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pochette-drones-septieme-album-muse« Je trouve une intéressante définition du « l’idéologie d’aujourd’hui », dans le Monde diplomatique du mois d’août. Elle est signée François Brune et vaut d’être résumée pour venir compléter mes dernières réflexions.
L’idéologie d’aujourd’hui se compose du mythe du progrès, du primat du technique, du dogme de la communication, de la religion de l’époque.
Progrès = changement : tout changement est un progrès technique; tout changement est devenu nécessité. Il ne faut surtout pas être en retard sur l’autre.
La technique va de pair avec la vitesse (ici aussi, il ne fait pas bon être « dépassé »).
On a fait naître, on entretient le besoin de communication; il est un dogme quotidien. Tout problème se règle par la communication. Savoir communiquer… Etre branché… Interactivité… Mais il y a communication et communication. La télévision n’a par exemple jamais « communiqué » que pour « convertir à la religion de l’époque, dont elle se veut le temple ».
« La religion de l’époque, enfin, c’est s’adapter, être de son temps. Mais qui décide de ce qu’est l’époque ? »

(Bruno Favrit. Midi à la source. Carnets 1990-2011. Auda Isarn.)

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« (Entendu à France Culture) Le confesseur de Louis IX, lui avait interdit de rire le vendredi. Comme si le rire pouvait se commander. Or, il ne faut pas oublier que c’est au XIIIe siècle que l’on vit apparaître le sourire sur le visage des statues sacrées.
Y a-t-il eu opposition radicale entre le rire et la religion catholique ? Assurément, mais dans une moindre mesure que ce que l’on s’est efforcé de démontrer (je fais notamment allusion à Umberto Eco). Que l’on cesse de considérer le Moyen-Age et le catholicisme médiéval comme une période d’ignorance et d’obscurantisme. Les moines et abbés de jadis étaient tout aussi dévoyés et défroqués que nos contemporains le sont. Et l’on ne rit certainement pas davantage aujourd’hui.
La grande tendance, c’est l’intelligentsia qui se pose en juge du passé et des actions de nos prédécesseurs, de nos aïeux : « Avant, ça n’était pas la démocratie, ni l’égalité, ni le métissage institué, donc une grande chape sombre posée sur le monde. » Cette assurance qu’ont certain d’être juchés sur un observatoire, et qu’ils ne seront pas eux-mêmes dénoncés par les intelligences à venir pour la vaste entreprise de déstabilisation qu’ils sont en train d’édifier autour d’eux, est tout à fait caractéristique de notre fin de siècle.
Il faudra pourtant que nos enfants et nos petits enfants se souviennent des fossoyeurs et des apprentis sorciers, et que leurs noms demeurent synonymes de fossoyeurs et d’apprentis sorciers. »

Bruno Favrit. Midi à la source. Carnets 1990-2011)

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Histoire-3.-Moyen-Age-Eduard-von-Gruetzner« Le confesseur de Louis IX lui avait interdit de rire le vendredi. Comme si le rire pouvait se commander. Or, il ne faut pas oublier que c’est au XIIIe siècle que l’on vit apparaître le sourire sur le visage des statues sacrées.
Y a-t-il eu opposition radicale entre le rire et la religion catholique ? Assurément, mais dans une moindre mesure que ce que l’on s’est efforcé de démontrer (je fais notamment allusion à Umberto Eco). Que l’on cesse de considérer le Moyen-Age et le catholicisme médiéval comme une période d’ignorance et d’obscurantisme. Les moines et abbés de jadis étaient tout aussi dévoyés et défroqués que nos contemporains le sont. Et l’on ne rit certainement pas davantage aujourd’hui.
La grande tendance, c’est l‘intelligentsia qui se pose en juge du passé et des actions de nos prédécesseurs, de nos aïeux. « Avant, ça n’était pas la démocratie, ni l’égalité, ni le métissage institué, donc une grande chape sombre posée sur le monde. » Cette assurance qu’ont certains d’être juchés sur un observatoire, et qu’ils ne seront pas eux-mêmes dénoncés par les intelligences à venir pour la vaste entreprise de déstabilisation qu’ils sont en train d’édifier autour d’eux, est tout à fait caractéristique de notre fin de siècle.
Il faudra pourtant que nos enfants et nos petits-enfants se souviennent des fossoyeurs et des apprentis sorciers, et que leurs noms demeurent synonymes de fossoyeurs et d’apprentis sorciers. »

(Bruno Favrit. Midi à la source. Carnets 1990-2011.)

altitude

« … préservons nous du fiel et de ses néfastes accès.
De la hauteur, toujours de la hauteur.
Pour demeurer … insaisissable. »

Bruno Favrit. Midi à la source. Auda Isarn.

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midi-a-la-source-carnets-1990-2011

Biographe de Nietzsche et grand lecteur de Cioran, Hamsun et Matzneff (l’un des rares écrivains français contemporains qui le comble), Bruno Favrit est l’auteur d’une œuvre encore secrète, qu’il dissimule avec une coquetterie hautaine. Non sans panache, il se livre aujourd’hui par le biais de ses Carnets des années 1990-2011, où il évoque ses amitiés stellaires (un olibrius surnommé L’Ours y occupe une place importante), ses lectures, sa diététique (vins et fromages bannis, à l’instar des poètes dans la Cité de Platon), ses randonnées, ses feux solsticiaux, ses doutes et ses détestations.

Ses sources ? La haute montagne, des Causses à l’Engadine, qu’il arpente, sac au dos, en alpiniste chevronné, et qui lui inspire des pages empreintes d’un puissant panthéisme. Comme l’homme est un professionnel, il use du vocabulaire propre à cette rude discipline : vires, ressauts et festons scandent le texte de ces Carnets. Comment ne pas regretter, d’ailleurs, que Bruno Favrit ne nous ait pas encore livré le beau roman de montagne, à la Ramuz, qu’il porte en lui ? Qui aujourd’hui, en France, parle avec autant de compétence et de passion des joies et des peines de l’alpiniste ? Mais Bruno Favrit feint de mépriser la fiction pour de mauvaises raisons, liées au sentiment d’urgence qui l’étreint, face aux fléaux qui l’ulcèrent : la suralimentation et ses catastrophiques conséquences, le triomphe de la marchandise, le remplacement de population et la mutation anthropologique des mégapoles, le règne de l’éphémère et de l’argent-roi… Il a bien entendu tort : le rôle de l’artiste est de créer la beauté, non de consigner des arguments ou, pis, de composer des slogans qu’ânonneront tôt ou tard des démagogues sans âme.

La nature en général, la phusis des Grecs, lui est une compagne de chaque instant, à ce rebelle résolu qui fuit les villes… sauf pour partager le vin et le fromage avec les amis (voir supra), car ce païen a fait sienne la sentence de Luther : « qui n’aime le vin, les femmes ni les chants, restera sot toute sa vie durant ».

Les leitmotive de ces Carnets ? Un refus passionné de toute médiocrité, même cachée au plus profond de soi ; une quête permanente de l’art de s’élever sur les parois de calcaire comme sur celles d’une âme de glace et de feu. Il y a du Cathare chez Favrit, qui d’une part étonne par ses exigences et ses tourments, et de l’autre agace par des vitupérations qui, si elles sont rarement infondées, ne laissent pas d’être naïves tant il oublie le conseil, qu’il cite pourtant, de Spinoza : « non lugere neque detestari, sed intellegere » : ne pas déplorer ni vitupérer, mais comprendre. Sa hantise de toute lourdeur, qui est le propre d’une âme noble, « anarcho-spartiate », lui fait parfois manquer… de pondération. Reste le résistant, blessé par l’avachissement général, « l’écorché froid » comme le définit bien la dame de sa vie.

L’essentiel : la vision de ce marcheur solitaire qui, du haut des cimes, récite Hamsun ou la Baghavad Gîta pour nourrir de roboratives méditations.

Christopher Gérard

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« Nos pères et les pères de nos pères avaient l’action, et savaient tout ce qu’ils devaient à l’action ; car au commencement était l’action, et nullement le verbe.

Les pères de nos pères avaient rarement recours à ces bavardages auxquels on accepte aujourd’hui de prêter l’oreille et qui auront somme toute infesté notre Histoire. Et si l’Orient sut se payer de mots, force est de reconnaître que l’Occident, aux temps de sa grandeur, s’en garda autant que possible. Et c’est peut-être là ce qui fit sa force et pourquoi il fut tant redouté par les nations du monde.

Aujourd’hui, qu’il n’a plus que le mot « concertation » à la bouche, il sombre, et ce n’est que justice, car on ne peut se payer de mots et d’action concurremment. « Mille ans de guerres consolidèrent l’Occident ; un siècle de psychologie l’a réduit aux abois », juge très judicieusement Emil Cioran dans ses Syllogismes de l’amertume… »

Bruno Favrit. Présence païenne. L’Aencre.

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