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 » Les comparaisons que l’on a pu faire entre le plus complet et le plus expressif des monuments religieux de la période indépendante gauloise, le chaudron de Gundestrup, et les plus anciens documents gallo-romains (le pilier des Nautes de Paris, la triade de Saintes, le pilier de Mavilly) ont permis de restituer un cycle mythologique gaulois.

chaudron-de-gundestrup

Le récit légendaire ainsi reconstitué met en scène une grande déesse-mère qui est le personnage principal et qui épouse successivement le dieu du ciel, Taranis, et le dieu de la terre, Esus. Ce dernier apparaît, suivant les saisons, tantôt sous une forme humaine et sous le nom d’Esus, tantôt sous la forme d’un personnage hybride, moitié homme moitié cerf, Kernunnos.

En tant qu’Esus, le dieu est celui de la végétation et l’époux printanier de la déesse-mère ; en tant que Kernunnos, il est le dieu de l’Autre Monde, des morts et de la richesse. Il est devenu, à la fin de l’hiver, l’amant de la déesse-mère qui a quitté Taranis et ses chiens redoutables pour le rejoindre sous la terre. Encouragé et soutenu par la déesse-mère, le compagnon et protecteur d’Esus, le héros Smertrius, qui a été assimilé à l’Hercule romain, tue le molosse de Taranis, suivant un mythe qui rappelle le triomphe d’Héraclès sur le lion de Némée ou sur Cerbère.

Pour se venger, le dieu du ciel envoie un autre chien contre la déesse-mère et la transforme, elle et ses deux acolytes, en trois grues. Celles-ci recouvrent la forme humaine grâce à Hercule-Smertrius qui sacrifie, pour assurer leur nouvelle métamorphose, les trois taureaux divins découverts par les Dioscures avec l’assistance d’Apollon.

Smertrius aura également permis à Kernunnos, par le sacrifice d’un cerf, de revenir sous la forme humaine afin de retrouver la déesse-mère et de l’épouser.

Il s’agit là d’un cycle mythologique qui commandait les fêtes saisonnières, chacun des épisodes étant célébré à date fixe par des cérémonies religieuses. Quelques textes de la fin de l’Antiquité et du haut Moyen Âge renseignent sur les coutumes païennes des fêtes calendaires, notamment sur les déguisements en cerfs et en biches, ainsi que sur certains usages du folklore.

Chacune de ces fêtes saisonnières correspondait à un épisode de la légende. Ainsi, la célébration de la descente de la déesse-mère et de ses compagnons aux enfers trouve son prolongement dans des usages locaux du réveillon de Noël, comme la « nuit des Mères » célébrée en Rhénanie au cours du haut Moyen Âge (la famille passait la nuit en réjouissances ; autour de la table de festin étaient ménagées trois places destinées aux mères pour qu’elles s’y asseyent et prennent part au festin).

D’autre part, le sacrifice du cerf et le retour d’Esus sur la terre étaient célébrés par des mascarades et des danses, qui se sont d’ailleurs perpétuées jusqu’à nos jours dans les fêtes du carnaval : hommes et femmes se déguisaient en taureaux et en génisses, ou en biches et en cerfs, et se livraient à des danses plus ou moins lascives pendant des jours entiers. C’était pour célébrer la renaissance d’Esus. Il n’est pas jusqu’à l’hiérogamie d’Esus, succédant au sacrifice des taureaux et figurant sur le pilier des Nautes de Paris, qui ne trouve son correspondant inattendu dans les festivités, encore vivantes au début du XXe siècle, de la mi-carême parisienne, avec sa cavalcade, son bœuf gras et sa reine des reines.

pilier-des-nautes

Cette théorie jette une vive lumière sur un grand nombre de figurations religieuses gauloises et gallo-romaines, et permet de retrouver la continuité du fonds celtique, car certaines représentations datant du premier âge du fer (Hallstatt) et du deuxième âge du fer (La Tène) se rapportent manifestement aux mêmes rites et aux mêmes usages : sacrifices de cerfs, représentés sur des situles hallstattiennes (seaux en bronze) d’Italie du Nord ; sacrifices de taureaux figurant sur des vases gravés de la zone hallstattienne ; rassemblements armés en l’honneur d’une grande déesse représentés sur le chariot de Strettweg (Carinthie) ; gravures du Val Camonica représentant Kernunnos. « 

Jean Jacques Hatt : « Mythes et Dieux de la Gaule »

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Il y a des jours comme ça, où l’on trouve que l’actualité est vraiment trop déprimante … alors plutôt que de se livrer à des considérations perso sur les galipettes du boss du FMI, ou sur le fils du boss de l’Etat qui vient de créer un nouveau parti tout en potassant sa Thora, ou sur le boss des cathos qui s’écrase devant la menace s’il béatifie, ou sur Luc Besson qui pleurniche sur la dureté de sa vie de boss d’entreprise ou sur les mensonges de l’OCDE qui affirme que la pauvreté et les inégalités ont reculé en France, autant aller faire un tour dans la mythologie, les personnages qu’on y croise sont plus intéressants …

… voilà donc l’autre version de Taliésin

« L’histoire de Taliesin débute en Pennlyn, alors que Tegid Voel le Chauve en était le seigneur. Il était marié à Kerridwen, célèbre de sa grande connaissance des choses hermétiques. Trois enfants étaient nés de cette union : Creirwy, une des plus belles enfants qui soient; Morvran, un des plus laids qui soient et Afang Du, le jeune homme le moins favorisé du monde. Afin d’aider ce dernier à devenir un grand homme, elle conçu un jour pour lui un chaudron de connaissance et d’inspiration dont elle connaissait tous les éléments. Ce chaudron devait bouillir une année complète et donner trois gouttes grâce auxquelles Afang Du serait illuminé. Pour mener à bien son projet, elle désigna deux hommes pour surveiller le liquide et entretenir le feu : un vieil aveugle du nom de Mordra et un jeune homme du nom de Gwyon Bach.

Ainsi l’année s’écoula jusqu’au dernier jour, alors que Kerridwen était absente. Le jeune Gwyon, qui avait passé une très mauvaise nuit, vint à s’endormir dans son quart, et tandis qu’il sombrait dans l’inconscience, le chaudron se mit à bouillir. Trois gouttes brûlantes furent alors éjectées du chaudron jusqu’au doigt de Gwyon qui, sur le coup, le porta à sa bouche. Ces gouttes n’étaient nulles autres que celles destinées à Afang Du, porteuses de connaissance et d’inspiration. Comprenant aussitôt que la colère de Kerridwen pourrait lui être fatale, Gwyon Bach prit la fuite sans plus attendre. Il ne put aller bien loin que Kerridwen l’avait déjà pris en chasse avec le désir de le réduire à néant. S’ensuivit une course folle où, voyant le fugitif prendre forme d’un lièvre, Kerridwen se transforma en chien. Arrivant près d’un cours d’eau, Gwyon se transforma en poisson que la sorcière pourchassa en loutre. Le poisson devint oiseau, la loutre se fit faucon, puis, apercevant des grains sur le sol, le jeune homme prit forme d’un grain de blé et s’y camoufla. La sorcière, futée, devint poule et avala le fautif.

Seulement l’ingestion n’eut pas l’effet escompté. Après quelques mois, Kerridwen s’aperçut qu’elle était grosse. Elle attendait un enfant? Son mari était parti depuis longtemps combattre les pirates Gaëls et établir des fortifications le long des côtes, aussi elle comprit immédiatement ce qui lui était arrivé. Cet enfant ne pouvait être que le jeune Gwyon qui demandait une deuxième naissance. Lorsque Kerridwen accoucha, se fut avec le désir de tuer l’enfant. Mais le poupon naquit si beau qu’elle n’eut le cœur d’aller au bout de son reste. Kerridwen lui construisit une sorte de couffin de jonc et le confia à la bienfaisance des eaux d’une rivière qui, loin de là, allait mélanger ses eaux à celles de l’océan.

Il fut ballotté au gré des flots neuf jours et neuf nuits sans jamais pleurer ni la soif ni la faim, car l’eau de pluie prenait soin de le désaltérer alors que de tout petits poissons sautaient de l’eau pour atteindre sa bouche. C’est au dixième jour qu’il atteignit la terre du roi Gwyddno, connu pour posséder l’une des treize merveilles de Bretagne, un filet qui, chaque soir qu’il est mis à l’eau, rapporte suffisamment de poisson pour nourrir toutes les bouches du clan, voire plus. Or il se trouva qu’Elfin, fils de Gwyddno, s’affairait à remonter le filet quand le bébé deux fois né y arrivait. Chose étrange, Elfin, qui était l’un des garçons les plus malheureux et infortunés qui soient, ne prit aucun poisson mais un nouveau-né. Le prenant dans ses bras, il fut si ébloui par la beauté de l’enfant qu’il le nomma Taliésin et l’adopta tout aussitôt. Quelle ne fut pas sa surprise, quand, de retour chez lui, Taliésin entreprit de conter son histoire, celle de Gwyon Bach et ce, sous forme d’un chant aux sonorités parfaites. Il prit aussi soin de remercier Elfin pour son accueil chaleureux :

« Entends maintenant que tu ne le regretteras pas car je suis Taliésin et si bientôt mon nom brûlera parmi les innombrables étoiles du ciel de Bretagne, crois bien que je ne serai pas ingrat et que tu trouveras avec moi une récompense à la hauteur de ta gentillesse. »

Taliesin passa quatre années dans la maison d’Elfin, quatre années qui le virent passer d’enfant, au jeune homme qu’il est aujourd’hui au grand émerveillement des gens du roi Gwyddno. Tout ce temps, il s’appliqua à égayer son bienfaiteur qui, de timoré et voûté qu’il était, devint peu à peu un homme de compagnie agréable et de bonne conversation.

Vint un jour d’automne où Elfin répondit à l’invitation de son oncle Maelgwin Gwynedd à séjourner sur ses terres, à Degawny. Alors qu’il se trouvait là-bas, en compagnie des hommes de son oncle, à recevoir le boire et le manger, tout en écoutant les bardes chanter la gloire de ce dernier. Elfin, à qui la boisson avait fait perdre un peu la tête, se vanta d’avoir barde plus talentueux et femme plus fidèle que quiconque à Degawny.. Son oncle, entra dans une colère rouge, le fit jeter en prison, puis envoya Rhun, son fils illégitime, un jeune homme d’une beauté à laquelle aucune femme ne résistait, avec pour mission d’aller séduire la femme d’Elfin. Mis au courant de tout le stratagème, Taliesin, alla trouver sa protectrice pour tout lui raconter et lui proposer de la remplacer par une servante qui endosserait ses vêtements et ses bijoux. Rhun coucha donc avec la servante et, au petit matin, lui trancha le doigt qui portait l’anneau d’Eflin, avant de s’enfuir en direction de Degawny. Là, on fit sortir Elfin de prison pour lui montrer la preuve de l’infidélité de son épouse. Il répondit :  » Ah !! Ce doigt est trop petit, son ongle est sale, et il porte encore les traces du pétrissage du seigle, ce ne peut être celui de ma femme !!  » Maelgwin, furieux, fit remettre Elfin en prison, sous les yeux de Taliesin, car il avait suivi Rhun en secret lorsqu’il s’était enfui.

Plus tard dans la soirée, et sous la conduite d’Heinin leur chef, les trois bardes de Maelgwin se préparèrent à chanter pour apaiser le courroux de leur roi. Mais Taliesin leur avait joué un tour à sa manière, et ne sortirent de leurs bouches graisseuses que des  » bleub bleub  » maladroits et autres sons grotesques. Puis Taliesin s’avança, fit connaître à tous sa présence, et, pour mieux confondre les bardes de Maelgwin, se mit à chanter avec une telle force que son chant déclencha une tempête qui s’apaisa aussitôt les dernières notes retombées. Maelgwin, reconnaissant alors qu’il surpassait tous ses bardes et probablement tous ceux du royaume, fit amener Elfin dont il fit tomber les chaînes L’oncle et le neveu désormais réconciliés, Taliesin conseilla à Elfin de prétendre qu’en plus de la femme la plus fidèle et du barde le plus talentueux, il avait également le cheval le plus rapide, ce qu’il fit.. Trois jours plus tard, une course était organisée et Taliesin alla trouver le coureur de Elfin et le munit de 24 branches de houx brûlées en lui donnant pour instruction d’en frapper chaque cheval qu’il dépasserait avant de jeter son manteau là où le sien ferait un faux pas.

Ainsi fut fait et après qu’Elfin eut remporté la course, Taliesin l’emmena là où était tombé le manteau en lui conseillant de creuser à cet endroit précis. Il y trouva un chaudron remplit d’or et, s’étant acquitté de sa dette, lui ayant établi considération et richesse, Taliesin quitta Elfin.. C’est ainsi que Taliesin parcouru les terres du monde pour y trouver le sujet de nouvelles chansons et parfaire sa connaissance en toute chose.

Sources :

http://glorfinn.skyblog.com/5.html

http://www.bretagne-celtic.com/legende7.htm

Le Chaudron de Cerridwen contient  la Connaissance :

J’ai trouvé une version du Conte de Taliesin vu du côté de Taliesin. C’est un conte gallois rapporté par John Matthews (à moins que ce ne soit lui qui l’ait écrit ?…) dans les « Contes de Sorcières et d’Ogresses » (Pierre Dubois . Ed. Hoëbeke).

Le Chaudron Initiatique

« Je m’appelle Taliesin et suis poète. Je connais le pouvoir des mots, la force d’une syllabe placée au bon endroit, l’agencement des paroles dans un ordre propice qui fait jaillir, irréfutable, la vérité… Il y a longtemps, avant tout cela, je portais un autre nom : Gwion. J’étais domestique chez la Vieille, aucune tâche n’était trop vile ni trop immonde pour moi : c’était Gwion qui lavait Afagddu l’imbécile, le fils demeuré de la Vieille ; c’était Gwion qui touillait les potions sur le feu, quand elle mijotait quelque mauvais tour en vue de porter le malheur sur la terre des hommes. A l’époque j’étais convaincu que tous les maux du monde sortaient de ce chaudron ; mais je sais aujourd’hui que seule la vérité se trouve dans sa froide panse, une vérité qui, acceptable ou pas, est toujours terrible à découvrir. Elle n’est pas bonne ou mauvaise en soi : elle est là, tout simplement, sans passion, lisse et calme comme une vitre ou un étang tranquille entre les arbres blancs…
Un beau jour, la Vieille entra dans la hutte où elle enfermait quelques cochons faméliques, sa marmite et moi ; elle me gifla à la volée et m’ordonna de faire le feu pour chauffer la marmite en vue d’un nouveau travail qu’elle avait l’intention de commencer presque sur le champ :
« Alors, ne perds pas de temps, gamin, ou bien je vais te faire voir ta récompense. »
Ce genre d’élan de tendresse, je m’y étais habitué et j’avais appris à en tenir compte : c’était un avertissement. Je hissai donc comme je le pus l’énorme récipient noir sur son trépied et me mis en devoir de faire du feu. Puis j’emplis le chaudron d’eau comme on me l’avait appris avant de retourner me tapir dans un coin de la cabane, jusqu’à ce que l’on ait de nouveau besoin de moi.
La Vieille mit cinq jours à réunir les ingrédients de cette nouvelle préparation. Quand elle s’écartait, il fallait que je continue à faire bouillir le mélange à petits bouillons. Au bout de neuf jours, le contenu de la marmite était une sorte de soupe visqueuse et nauséabonde ; la Vieille repartit en m’ordonnant formellement de ne pas laisser son mélange bouillir ni d’y toucher de quelque manière que ce soit :
« Ou tu le regretteras amèrement ! »
Pourquoi diable aurais-je été tenté de tripoter cette horreur ? Mystère ! je n’avais d’ailleurs nulle intention de désobéir, car j’avais déjà subi le poids de sa colère : ses jolies petites mains blanches étaient capables, je le savais, d’infliger les pires supplices que l’on pût attendre d’un être humain… Pourtant, je chargeai sans doute trop de petit bois sous le chaudron : brusquement il se mit à faire de grosses bulles ; comme j’approchai pour baiser le feu, plusieurs bulles éclatèrent et quelques gouttes –trois, je crois- m’éclaboussèrent la main.
La mixture était brûlante, je jappai de douleur et mis la main à la bouche pour la sucer. Tout de suite ma tête se mit à tourner et je dégringolai dans un espace sombre et rugissant où les bruits et les sensations étaient trop forts pour moi. C’est ainsi que moi, Gwion, je me perdis et ne revins jamais. Ce que j’ai vu là-bas, c’est cela qu’il me faut raconter, car ce breuvage avait des vertus initiatiques : elle l’avait concocté pour son monstre de fils ; et quand je goûtais son goût de fiel noir, je vis toutes les maladies et tout le gâchis du monde, et le lent poison qui dévore l’âme de l’humanité. Là bas j’entrevis aussi l’aube de l’espérance, l’annonce de la présence de celui dont la présence changera le monde pour toujours –oui, jusqu’à la fin du monde- bien que je ne sache rien de tout cela, ni à l’époque, ni longtemps après.
Sensations de douleur, de peur, d’horreur. Une peut telle qu’elle glace comme une brume : elle enveloppe de façon informe et nébuleuse, mais fait aussi mal que la douleur de la naissance ou de la mort. La douleur m’entraîna au fond de l’abîme insondable où rien ne voulait plus dire quoi que ce soit, où ce qui faisait de moi Gwion était laissé loin dans le passé. Horreur de l’abîme, du vide, terreur négative qui sonne le glas de la vie, de l’espérance, de toute croyance.
Puis, la lumière. Un pinceau si perçant que, si l’on levait simplement les yeux sans précaution, on perdait la vue. Je n’étais guère averti, mais j’eus le bon sens de détourner le regard pour en observer le reflet : je ne pouvais supporter davantage que la moitié de la lumière, que la moitié de la vérité.
Des visages coulèrent vers moi, ils ruisselaient de lumière. Certains étaient avenants, d’autres renfrognés. Je n’en connaissais aucun . Je vis toutes sortes d’hommes : les uns torturés, les autres transformés, certains pleurant à chaudes larmes et d’autres riant à la vie. Je vis des femmes à la beauté mystérieuse : rien qu’à les voir, j’avais peur de ma propre âme et j’essayai de regarder ailleurs.
Puis j’entendis les voix, les appels, les cris et les hurlements. J’entendis le fracas de la bataille, de l’amour, de la naissance et de la mor,t, du supplice et du plaisir, de la joie et de la peur. Je fermai mes paupières brûlées, j’essayai d’obturer mes oreilles, mais aucune défense n’était étanche : ce ne fut qu’en m’ouvrant à tout que je parvins à tout supporter. Je m’abandonnai à ce monde de tintamarre, de lumière et de mouvement, à toutes ces sensations : elles me firent accéder à une dimension du savoir qui me rendait conscient à un point presque insupportable.
Et ce fut ainsi mais un moment seulement. Le temps d’un clin d’œil, tout le savoir et toute la connaissance furent miens. Au moment où j’accédai à cet empire de possibilités infinies, je sus que la Vieille savait que j’y arrivais : quelque chose l’avait avertie de ce qui m’était advenu. En effet je partageai désormais une part de sa connaissance, une part de sa vie.
Elle était à ma poursuite.
Je m’enfuis dans un paysage sans âge ; dans ma course je franchis des collines, des fleuves et des forêts qui s’écoulaient autour de moi comme s’ils n’avaient pas de substance : je les franchis en pataugeant. Sans arrêt, je savais la présence de la Vieille qui volait comme une ombre à la surface de la terre, de plus en plus près.
Pour hâter ma fuite, j’enfilai les gants et les oreilles du lièvre. Mais, je le savais, elle était toujours sur mes traces : elle avait opté pour la langue et les dents du lévrier, qui courait aussi vite que moi. Je revêtis donc les nageoires et la queue de l’otarie, et m’enfonçai à toute allure dans un monde aquatique, les poissons stupéfaits s’écartaient de chaque côté de ma tête. Mais la Vieille, sous la forme du lévrier, suivait ma traversée à l’odorat et se rapprochait encore ; je dus changer pour les ailes de l’oiseau, là encore elle me rejoignit : elle était faucon, elle frappa mon dos couvert de plumes. Dans une dernière tentative pour lui échapper, je me fis grain de blé dans une meule de foin. Mais je savais de cette étrange conscience que j’avais depuis peu, que j’étais pris : et, de fait, la Vieille s’était faite poule, elle me saisit dans son bec et m’avala. Elle redevint alors elle même et je m’endormis dans la tiède obscurité de ses entrailles. Là, je rêvai.
Je rêvai d’une ombre projetant une lumière : elle me montrait des lieux désolés où nulle herbe ne poussait, où les arbres étaient dépouillés et le sol sec et fendillé. Dans cette désolation surgit comme une tendre vrille verte, qui poussa des rejetons, tant et si bien qu’un réseau de verdure recouvrit la terre morte…
Je rêvai d’un homme descendant un escalier en colimaçon, d’étage en étage plus éloigné de la lumière du jour. Il balançait à la main une lanterne vacillante dont la lueur ne dévoilait que des murs gluants de moisissure. Tout au fond de ce puits s’ouvrait une salle jonchée d’excréments ; une vieille aveugle obscène, hideuse et immortelle, était accroupie au milieu des immondices : elle lui demanda d’embrasser ses plaies suintantes, ses ulcères sans nom. Comme une ignoble araignée elle suçait la vie en lui…
Je rêvai de notre mère la Terre, de ses vastes entrailles où pullulaient ces images parmi tant d’autres, tant et tant que je ne puis citer. Aveugle et sombre, je me coulai dans ces passages tièdes qui irriguaient sa masse énorme ; mes mains frôlaient des formes immondes qui glissaient sous moi…
Soudain, je me heurtai, aveugle, à une absence d’obscurité. D’abord je ne vis pas la différence, ce n’était pas quelque chose que je puisse appeler lumière. Puis une main chaude, pleine de vie, me remit vivement debout ; des ailes –étaient-ce des pétales ?- m’enveloppaient et cette chaleur avait, en outre, une voix, ni homme ni femme quelque part à l’intérieur de ma propre tête ; elle prononçait des mots qui, dans l’instant, engendraient des images. Expériences des douleurs de la création, au contenu fait d’ombres et de lumière –oh, la tendresse et la pureté…
Tout cela tournoyait, et il en venait d’autres, et toujours d’autres ; et c’était toujours différent, toujours pareil, homme et femme du même sexe, mort et naissance de la même réalité. Tout se rejoignait : c’était une naissance, mon cri de naissance qui déchirait les cieux au moment où je tombais des entrailles de la Vieille, exposé à la lumière du monde dont j’avais vu mourir et renaître l’âme…
Je m’éveillais, tout tremblant, au flanc de la montagne ; j’avais encore la coupe serrée entre mes doigts gourds, le labyrinthe en spirale se calmait enfin sous mon regard las…

Voilà ce qui clôt les lèvres de l’initié, et non la promesse faite sur le seuil des mystères. Moi, Taliesin, ex-Gwion à présent rené, né du chaudron de la Vieille dont les façons ne sauraient plus me terrifier, né du breuvage que tous doivent boire, moi, disais-je, je sais. »

Dans son interprétation du chaudron de Gundestrup, Jean-Jacques Hatt a pu élaborer le schéma du mythe représenté:
A certains moments de l’année, Rigani la grande Déesse, épouse de Taranis était reine du ciel. Puis elle descendait aux « enfers » (c’est le mot employé par Hatt mais perso je préfère « Monde d’en bas » ou « Autre monde » à cause des « images » qu’on attache aux « Enfers »), accompagnée de deux compagnes pour retrouver son second fiancé et futur époux Esus, alors sous la forme de Cernunnos. La jalousie et la fureur de Taranis les transformaient en grues. Dans la suite le sang des taureaux sacrifiés leur permettait de retrouver leur forme « humaine ». Rigani épousait Esus, revenu sur la terre. Mais un peu plus tard elle allait de nouveau retrouver Taranis et Esus redevenait Cernunnos.
Ainsi de suite, ce mythe comportait un cycle saisonnier de pérégrinations et de métamorphoses.
Le souvenir attaché à la descente aux enfers de la déesse est conservé la nuit des Mères (24-25 décembre)

La question est de savoir qui sont ces deux autres déesses… selon Yves Kodratoff dans son livre sur « les Runes » :  » l’analyse de Hatt du chaudron de Gundestrup décrit la grande déesse Celte Rigani, accompagnée de deux déesses servantes, descendant du ciel sur terre au solstice d’hiver. Rigani devient alors la déesse des morts pour un certain temps ». Outre le fait que la déesse ne descend pas du sur terre mais dans le Monde d’en bas, Kodratoff, qui est un nordisant, est le seul à employer les mots « déesses servantes » … je n’ai en ce qui me concerne, jamais entendu dire qu’il puisse exister des déesses « servantes » dans la mythologie ou le panthéon celtes.
Hatt, quant à lui, n’emploie que les mots « mères », « compagnes » et « acolytes » ce qui ne présente aucune idée de subordination.
Même si les trois déesses sont très individualisées et présentées comme distinctes les unes des autres, il est aussi possible que la déesse Rigani soit ici envisagée sous son triple aspect car on sait en effet qu’en Gaule la Grue Sacrée représente la Déesse Mère triple, la force créatrice du monde. De même les déesses-mères ou/et les matronae sont souvent représentées par deux ou par trois …
rigani-grues.jpgUn détail m’intrigue aussi, c’est la plaque où figurent les trois déesses: Hatt souligne que « les deux grues en haut de la plaque représentent l’aboutissement de la métamorphose des deux acolytes de la déesse »… mais qu’en est-il de la grande déesse ? pas de grue pour elle, il n’y en a que deux sur la plaque… où voir l’aboutissement de sa métamorphose à elle ? on ne le voit pas sur le Chaudron en fait, il faut le chercher ailleurs car il faut savoir que Hatt ne fait pas reposer sa thèse uniquement sur le chaudron de Gundestrup mais la fait découler également d’un bas relief du Mont Berny, d’un bas relief de Vendeuvres, d’un relief sur terre sigillée de Boucheporn, d’aediculae de Mayence et d’ailleurs, de l’autel de Saintes, des piliers des Nautes de Paris, et d’un certain nombre d’autres monuments ce qui la rend d’autant plus crédible même si, dans les milieux dits « autorisés », on ne s’est pas privé de la critiquer…

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