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fourmis« Le monde dans lequel nous vivons n’est pas une illusion. Il existe bel et bien, tous ceux qui souffrent dans leur chair le savent. Mais l’esprit peut prendre son envol pour d’autres couches de réalité, qui ne sont pas illusoires non plus. C’est une évidence de bon sens : plus on s’élève, plus la vue embrasse de choses. Et plus on embrasse de choses, mieux on perçoit les liens qui unissent ces choses et les abîmes qui les séparent. La fourmi besogneuse croit l’univers tout entier contenu dans le monticule de terre qui borne sa vue… mais l’homme qui voit la fourmilière, ses galeries, son organisation, saisit exactement quel est le rôle d’une fourmi dans l’étendue de la forêt. Il voit des centaines de fourmilières identiques, il voit les fourmis par milliers transbahuter des graines, les enfouir, les répartir sous le sol avec une étonnante intelligence. Il sait que de ces graines germeront de nouvelles pousses que la pluie fortifiera (…) L’homme qui voit tout ceci comprend que les fourmis redistribuent partout la vie des arbres, aèrent le sol, le débarrassent des détritus qui l’étouffent. Il comprend que la survie de la forêt dépend de la besogne de la moindre fourmi ; voilà pourquoi il remercie la nature de ses bienfaits, la nature qui lui prodigue tant d’astucieuses leçons. Pendant ce temps, la fourmi stupide gravit son monticule et transporte sa graine sans se poser de question, rejoignant dans sa tranquillité le sage qui la contemple. En effet, la cohérence des éléments ne parait claire et évidente qu’à deux types d’individus : les imbéciles, qui ne se posent jamais la moindre question, et les sages qui détiennent les réponses pour avoir eu un instant la vue haute. la plus grande partie de l’humanité se situe entre l’un et l’autre, ni fourmi stupide, ni sage, elle s’interroge et ne comprend rien, se débat, ne dort que d’un œil, ne sait plus vers quelle chimère se tourner, et prie finalement des simulacres de divinités pour ne pas mourir d’abandon. »

Cécile Guignard-Vanuxem. Vercingétorix. Le défi des Druides. Ed.Cheminements

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« Les philosophes grecs prétendent que les Dieux ont fui hors du monde, ou quelque chose de la sorte. Ils soutiennent à ce qu’il paraît que le monde est comme une machine, avec sa mécanique, et que les Dieux la regardent de loin mais ne s’en soucient pas.

– Que t’importe ce que pensent les Grecs ? Ils se moquent bien, eux, de ce que pensent les barbares(…)

– Ils sont intelligents. Il ne faut pas négliger leurs spéculations philosophiques. D’où leur vient alors cette idée étrange que les Dieux sont indifférents au monde ? Bite d’aurochs, quelle sorte de dieux est-ce là ? Les philosophes n’entendent-ils donc jamais la voix divine ? (…)

Je me calai confortablement contre une charrette, et commençai de raisonner.

– Il faut partir du commencement et produire un discours logique à la mode des philosophes. Ce que disent les Grecs est que ce qui existe est de l’être, et ce qui n’est pas de l’être, du non-être. Cette distinction si sommaire leur pose des problèmes insurmontables, par exemple : si l’on exclut la création par les Dieux afin de raisonner avec rigueur, comment l’être a-t-il pu surgir du non-être ? Tu vois bien que c’est chose impossible : il faut donc admettre que ce qui existe a toujours existé. Mais si l’être a toujours été, et que le non-être n’est pas, comment les changements qui affectent les êtres sont-ils possibles ? Car le changement, cela implique qu’un état donné de l’être est passé au non-être. Donc que le non-être existe au cœur même de l’être. Ou bien que tout changement est impossible.

– Par la vache cornue ! S’exclama Tarvo. Est-ce cela, la philosophie des Grecs ? C’est bien de la masturbation de mangeurs d’ail. Autant me demande d’avaler une potée de gratte-cul ! (…)

– Je suis bien d’accord avec toi (…) A-t-on besoin de démonstrations logiques ? Il suffit d’avoir des yeux pour regarder ! Le vice des Grecs est de tout réduire au seul raisonnement qui n’est que la part la plus étroite de l’intelligence. Nous, Celtes, nous pensons aussi avec notre peau, nos oreilles et nos yeux… Vois chaque saison qui revient à sa juste place ; vois la mathématique parfaite que circonscrivent les étoiles autour de nous, et comment chaque année ressemble à l’année qui la précède ; vois comment les abeilles fabriquent le miel sans faillir une seule fois, et la logique du chien qui toujours naît du chien ! La raison divine gouverne le monde de l’intérieur ; sinon tout cesserait de perpétuer sa raison d’être. Ton œil ne désapprendrait-il pas à voir si les Dieux étaient loin, et ton ventre n’oublierait-il pas l’intelligence de la digestion ? Comment ta chair blessée saurait-elle quand il faut qu’elle cicatrise, et de quelle manière se refermer ? Le monde n’est pas mécanique, il est VIVANT ! Il est intelligent à chaque seconde et sait, quand il le faut, changer ses plans ! La machine de l’artisan le peut-elle ? »

Cécile Guignard-Vanuxem, Vercingétorix, le Défi des Druides. Éditions Cheminements.

***

(NDR) Les mangeurs d’ail, il s’agit ici, bien évidemment, des philosophes grecs qui essorent leur intelligence en questions vaines et finissent par tourner en rond … pourtant, je n’ai pu m’empêcher en essayant de suivre la démonstration que Tarvo appelle à juste titre « masturbation » , de me croire dans une de ces discussions comme les affectionnent aujourd’hui bon nombre de druidisants… Aliam vitam, alio mores …

(branlette de bouffeurs d’ail : mon vocabulaire s’est enrichi, à l’occasion, d’une nouvelle et riche expression … 😉 )

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brume

« Il n’y a pas de frontière entre ce qui est magique et ce qui ne l’est pas. Et la raison en est que chacun de nous est à la fois Eau, Feu, Terre, Vent et Brume.. Sentez-vous dans votre bouche, dans votre urine, le gargouillis de l’Eau ? L’ Eau qui coule dans vos veines est ce qui joint en vous toutes les extrémités; rendue vivante par le Feu qui l’anime, l’eau tient votre corps ainsi que fleuves et mers tiennent les extrémités de la Terre. Et le Feu qui chauffe votre cou sous le manteau ? Sentez vous sa chaleur ? Mais le Feu ne se limite pas à chauffer ; il donne à vos yeux la lumière qui leur permet de voir, ainsi qu’il l’offre au soleil, à la lune, aux étoiles. Et le Vent que vous soufflez par votre bouche ? Savez-vous qu’il transporte la voix ? Sans le Vent, point de respiration, point d’odeur, point d’audition, point non plus de paroles. Et la Terre ? Sentez-vous la Terre qui forme votre peau ainsi que vos organes ? Mouillée d’Eau, chauffée de Feu, elle devient limon qui engendre poils et cheveux comme autant de plantes, car ils sont en nous la part la plus végétale ; alors que, au-dedans du squelette, peu humide, elle est dure comme les minéraux. Quant à la Brume, elle est la matière de vos douleurs ainsi que de vos pensées. Elle est l’élément primitif qui contient tous les autres, en vous comme hors de vous.

La Brume est ce qui transporte les images, les agrandit,les rapetisse, les déforme. La Brume est maîtresse des images, elle crée l’empreinte des rêves. Tout ce qui est porte autour de lui un halo de Brume, à moins que ce halo de Brume, plus exactement, ne le porte. »

Cécile Guignard-Vanuxem : « Vercingétorix. Le défi des Druides ».

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