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« Voici comment étaient les gens de Finn : leur force était de sept-vingt-dix capitaines, chacun d’eux ayant sous lui trois (fois) neuf guerriers, et chacun des guerriers étant lié à certaines conditions de service, savoir : qu’ en compensation de leur garantie violée ils n’acceptent jamais une satisfaction matérielle ; qu’en fait de table ou de trésors ils ne refusent jamais des leurs à quiconque ; que nul d’entre eux, seul, ne recule jamais devant neuf guerriers.

Nul n’était admis à moins parmi les Fiana, ni accueilli à la grande Assemblée d’Usnach, soit aux jeux de Tailtinn, soit à la Fête de Tara. Et il fallait encore que ses parents des deux côtés, paternel et maternel, son clan et ses alliances se portassent caution que, fût-il tué sur-le-champ, ils n’élèveraient aucune prétention compensatoire ; ceci pour éviter qu’ils pussent compter sur personne d’autre qu’eux mêmes pour le venger. A l’inverse, si c’était lui qui était coupable de grands torts envers d’autres, représailles ne devraient pas s’exercer sur les leurs.

De plus, pas un homme n’était admis parmi ceux de Finn qu’il ne fut un lettré excellent, versé dans les douze livres de la poésie. Pas un non plus tant que, un grand trou étant creusé assez profond pour lui venir au pli de la ceinture, il n’avait pas été placé dedans avec son bouclier et une baguette de coudrier, longue au plus d’une coudée ; alors neuf guerriers ayant chacun neuf javelots, à une distance de dix sillons entre eux et lui, devaient l’attaquer et tous ensemble tirer sur lui ; et si les coups passaient sa garde et qu’il fut touché, il n’était pas reçu dans les Fiana.

Pas un n’était admis que, ses cheveux entretissés en tresses sur la tête, il ne se lançait à pleine course à travers les forêts d’Irlande ; tandis que les autres, cherchant à le blesser, suivaient dans sa foulée, son avance au départ ne dépassant pas un rameau de forêt. S’il était rattrapé, il était blessé, et par la suite, non admis. Si ses armes avaient tremblé dans sa main , il n’était pas reçu. Si une branche dans le bois dérangeait tant soit peu une tresse de sa chevelure, il n’était pas admis non plus. Si un bois sec avait craqué sous son pied pendant sa course, il n’était pas accepté. A moins qu’en pleine vitesse, il pût franchir une baguette placée à hauteur du front, et aussi passer en se baissant sous une autre à hauteur du genou, il n’était pas admis. Enfin, à moins que, sans ralentir, il sût arracher de l’ongle une épine au talon, il n’était pas admis chez les Fiana ; mais s’il réussissait toutes ces promesses, il était des gens de Finn. »

L’Épopée irlandaise : Le Cycle de Finn, trad. Roger Chauviré. Terre de Brume.

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La Mesnie Hellequin nous est surtout connue à travers les références qui lui sont faites dans des textes du Moyen Age et qui concernent l’Europe toute entière: certaines nuits magiques d’orages violents surtout en période de changement de saison, et alors qu’on pourrait penser que ce sont le vent et la pluie qui dévastent les paysages , l’imaginaire populaire impute cette dévastation à une troupe d’esprits fantastiques, montés sur des chevaux rapides, entourés de chiens bruyants, qui ont été condamnés en punition de leurs péchés à chevaucher jusqu’à la nuit des temps… et il ne fait pas bon être dehors à ce moment là …

Pendant tout le passage de la « Famille furieuse », ce ne sont que cris d’oiseaux, aboiements, hennissements, miaulements, voix plaintives, hurlements sauvages, sonneries de cors « comme une armée entière d’animaux criant, beuglant, clapissant et semblant voyager dans les nuages ». Les témoignages sont nombreux et peut être ne faudrait-il pas chercher trop longtemps dans nos campagnes, encore aujourd’hui, pour trouver quelqu’un pour nous affirmer avoir entendu passer la Chasse Sauvage…

Il est vrai qu’il n’ est pas impossible d’assister à cette cacophonie céleste qui chaque année,envahit le ciel d’octobre préparant à l’hiver et plus tard en février qui annonce la fin des glaciales rigueurs . Alors, le vol des grues, qui passent l’hiver en Espagne et nichent en Scandinavie, aurait-il à voir avec l’origine de la Chasse Sauvage ?… On pense en effet que cette tradition pourrait avoir son origine dans le passage de l’été à l’hiver, puis de l’hiver à l’été… et quand les grues remontent vers le nord, elles sont censées réveiller la nature au passage. Une autre manière est de dire qu’à cette époque les airs frémissent des poursuites d’animaux symboliques chassant devant eux les esprits de la mort afin d’assurer le triomphe de la vie nouvelle. On peut dire aussi que la Chasse galope à l’infini dans le ciel d’hiver pour éveiller les mémoires et associer les disparus à l’éternelle renaissance de la vie.

La période d’avant Noël correspond à la fin de l’automne, c’est donc l’époque, suivant la mythologie nordique où Odhinn-Wotan, le Dieu chaman, monté sur Sleipnir, son cheval à huit pattes, passe dans les airs au soir tombant, entraînant derrière lui la « Chasse Sauvage ». La croyance répandue dans de nombreuses régions d’Europe selon laquelle les sorcières, une lanterne à la main, se déplacent dans le ciel pendant la période solsticiale, représente sans doute une survivance de ce thème wotanique.

Cette croyance en une chevauchée d’une troupe plus ou moins maudite est répandue dans toutes nos campagnes et suivant les provinces, le nom change: c’est la Mesnie Hellequin, ou Hennequin, le Carosse du roi Hugon, la Chasse nocturne, la Chasse Arthur, la Chasse du Comte Rouge, la Chasse du Chasseur Sauvage… La Mesnie Hellequin:son nom lui-même est l’objet d’interrogations, on parle de Charles Quint, on laisse entendre qu’il pourrait être à l’origine d’ Arlequin, mais on cite surtout le Poème du comte Hernequin -une chanson de geste, aujourd’hui perdue, qui racontait les aventures légendaires d’un certain Hernequin, comte de Boulogne, qui avait combattu les Vikings au IXe siècle.

Quant à la thématique proprement dite de la Mesnie Hellequin, elle semble pouvoir être rattaché au thème d’origine germanique de la chasse sauvage et des armées aériennes conduites par Odin. Parfois Hellequin est un doublet d’Arthur, lui aussi supposé conduire une chasse. Selon une prédiction de Merlin il était annoncé qu’il reviendrait un jour : on l’a attendu de longues années, on l’attend même encore et selon Augustin Thierry, un historien du XIXe,  » les forestiers du roi d’Angleterre, en faisant leur ronde au clair de la lune, entendaient souvent un grand bruit de cors, et rencontraient des troupes de chasseurs qui disaient faire partie de la suite du roi Arthur ». Elle apparaît aussi dans le « Perceval en prose » attribué à Robert de Boron (ou l’un de ses continuateurs) au début du XIIIe siècle.

D’autres traditions rattachent la Mesnie Hellequin à une armée de revenants que l’on croiserait à l’occasion à la lisière des forêts, à l’image des sylvains de l’Antiquité.

On dit en effet que Sylvain, qui rappelle notre Sucellus gaulois, était le père ou le chef d’une foule de génies semblables à lui, nommé Sylvains, tous représentés avec des jambes et des oreilles de bouc. Comme Pan, Silvanus passait pour apparaître brusquement au coin des bois et sur les routes; la nuit, il épouvantait les voyageurs de sa voix rauque.

La Chasse Gallery semble spécifiquement poitevine, donc de chez moi … L’étymologie est controversée, certains préfèrent le terme Galerie du vieux verbe « galer » (se divertir, se livrer à une joie bruyante), faisant donc de la Chasse Galerie une « chasse gaillarde, hardie, menée avec ardeur et fougue ». D’autres s’en tiennent à Gallery et y voient la personnalisation du meneur de la Chasse sans pour autant s’entendre sur le nom du personnage. On a cru y voir un châtelain du Chêne-Billault, à Pouant, dans la région de Loudun, qui aurait été condamné à chasser pour l’éternité en punition d’avoir préféré quitter la messe avant la consécration pour entraîner ses invités à la chasse un jour de Saint Hubert. On a voulu y voir aussi le célèbre Guillery de la chanson, baron cruel et chasseur forcené qui, sur le modèle précédent, à l’heure de la messe, força un cerf jusque dans une grotte occupée par un ermite et l’y tua en refusant de plier le genou… mais la version païenne existe aussi, où l’ermite devient une jeune nymphe protégée de Bahren (?), un des anciens dieux du terroir (c.f. « la marque de Bahren » à Fontenay le Comte), savant et prodigue, qui connaissait les vertus de la moindre racine…et Guillery était d’autant moins pardonnable, qu’il chassait, parait-il, le gibier réservé aux Dieux…

Ce thème de la « chasse des damnés » résulte d’une transposition chrétienne du thème wotanique de la « suite » d’ Odhinn composée des guerriers morts au combat. Les païens ont, très logiquement et suivant la manie chrétienne, été transformés en « damnés » et leur passage dans le ciel a été réinterprété comme résultant d’une « damnation éternelle ».

Les frères Grimm parlent de la légende Wutendes Heer : l’Armée Furieuse, mais qui pourrait bien être « l’armée de celui qui est en fureur » (puisqu’on sait qu’ Odhinn-Wotan est la fureur incarnée -c.f. Georges Dumézil : « Mithra-Varuna »-) qu’ils font dériver de Wotan’s Heer (l’Armée d’Odin). Et cette Chasse , par cette fureur sacrée et la présence de ces berserkir, ces guerriers-fauves qui entraient dans une fureur incontrôlable, se rendant capables des plus invraisemblables exploits, pourrait bien receler le mystère de l’initiation guerrière celto-nordique , car à côté des guerriers loups, on devine la présence aussi des compagnons guerriers chasseurs de Finn…

Les versions diffèrent, selon lesquelles on considère la légende nordique de la déesse des frimas, Holda, poursuivie sans trêve par Wotan et sur laquelle se sont greffées des versions gaéliques, bretonnes, ou franques et qui seront adaptées aux croyances chrétiennes (thème du chasseur maudit, ronde infernale des réprouvés condamnés à errer). On dit aussi que c’est la « nuit des Mères » (du 24 au 25décembre), qui débute la grande fête solsticiale qui dure 12 jours, que débute aussi la chasse furieuse menée par Dame Holle accompagnée de Wotan qui serait alors son conjoint. Mais s’il semble bien que ce soit pour illustrer le passage de la saison sombre à la saison claire, il ne faut pas oublier non plus qu’on dit aussi que si Wotan parcourt ainsi les nuits, c’est pour rassembler tous les guerriers susceptibles de marcher sous ses ordres quand sera venu le temps du Ragnarok: la bataille de la fin du monde, le destin auquel ne peuvent échapper les dieux, la destruction d’Ásgard et le renouveau du monde.

Pour les chrétiens ce n’est qu’une sarabande démoniaque, à la chasse aux âmes pour renforcer encore cette armée de seigneurs damnés qui errent pour l’éternité dans les forêts. On est en vérité pas très loin de Herne le Chasseur, le chevalier fantomatique au chef orné de bois qui chevauche à la tête de la Chasse, au travers du ciel. Pas très loin non plus de son équivalent, Cernunnos, tout à la fois divinité chthonienne en même temps que solaire (sur une pièce de monnaie trouvée dans le Hampshire, il porte la roue du soleil entre ses cornes), ce qui nous ramène au passage d’une saison à l’autre … et ce qui nous ramène aussi vers … saint Hubert.

Saint Hubert, chasseur invétéré, se serait converti à la vue d’une croix entre les bois d’un cerf, certains disent « le jour de Noël », tous ces indices, la passion de la chasse, un dieu-cerf, la période solsticiale rappellent des croyances païennes bien antérieures au christianisme et peuvent se rapporter au thème de la chasse sauvage: Hubert étant le prototype du « chasseur sauvage converti » pour la sauvegarde des âmes, tandis que la Chasse Sauvage, elle, est le cortège des non-convertis, des « damnés », des paysans et soldats restés fidèles à la foi traditionnelle.

La survivance du mythe odinique aurait donc servi là encore de base à une christianisation péjorative du thème en question.

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« Le cavalier de la mer apparut comme l’aube blanchissait sur la crête des vagues.

Il sortait de la nuit, la longue nuit d’Occident qui couvrait l’océan, où hennissait son cheval en ruant sur les flots.

Il se tenait très droit, les épaules en arrière, le tissu de sa saie, de son manteau bariolé, lui claquait dans le dos, ses cheveux gris et noirs s’envolaient dans le vent et avec un grand rire, comme il pressait sa monture, il hurlait à pleine bouche : « L’automne touche à sa fin ! Bientôt gel et froidure ! Les Fenians chassent les loups ! »

Et lui même, comme un loup qui hurlerait à la lune dans la vallée des Fantômes, il appelait un à un les noms de ses compagnons : « Ô Cailté ! criait-il, et Conan, toi le chauve ! Et tous ceux de Ronan ! Eogan au javelot ! Et Cainché l’invisible ! Où sont les meutes de chiens ? Ô Cailté, Eogan et Conan et Cainché ! »

Et le vent de l’octobre qui tournait sur la mer emportait les embruns par paquets qui giflaient son visage renversé, et le cavalier dépassait la grande fuite du vent, et dans sa course éperdue hors du sein de la nuit vers l’aurore qui venait du côté de l’Irlande, le tourbillon du galop l’emmenait en folie depuis les lames blanchissantes qui s’étendaient dans son dos, vers les lames blanchissantes qui défilaient au galop de son immense cheval blanc. »

Michel Cazenave, Les Guerriers de Finn.

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Fand, épouse de Manannan qui lui rend sa liberté, s’éprend de Cuchulainn (vivent au Sid pendant un mois)

Bran : voyage jusqu’à l’Ile des Femmes après qu’une femme de l’Autre Monde soit venue lui laisser une branche d’argent. Quand il en revient, un de ses compagnons, qui a débarqué, tombe en poussière.

Coule le Beau préfère l’amour de la femme du Sid qui lui laissé une pomme, lors de sa visite, à la tendresse des siens et part avec elle pour la Terre des Vivants.

(Soleil = source de vie

Lune = régulatrice de nos existences)

Pwyll = Rhiannon lui apparait sur un cheval qu’il est le seul à pouvoir rattraper. Un mariage est prévu, mais lors du banquet, Pwyll est obligé de promettre de donner Rhiannon à un solliciteur. Au bout d’un an, comme prévu, nouveau banquet : muni d’un sac magique, Pwyll arrive, habillé comme un mendiant et demande que l’on remplisse le sac de nourriture. Le sac magique ne peut se remplir et Pwyll demande au prétendant de tasser la nourriture avec son pied et il le met dans le sac, qu’il ferme avec les lacets.

Pwyll et Rhiannon ont un enfant qui disparaît. Les suivantes jurent que c’est elle qui l’a tué. Elle est condamnée par son mari à porter pendant sept ans sur son dos tous les hôtes qui se présenteront. L’enfant est retrouvé = Pryderi.

Rhiannon, veuve, épouse Mananann : elle est prisonnière dans un château où elle doit porter les licols des ânes, et Prydéri doit porter les marteaux de la porte. Mananann les délivre.

Kernunnos = force fécondante

Kernunnos. Dans une première phase, il règne avec son épouse sur le monde souterrain. Dans une seconde phase, il est abandonné par la Reine mais devient le souverain de la nature régénérée, tandis que son rival a pris sa place sur le trône d’en bas. Mais il finit par triompher de ce rival et par reconquérir son épouse et son trône tandis que la Nature s’enfonce dans sa léthargie hivernale. Alors il perd ses cornes. Chaque hiver la vie de la nature se réfugie sous terre pour en resurgir au printemps. Quand, fécondée par la force créatrice, la Terre-Mère a accouché d’une vie nouvelle, elle commence à tromper la puissance créatrice pour la puissance destructrice. La ramure de cerf qui, à ce moment, pousse à l’époux trahi, symbolise à la fois l’épanouissement du règne animal et celui du règne végétal.

Finn. Le Guerrier Cumaill (Camulos ?) tombe amoureux de Muirné, fille du druide Tagd qui s’en plaint au roi Conn. L’armée royale tue Cumaill. Nait Deimné. Caché, élevé par des druidesses, il épouse Cruithné, la fille du forgeron Lochan. Il cherche son oncle et les Fianna survivants et doit aller s’instruire auprès du sage Finegas. Il fait cuire le saumon Fintan (=Connaissance) mais , lors de la cuisson, se brûle le pouce, qu’il suce. Il l’avoue à Finegas qui le nomme Finn.

Finn épouse aussi une biche et en a un fils : Oisin (faon). Il passe une partie de l’année chez l’habitant (=Kernunnos sous terre) et une autre en pleine nature. Finn est le dieu cerf et les Fianna, les génies cervidés de la forêt.

Finn épouse Grainné qui le hait. Elle impose un geis à Diarmaid, un Fianna, pour l’obliger à s’enfuir avec elle. Ils sont poursuivis pendant sept ans. Finn les retrouve et feint de se réconcilier mais s’arrange pour que Diarmaid soit tué lors d’une chasse au sanglier. Grainné s’allonge sur le corps de Diarmaid et meurt.

Pour le dédommager d’une blessure à l’œil, Oengus Mac Oc part en quête d’une femme pour Midir, son père adoptif. Il ramène Etaine, la plus belle fille d’Irlande que celui ci épouse. Mais son autre femme, Fuamnach, jalouse, transforme Etaine en mouche pourpre et la propulse dans les airs avec son souffle/vent druidique. Au bout de sept ans, elle est recueillie dans la frange du manteau d’Oengus. Quand Fuamnach l’apprend, elle récidive et la transforme en un petit ver. Avalée dans une coupe par la reine d’Ulster. Elle est « accouchée » puis épouse le roi suprême d’Irlande. Mais Midir vient la chercher et ils s’envolent tous les deux, transformés en cygnes.

Llew Law Gyffes (Lug Lamfada) a été maudit par sa mère Arianrhod : jamais il n’aura de femme humaine. A partir de fleurs Gwydyon (le Dagda gallois qui l’a élevé) et le roi Math créent Bloddeuwedd qui épouse Llew. Infidèle, elle le fait tuer par son amant. Gwyddyon le ramène à la vie et il tue à son tour l’amant. Bloddeuwedd est métamorphosée en chouette.

Cuchulainn et Emer se promettent l’un à l’autre, mais le père d’Emer, Forgall ne veut pas la lui donner avant qu’il n’ait reçu l’initiation guerrière de Scatach. A son retour, au bout de dix lunes, Cuchulainn trouve le château de Forgall barricadé, mais il saute par dessus la triple enceinte et enlève Emer.

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En cherchant la description des épreuves d’admission au sein de la confrérie guerrière des Fianna, j’ai trouvé ces deux analyses particulièrement intéressantes et riches d’enseignement. Il serait dommage de simplement les résumer, je les livre donc in extenso…

Poortvliet cerf

« Les initiations guerrières prenant le cerf comme référence archétypale, bien que moins fréquentes que celles basées sur les carnassiers, sont attestées chez de nombreux peuples indo-européens et non indo-européens.

La mieux connue de ces initiations par le cerf est celle des Fianna celtes. La tradition et les mythes irlandais nous révèlent l’existence d’une sorte de confrérie ou « ordre » équestre composé d’hommes d’élite, les Fianna, commandés par Finn ou Demné « le Cerf », qui évoluait en marge des communautés tribales.

L’animal totem était le cerf, dont les membres acquéraient les particularités : vie en forêt, rapidité de déplacement, vigueur sexuelle, etc. Totem qui renvoie à un couple primordial d’opposés complémentaires mythiques qui structure une vision du monde précise : Finn le Cerf, en effet, rencontre toujours sur son chemin aventureux des sangliers ou des truies qu’il lui faut affronter et vaincre, imposant là une transposition de l’ancienne opposition préhistorique du cheval et du taureau, la dualité essentielle entre le masculin et le féminin, entre la vie et la mort.

Finn est lui même le fils de Cumall -le Camulos gaulois cité par César, l’équivalent du dieu Mars- et de Muirné, fille de Tagd, druide suprême d’Irlande. Il est l’incarnation de la fonction guerrière, mais aussi, par sa mère, du pouvoir spirituel et de la connaissance, entretenant des liens étroits avec le monde des morts. Finn saumonCe que confirme un épisode relaté par le mythe. Alors qu’il étudiait l’art de la poésie auprès d’un vieux sage sur les rives de la Boyne, il mangea un saumon qui lui donna le don de voyance et de prophétie : il lui suffit de mettre son pouce dans la bouche et de chanter « l’illumination du chant » pour que lui soient révélées les vérités cachées de toute question. A l’évidence, nous sommes là en présence d’un rite chamanique antérieur à l’arrivée des Celtes en terre irlandaise et que ceux-ci intégrèrent dans leurs pratiques magiques.

Toutes les aventures des Fianna, de Finn, d’Oisin et de leurs compagnons s’articulent autour de ces thèmes. Des quêtes et des batailles prodigieuses précèdent des rencontres extraordinaires avec des fées ou des revenants issus de l’autre-monde, mais un autre-monde que les Celtes concevaient souterrain et dont les accès se faisaient par les collines et les tertres, d’où une perpétuelle circulation entre les vivants et les défunts.

Lié à aucun territoire de l’Eire, bien qu’à l’origine il était relié au royaume de Leinster, et échappant aux règles de l’ordre établi, le groupe des Fianna parcourait l’Irlande de part en part, étant partout chez eux, se nourrissant chez l’habitant l’hiver et du produit de leur chasse l’été. Les récits indiquent leurs missions : garder les ports, faire régner la justice et l’ordre et collecter l’impôt, louant leur service aux rois, tout en se consacrant à la chasse et aux activités intellectuelles, comme l’art oratoire et la poésie.

Confrérie errante, versant parfois dans le brigandage, les Fianna étaient en rapport intime avec la nature, et d’abord avec la forêt. Leur recrutement était le résultat d’une sélection sévère et de nature initiatique dont la source première était Cernunnos, le maître du savoir suprême qui ordonne et commande aux forces de la nature, recevant de lui la puissance, la lumière supérieure, la fécondité et la révélation, grâce aux « voyages chamaniques », des secrets des trois mondes. En outre, il leur fallait être lettrés et connaître intégralement les douze livres de la poésie sacrée irlandaise qu’ils devaient réciter sans une faute.

Finn_Mac_Cumhal

Guerriers d’élite, ils devaient satisfaire à des épreuves précises et difficiles : placé à mi-corps dans un trou, le futur Fianna, armé seulement d’un bouclier et d’une baguette, devait soutenir l’attaque de neuf guerriers -chiffre hautement symbolique et chamanique (la perfection, la fin et le commencement d’un cycle, c’est à dire la transposition sur un nouveau plan, un « monde neuf » auquel accède un « homme neuf »)- ; courir nu dans la forêt « comme un cerf » pour échapper à la poursuite de trois guerriers, sans recevoir une blessure, sans se faire rattraper, sans que la chevelure ordonnée en tresses, symboles des bois du cerf, ne soit dérangée et sans qu’une brindille n’ait craqué sous les pieds; sauter,à l’instar d’un cerf, par dessus une barre placée à la hauteur du front; arracher, sans ralentir sa course, une épine fichée dans le talon; « combattre comme un cerf », c’est à dire affronter d’autres guerriers à coups de tête. De plus, grâce au « feth faida » qui implique la connaissance suprême permettant la métamorphose animalière, le guerrier Fianna pouvait se rendre invisible, procédé sur lequel nous sommes mal renseigné. Versée à la fois dans l’art de la guerre et dans l’art de la poésie, celle-ci impliquant alors la connaissance des mystères divins, la confrérie des Fianna devait acquérir la renommée, la puissance, mais aussi la crainte auprès du peuple et des pouvoirs réguliers avec lesquels elle entrait souvent en conflit.

Le mythe nous révèle en effet que la Fianna entra en conflit ouvert avec l’un des plus grands rois d’Irlande, Cormac Mac Art (fin du IIe siècle-début du IIIe siècle), guerre d’où la confrérie sortit vaincue, mais dont la mémoire gaélique conserva la trace : les mythes firent des Fianna les génies de la forêt, des « génies cervidés de la sylve ».. Et c’est sans doute les restes de guerriers-cerfs de type Fianna, dont les têtes étaient couronnées de bois de cerf, qu’ont livré les sépultures découvertes à Téviec et à Hoëdic, près de Quiberon en Bretagne. Il faut voir dans l’histoire de Finn et de la Fianna, liée à l’idéologie pan-indo-européenne que constitue le phénomène des sociétés guerrières initiatiques, les prémices du mythe du roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde, mais aussi l’existence de guerriers d’élite entourant les chefs et les rois. »

Bernard Marillier : Le cerf : symboles, mythes, traditions, héraldique.

finn

« Les Fianna rentrent dans une autre typologie guerrière. Cu Chulainn et ses compagnons étaient les héros du clan, ils concentraient l’énergie totémique de leur lignée. Les combattants de Finn par contre, doivent se séparer de leurs familles et faire vœu de ne plus participer à la justice tribale (venger les morts de la famille ou être vengés par eux). Ils paraissent avoir constitué une confrérie initiatique militaire qui imposait à ses aspirants des épreuves autant guerrières que magiques.

Mais bien que la force et l’adresse dans le combat continuent de faire la différence entre les combattants mineurs et les grands héros, la nature du pouvoir martial n’est plus la même. Cu Chulainn surclassait ses ennemis par la « furor » belliqueuse qui le transformait en berserk. Finn, le fondateur mythique de la milice, et ses hommes font appel à une force à coloration spirituelle et druidique. A part les qualités physiques et athlétiques, les Fianna doivent apprendre les subtilités de la culture et de l’art, l’ordalie physique étant doublée de l’apprentissage des douze formes traditionnelles de poésie. La poésie était à l’époque une activité magique, le barde ayant des pouvoirs similaires au druide; une satire par exemple, était utilisée comme une malédiction qui liait les plus braves guerriers. Finn, l’homologue de Cu Chulainn, mais aussi d’Arthur, devient un héros, confond ses ennemis et fonde la confrérie des Fianna après avoir mangé « le saumon de la sagesse », poisson merveilleux qui lui permet de prévoir l’avenir et de manipuler psychiquement ses adversaires. »

Corin Braga : Le paradis interdit au Moyen Age

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L’initiation des adolescents dans l’antiquité

Chez les peuples Celtes

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cuchulainn-2 Jusqu’à l’âge de sept ans, il était laissé aux mains des femmes. A ce terme intervenait une rupture majeure. Brusquement déconditionné, l’enfant quittait le cercle familial pour être confié aux membres d’un autre clan qui devra se charger de son éducation. Là, le garçon sera soumis à un apprentissage ponctué par des épreuves qui lui permettront d’aborder les étapes initiatrices. Cette période s’est appelée « fostérage », ou encore « nourrissage ».

Nourrir un jeune garçon impliquait de le faire bénéficier d’une éducation complète qui incluait la préparation guerrière.

De cette pratique partout répandue, la littérature celtique tardive a laissé quelques exemples. A travers la geste de héros tels que Cûchulainn, Finn, Tuan mac Cairill chez les Irlandais, Kulhwch et Peredur chez les Gallois, il nous est possible de déceler les traces de classes d’âges noyées dans le récit de leurs exploits.

Les Gaulois n’ont pas laissé d’annales. Néanmoins nous retrouvons une trace du «nourrissage» dans le Mabinogi de Pwyll, Prince de Divet. Nous y voyons Pryderi, le fils de Pwyll, confié dès l’âge de sept ans, selon la coutume, au seigneur Teyrnon. La mère elle-même, la reine Rhiannon, accepte le fait comme allant de soi. Cela bien que son fils ait été enlevé alors qu’il n’était encore qu’un nourrisson et qu’il vint tout juste de lui être rendu. Cette double séparation, qui la laisse frustrée des joies maternelles, n’appelle cependant de sa part aucune protestation.

Relevons ici un fait remarquable : pour la plupart d’entre eux, les Héros sont présentés comme « les fils de la sœur ». C’est une constante qui se retrouve dans nombre de récits médiévaux avec l’expression « beau neveu » employée par le roi à l’adresse du jeune chevalier. En Irlande, Cûchulainn est le neveu du roi Conchobar, puisque le fils de sa sœur Dechtire. Diarmaid est le neveu de Finn, le chef de la Fianna, mais ce ne fut pas pour son bonheur. Chez les Gallois, Maelgwin a pour neveu Elffin, qui secourut Taliesin, ce en quoi il fut bien mal récompensé par son oncle. Le roi Math, fils de Mathonwy, transforme, non sans raison, ses neveux en animaux. L’un d’eux, Gwydion, revenu à la forme humaine, enseigne et arme son propre neveu, Lie-Llew Llaw Gyffes, le fils de sa sœur Arianrod. Le roi Marc’h de Cornouaille envoie en Irlande son neveu Drystan (Tristan), afin de demander pour lui-même la main de la blonde Essylt, (Yseult). Mais Drystan, en combat singulier, tue le Morholt, qui est l’oncle d’Essylt. Comme chacun le sait, l’histoire de cet avunculat croisé finit mal. En Gaule, nous avons l’exemple du roi mythique Ambigatios envoyant ses neveux Bellovèse et Ségovèse à la conquête de nouveaux territoires…

Le cycle arthurien est prodigue de cette filiation matrilinéaire. Arthur a pour neveu Gauvain, Agravain, Guerrehet et Gaheriet, tous quatre fils de sa sœur, épouse du roi Lot d’Orcanie, et encore Yvain, fils d’Uryen, roi de Gorre… ce dernier étant l’oncle de Baudemagu, lequel aura pour neveu Patrides le Hardi. Pellès, le Roi-pêcheur, est l’oncle maternel de Perceval, lui-même un avatar du héros gallois Peredur, qui recevra de ses deux oncles maternels conseils et hospitalité. Le roi Ban de Benoic, s’il est le père de Lancelot, est aussi l’oncle de Bohort et de Lionel. Le réseau de ces filiations recouvre le légendaire arthurien en même temps qu’il présente un miroir de la société médiévale. Tous ces neveux, cousins entre eux à des degrés divers, se reconnaissent de même sang et par ce fait se doivent assistance et secours, perpétuant ainsi la loi d’entre’ aide inter familiale qui liait entre eux les clans ceItiques. Loi non écrite quoique toujours observée. Elle se réfère à la coutume du fosterage.

L’enfant en âge de quitter le milieu parental était généralement confié au frère de sa mère. Cela parce que celui-ci possédait un droit de regard sur la préservation de la dot que toute jeune fille apportait avec elle lors de son entrée dans sa nouvelle famille comme l’écrit César (B.G, VI-19) : « Les maris mettent en communauté, avec la somme d’argent qu’ils reçoivent de leurs femmes, une part de leurs biens égale à cette dot. On fait de ce capital un compte-joint et l’on en réserve les intérêts : Celui des deux époux qui survit à l’autre reçoit la part des deux avec les intérêts accumulés »…

La surveillance de la bonne gestion des biens de la mère était assurée, soit par son père, soit par I’aîné de ses frères, et cette surveillance s’étendait aussi sur les biens de l’enfant, qui trouvait ainsi en ce parent, un père de substitution.

Un autre argument en faveur du fosterage et de sa perpétuation, est apporté par la relation de coutumes anciennes en matière de droit successoral : «..Les Irlandais racontaient que les Pictes ayant envahi I’Irlande peu de temps après l’établissement des fils de Mile, Eamon, chef de ceux-ci, les avaient chassés et transférés en (Grande) Bretagne. Mais il leur avait donné pour femmes, car ils n’en avaient pas, les veuves des guerriers de la race de Mile qui avaient péri en mer avant la conquête de l’Irlande, à condition que dorénavant chez eux les héritages se transféreraient par les femmes et non par les hommes. L’explication mythologique confirme le fait… Ce mode de succession créait des relations particulièrement étroites entre les enfants et les frères de leur mère» . Une note fait remarquer que le mode de succession du Fils de la sœur s’est maintenu sous les rois irlandais.

cuchulainn-21En matière d’initiation guerrière, l’exemple le plus percutant est fourni par le récit des enfances de Cûchulainn, le héros irlandais . Chez ce champion congénital, les classes d’âges sont allègrement bousculées puisqu’il les franchir d’un bond en dépit des délais prescrits. Dès l’âge de cinq ans, il s’impose au milieu d’une troupe de garçons qui sont ses aînés, alors qu’ils s’exerçaient au hurling, (une sorte de hockey sur gazon irlandais) sous les yeux de leur précepteur. Non content de les battre à plate couture, il en malmène plus d’un. La hiérarchie des âges, il la bafoue encore lorsque dès sa sixième année il affronte et tue un animal féroce, le dogue qui gardait la demeure de Culan le forgeron. Sa septième année atteinte, il se considère mûr pour sa prise d’armes. Il met en pièces plusieurs chars de combat avant de n’accepter comme seul digne de sa valeur que le char du roi lui-même. Au cours de sa première ronde sur les frontières, il tue les trois fils de Necht et attache leurs têtes à son char. Il capture deux cerfs à la course, leur adjoint un vol de cygnes pris au passage. Chargé de ces trophées, il se présente devant la citadelle royale encore en proie à la fureur sacrée du guerrier. Trois cuves d’eau froide, dans lesquelles on le plonge successivement, parviendront à peine à le ramener à son état normal.

La période d’initiation se terminera pour lui en Alba, c’est-à-dire en Écosse, auprès de la reine guerrière Scathach qui lui apprit ses tours les plus secrets, dont le fameux gae-bolga ou jet du foudre. En d’autres temps, elle enseigna Mog-Ruith, qui fut l’un des plus grands des chefs druides d’Irlande. C’est auprès d’elle que Cûchulainn rencontrera Ferdiad, son frère d’armes. Plus tard, le destin les verra s’opposer 1’un à l’autre au cours d’une joute mortelle. Scathach fut aussi son initiatrice sur le plan sexuel, puisque telle était la vocation de ces « reines de pique » auprès des jeunes gens qui venaient à elles.

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Extrait de « Initiation des adolescents dans les sociétés antiques »

de Renée Camou

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