieu. Au prêche de Kado, Merlin, dans ce chant breton, répond par le hurlement du loup. Tout est dit. »

Bernard Rio. Avallon et l’Autre Monde. Géographie sacrée dans le monde celtique. Ed. Yoran Embanner.

————————————————————————————-

 

Publicités

merlin_s« Je ne pense pas que le combat prioritaire soit actuellement d’ordre politique en Bretagne et en Europe. Je ne pense pas non plus que la royauté ait été au centre de la Tradition celtique. Certes, la figure du roi est bien le principe actif de la souveraineté guerrière, mais le roi est l’une des deux composantes des couples formés avec la reine d’une part, avec le druide de l’autre. La place et le rôle de Merlin m’apparaissent bien plus fondamentaux dans le cycle arthurien que ceux d’Arthur… Le retour d’Arthur est bien plus qu’une symbolique littéraire ou légendaire, beaucoup plus qu’une croyance en l’immortalité du héros, c’est en fait la restauration de l’ordre cosmique, qui ne peut s’effectuer qu’à la fin d’un cycle. La maladie du roi induit la décadence du royaume et sa mort clôt les temps aventureux. Si adolescent, j’ai pu naïvement espérer le retour d’Arthur pour libérer la Bretagne de ses oppresseurs, aujourd’hui, je ne peux croire à ce scénario héroïque. Ce retour ne pourra en effet avoir lieu qu’après le réveil des Dieux. C’est aux hommes qu’il appartient de réveiller les Dieux et de les honorer. Si la bataille de Camlan a sonné le glas de la souveraineté celtique, c’est que les Bretons avaient déjà tourné le dos aux Dieux de leurs pères : ils avaient renoncé à leurs valeurs ancestrales pour se convertir au culte nouveau, venu du désert. La folie de Merlin et la mort d’Arthur ouvrent un crépuscule celtique. Face à ce fléau, le recours à la Tradition celtique s’impose. Sachant que l’histoire est cyclique, je suis convaincu que notre antique souveraineté sera restaurée le jour où le bazar des marchands aura été balayé… Après tout, que représente une vie d’homme pour les Dieux immortels ?

Dans le légendaire celtique, Merlin retourne dans la forêt avant la mort du roi. Son retrait du monde annonce donc la prochaine disparition du souverain. De même, nous avons non pas à engranger, mais à nous ressourcer dans la forêt pour y apprendre la science du monde. Il est impératif de vénérer les Dieux par le rite et le sacrifice afin de retrouver le chemin de l’Autre Monde et de renouer avec les rites de passage, omniprésents dans nos mythes celtiques. S’il plaît aux Dieux, j’espère naviguer autour du monde, à l’instar de Pwyll, afin d’apercevoir Rhiannon et de l’interroger. La vue et la parole retrouvée, il me restera alors à entendre et à apprendre. »

Bernard Rio

————————————————————————————–

« Venus de Palestine, de Syrie et des grandes villes de l’Asie mineure, les évangélisateurs chrétiens donnent une nouvelle interprétation du paysage à leur arrivée en Occident. Cette lecture inspirée par la Bible met en avant la notion de sauvagerie … une péjoration de silva « forêt » du bas latin salvaticus. Si la romanisation avait induit une urbanisation des mœurs occidentales, la christianisation impose une vision du monde radicalement différente, vision globale et conquérante puisqu’elle projette l’évangélisation de tout le monde. La rupture avec l’antiquité est totale. Il ne s’agit plus d’une confrontation d’intérêts particuliers dans un espace partageant des valeurs communes, mais d’une opposition structurelle et culturelle.. La nature est marginalisée, rejetée par le « peuple de Dieu », désacralisée et diabolisée. Elle est certes conçue par Dieu, mais elle est perçue par le « peuple de Dieu » comme un lieu qu’il convient de défricher, de cultiver, de civiliser pour la gloire de Dieu et le bonheur des hommes ! Le royaume de Dieu n’est pas de ce monde mais la nature peut être le lieu des tentations, le lieu du péché. Elle peut aussi être paradoxalement celui du rachat de l’homme et de la rédemption salvatrice. Lieu d’enjeu, cette nature sert de refuge et de couvert pour désobéir ou célébrer Dieu.

Les croyances attachées au sol et à la forêt tiennent une place et une fonction essentielle dans les discours d’exclusion des premiers missionnaires chrétiens. Car l’arbre, le bosquet, la forêt sont magiques et diaboliques. Plus qu’opposition, il y a incompréhension entre deux civilisations. Pont entre le monde des vivants et le monde des morts, entre le monde d’en bas et le monde d’en haut, entre les hommes et les dieux… La forêt est un milieu, une frontière et son « désert ». Les premiers missionnaires ne se trompent nullement en détruisant les simulacres et les temples. Tandis qu’en Grèce, ils s’attaquent aux gymnases où les éphèbes cultivent leur esprit et leur corps, ce sont les arbres qu’ils abattent dans le monde celtique. Où qu’ils soient, ils tendent à couper l’homme occidental de ses racines, de ses dieux, de ses esprits de sa mémoire. La nouvelle Église, qui a prospéré sur les ruines de l’Empire romain est fondamentalement étrangère et hostile à ces arbres, ces bosquets, ces bois et ces forêts où elle devine un monde de bestialité et de diablerie, d’errance et de perdition. Sylva vaut sauvagerie et anarchie. »

 

Bernard Rio, L’Arbre philosophal, L’Age d’Homme.

——————————————————————————————————

avallon

Avallon, l’île d’éternelle jeunesse où le roi Arthur fut transporté pour y être soigné par Morgane après la tragique bataille  de Camlann, les terres Fortunées au nord du monde, la Grande Plaine où coule une rivière de miel, le Verger de la Joie, le Val sans retour … L’Autre Monde celtique atteste de la croyance des Celtes en l’immortalité de l’âme. L’accès à ces contrées à la fois mystérieuses et merveilleuses n’était jadis possible qu’à quelques hommes bénis des dieux ou des fées au terme d’un périple initiatique, par delà l’océan des âges et des apparences.

Les lieux saints de l’antiquité demeurent sacrés et le passage vers l’au-delà reste ouvert. Bernard Rio propose de retrouver les traces de cet Autre Monde dans le paysage contemporain, l’architecture religieuse et les traditions populaires.

Ces esquisses d’une géographie sacrée offrent une nouvelle et revigorante lecture de la forêt de Brocéliande, de la cité de Glastonbury ou de l’abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire. Elles replacent l’homme sur le chemin de la connaissance, en route vers le milieu du monde.

Sommaire :
– 1 introduction : Le milieu du monde
– 2. Avallon, l’île éternelle
– 3. Saint-Benoît-sur-Loire, locus consecratus des Gaulois
– 4. L’arbre au centre du monde
– 5. Le recours à la forêt
– 6. Brocéliande, la forêt réinventée
– 7. Une chasse fantastique entre les mondes
– 8. Saint Jacques ou le chemin de la voie lactée

Ecrivain et journaliste, Bernard Rio est l’auteur de nombreux ouvrages sur le patrimoine et les traditions dont “L’arbre philosophal”, un essai publié en 2001 aux éditions L’Age d’Homme et consacré aux mythes et légendes de la forêt.

Bernard Rio : Avallon et l’Autre Monde. éditions Yoran Embanner.

pour me contacter

août 2019
L M M J V S D
« Fév    
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031  

a

Des racines et des elfes

Tigialon uscas

Blog Stats

  • 1 280 805 hits
Publicités