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Nous, les enfants des forêts, des rochers et de l’eau, comment pourrions nous avoir la même religion que ceux du désert ?

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MERLIN ET VIVIANE

« Maître de forces secrètes, le tout puissant Merlin choisit, par amour pour la belle Viviane, de lui livrer les clefs de ses pouvoirs, tout en sachant pourtant que l’aimée va en profiter pour l’enfermer, « l’enserrer » à jamais à l’intérieur d’un espace magique, au cœur de la forêt, en ce « château de verre » qui git au fond du lac, ce lac dont Viviane est la Dame. (…)

La dimension sacrée de Merlin va de pair avec celle de Viviane. Si Merlin règne sur la Forêt, Viviane règne sur l’Eau. La dame du Lac est une Dame Blanche, une fée. C’est à dire la grande déesse Mère source de toute vie et de toute fécondité. cette fée, cette Dame, cette déesse solaire devient, une fois que le christianisme est censé avoir triomphé, sainte reine. Une sainte reine qui, comme par hasard, élit comme séjour de prédilection le bord des sources, des fontaines, des rivières. Merlin, si l’on veut comprendre le personnage dans toutes ses dimensions, y compris les plus ésotériques, n’est pas séparable de Viviane. Ils forment en effet un couple proprement divin, dont l’élément masculin est indo-européen, l’élément féminin pré-indo-européen. »

Pierre Vial

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MERLIN REVIENDRA

« Merlin est assimilé, dans certains récits, à un personnage appelé « le Fou de la Forêt ». Expression révélatrice. Dans un monde où, dès le Moyen-Age, la ville est présentée comme le lieu par excellence de civilisation, opposé au monde « sauvage », c’est au plus secret de la forêt que se réfugient l’antique sagesse et la force sereine. C’est pourquoi, dans le monde de démence et de stérilité qu’a apporté avec elle la modernité, Merlin est plus que jamais un signe d’espérance. Merlin porte en lui nos valeurs, notre vision du monde. Merlin reviendra. Nous l’attendons. Et nous préparons son retour. »

Pierre Vial

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« Venus de Palestine, de Syrie et des grandes villes de l’Asie mineure, les évangélisateurs chrétiens donnent une nouvelle interprétation du paysage à leur arrivée en Occident. Cette lecture inspirée par la Bible met en avant la notion de sauvagerie … une péjoration de silva « forêt » du bas latin salvaticus. Si la romanisation avait induit une urbanisation des mœurs occidentales, la christianisation impose une vision du monde radicalement différente, vision globale et conquérante puisqu’elle projette l’évangélisation de tout le monde. La rupture avec l’antiquité est totale. Il ne s’agit plus d’une confrontation d’intérêts particuliers dans un espace partageant des valeurs communes, mais d’une opposition structurelle et culturelle.. La nature est marginalisée, rejetée par le « peuple de Dieu », désacralisée et diabolisée. Elle est certes conçue par Dieu, mais elle est perçue par le « peuple de Dieu » comme un lieu qu’il convient de défricher, de cultiver, de civiliser pour la gloire de Dieu et le bonheur des hommes ! Le royaume de Dieu n’est pas de ce monde mais la nature peut être le lieu des tentations, le lieu du péché. Elle peut aussi être paradoxalement celui du rachat de l’homme et de la rédemption salvatrice. Lieu d’enjeu, cette nature sert de refuge et de couvert pour désobéir ou célébrer Dieu.

Les croyances attachées au sol et à la forêt tiennent une place et une fonction essentielle dans les discours d’exclusion des premiers missionnaires chrétiens. Car l’arbre, le bosquet, la forêt sont magiques et diaboliques. Plus qu’opposition, il y a incompréhension entre deux civilisations. Pont entre le monde des vivants et le monde des morts, entre le monde d’en bas et le monde d’en haut, entre les hommes et les dieux… La forêt est un milieu, une frontière et son « désert ». Les premiers missionnaires ne se trompent nullement en détruisant les simulacres et les temples. Tandis qu’en Grèce, ils s’attaquent aux gymnases où les éphèbes cultivent leur esprit et leur corps, ce sont les arbres qu’ils abattent dans le monde celtique. Où qu’ils soient, ils tendent à couper l’homme occidental de ses racines, de ses dieux, de ses esprits de sa mémoire. La nouvelle Église, qui a prospéré sur les ruines de l’Empire romain est fondamentalement étrangère et hostile à ces arbres, ces bosquets, ces bois et ces forêts où elle devine un monde de bestialité et de diablerie, d’errance et de perdition. Sylva vaut sauvagerie et anarchie. »

 

Bernard Rio, L’Arbre philosophal, L’Age d’Homme.

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La silhouette mythique de Merlin est absolument passionnante … et complexe… pour essayer de débroussailler un peu le sujet et commencer à y voir plus clair, je me suis attardé sur « la Vie de Merlin » de Geofrey de Monmouth, le texte irlandais « la Folie de Suibhne », des textes latins concernant un Merlin écossais, Lailoken, et des livres de Philippe Walter traitant du personnage.

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On sait qu’en dépit de la diversité apparente de leurs traditions, les Celtes d’Irlande, ceux de Gaule, ceux du Pays de Galles, voire ceux d’Europe Centrale, possédaient un héritage commun de mythes et de croyances qui ont survécu pour la plupart dans la tradition orale jusqu’au Moyen Age.

Il n’est pas vraisemblable que Merlin puisse être une création pure du Moyen Age. Il semble plutôt qu’il soit l’héritier d’une longue mémoire de divinités sylvestres. Saisi dans son expression la plus ancienne, le mythe de Merlin pourrait présenter des traits archaïques pré indo européens; il tournerait autour d’une figure qui n’incarnerait ni la fécondité ni la prouesse guerrière (tout au moins à priori) mais bien une forme de souveraineté plutôt magique, une sorte de royauté chamanique.

La compréhension du personnage de Merlin passe par le rétablissement autour de cette figure imaginaire, de tout un ensemble de croyances gravitant autour des notions de métamorphose et de double. Merlin est une figure de revenant, c’est aussi une figure dédoublée qui peut prendre une apparence zoomorphe ou qui peut adopter diverses apparences humaines. C’est encore une figure constamment associée au monde animal.

Le premier mystère de Merlin est dans son nom. Un Merle ? Difficile de répondre: la mythologie repose sur une linguistique plus fantastique que scientifique. Elle procède par assimilation et confusion poétique de mots beaucoup plus que par analyse scientifique de racines linguistiques.

Le cycle des saisons

Les principaux épisodes de « la Vie de Merlin » suivent d’assez près le cycle des saisons:

1) le texte débute par l’évocation d’une bataille estivale qui voit la défaite de l’armée de Merlin

2) la défaite militaire est pour lui le début d’une période de folie qui dure jusqu’à l’hiver

3) capturé et ramené de force à la Cour, Merlin se livre à une première prédiction à l’époque où les feuilles tombent des arbres, puis après une incontrôlable crise d’hilarité, il prédit trois morts apparemment différentes pour un seul et même personnage

4) plusieurs années passent. Il retourne dans la forêt et aperçoit un jour dans les astres le remariage de sa femme. Monté sur un cerf il encorne son rival avant d’être capturé une seconde fois

5) il profère deux nouvelles prédictions qui se vérifient, aussitôt avant de rejoindre dans sa forêt une demeure spéciale, véritable observatoire astronomique, qui lui permet de mieux connaître les secrets du temps et de la destinée

6) au printemps, l’apparition « miraculeuse » d’une source va permettre à Merlin de guérir de sa folie. Une longue discussion avec Taliesin traite des questions de cosmologie. L’apparition d’un troisième personnage (Maeldin, guéri lui aussi de sa folie) constitue à la fin de « la Vie de Merlin », une
triade de devins. Le texte se conclut sur les prophéties de Ganieda, sœur de Merlin, qui décide à son tour de vivre dans la forêt en compagnie des trois devins.

La Guerre perdue.

La folie de Merlin est présentée comme la conséquence directe d’un désastre militaire. Incarnant primitivement la souveraineté sous son double aspect (guerrier et magique), Merlin se trouve dépossédé par sa défaite de la souveraineté guerrière et doit désormais se contenter de la seule souveraineté magique.

Tout concourt à faire de la mélancolie furieuse de Merlin une maladie saisonnière, liée au cycle des saisons et plus particulièrement au 1er mai.

Merlin, homme sauvage.

Dans l’univers celtique, la forêt est un sanctuaire, un lieu de résidence des divinités. Par sa folie, par son séjour sylvestre, Merlin se rapproche de la divinité. Il devient l’authentique divinité des bois. De plus il lui arrive d’utiliser des cerfs comme monture , et durant l’hiver, il vit en compagnie d’un loup gris, ce qui le rattache au chamanisme. Le loup est maître Blaise, scribe de Merlin, en fait son double, comme le loup est le compagnon de l’Homme Sauvage. Et puis Merlin, à sa naissance, est velu comme un ours.

Les analogies Taliesin-Merlin sont très nombreuses, à un point tel qu’il est sans doute possible de les considérer comme deux aspects d’un seul et même être mythique.

Merlin n’appartient pas seulement à la forêt, il est lui même le Forêt. Il est la Nature à lui seul parce qu’il en incarne les mouvements secrets et l’énergie première. Il porte en lui le rythme des saisons et le principe même du temps (et l’homme sauvage est lié à une symbolique de la royauté alternative).

La première prédiction.

Capturé et ramené de force à la Cour, Merlin se met à prophétiser (il dit l’avenir) avec un rire étrange. Certains y voient un lien avec saint Hilaire (le « gai », le « rieur ») lui même lié à saint Martin dont le nom serait phonétiquement rapprochable de Merlin (tant il est bien montré que les chrétiens ont tout fait pour s’accaparer les vieilles divinités païennes, les fêtes, les mythes et les légendes qui sont pourtant totalement étrangers à leur univers)

Merlin cocu.

Ce cocuage prend certainement place à une date rituelle de l’année et le fait qu’il sorte de sa forêt monté sur un cerf, et en jette les cornes sur son rival, accentue cette probabilité… calendes d’hiver ? (des déguisements païens en cerf au 1er janvier sont attestés). Et symbolisme très riche de l’animal, étroitement relié au cycle du temps.

La guérison de Merlin.

En goûtant l’eau d’une source nouvelle qui vient de jaillir, Merlin retrouve alors son ancien ami Maeldin, devenu fou, empoisonné par un fruit. Il le guérit aussi avec l’eau. Merlin, Taliesin, Maeldin décident alors de vivre ensemble dans la forêt avec la sœur de Merlin, Ganieda qui, désormais, prophétise à leur place (avatar de la Grande Déesse honorée à Imbolc ? : lustration, etc…?)

Le devin maudit.

Le récit d’une « chute » ? Les « Trois fautes du Druide »: défaite militaire de Merlin (incapacité guerrière qui renvoie à la 2ème fonction), défaite sexuelle (Merlin cocu, disqualifié pour la 3ème fonction qui induit fécondité), défaite sacerdotale (Ganieda le dépossède de son pouvoir prophétique: disqualifié sur le plan de la 1ère fonction).

(et comme le personnage me passionne … comme les sources sont encore nombreuses … je peux, sans crainte, promettre: à suivre …)

franc maçonnerie du bois : tout un parfum de mystère se cache derrière l’image romantique …
la franc maçonnerie, si on écarte tout l’éventuel aspect « utilitaire », « affairiste », conserve son petit côté société secrète de fraternité… sorte de Club des Cinq ésotérique et spirituel .
et la forêt, le lieu d’épreuves initiatiques par excellence, où vivent les druides et les initiatrices, les géants et les êtres surnaturels, les fées et le petit peuple, lieu de toutes les magies…passage obligé pour le chevalier qui cherche la lumière, ou dans son itinéraire jusqu’à la source de la Dame où il affrontera le chevalier noir.Lieu par excellence de la présence du divin et du sacré, centre d’enracinement, d’enfouissement, de croissance. Lieu d’un perpétuel jeu d’ombre et de lumière, d’éblouissements et d’obscurité. C’est aussi le domaine placé sous la garde du Vieux Cornu, le dieu des chasseurs du paléolithique, le dieu des sorcières, assimilé par les Gaulois… Kernunnos… maître suprême des royaumes les plus sauvages, qui gouverne les forces primales de vie, de mort et de renaissance qui nourrissent le monde naturel,
Depuis son trône profond dans les sombres forêts , Il est le chef suprême des royaumes les plus sauvages que ses habitants honorent comme leur véritable maître, lui et ses serviteurs : le Gruagach des Highland en Ecosse, le Boggart du Lancashire, le Brownie d’Angleterre, à qui on faisait régulièrement des offrandes en échange de leur aide pour accroître la fertilité et les richesses naturelles.
C’est sans doute lui qu’on voit dans le conte gallois de « Owein ou la Comtesse de la fontaine » du Mabinogion assis sur un petit monticule dans la clairière d’une forêt. Grand homme noir plus grand que deux hommes de ce monde. Il a un pied, un œil au milieu du front, et il porte une lance en fer… Bien que laid, ce n’est pas un homme désagréable. Il est le gardien de la forêt, et un millier d’animaux sauvages broutent autour de lui, le saluant et l’honorant tels que le font les hommes obéissants envers leur seigneur. Son rôle par rapport à Kynon, qui cherche le chemin de la fontaine où il doit affronter le chevalier noir, est de lui indiquer en fait le chemin de l’initiation.

Merlin, l’Homme Sauvage

On ne peut pas parler de la fôret sans parler de Merlin car dans l’univers celtique, la forêt est un sanctuaire, un lieu de résidence des divinités. Par sa folie, par son séjour sylvestre, Merlin se rapproche de la divinité. Il devient l’authentique divinité des bois. De plus il lui arrive d’utiliser des cerfs comme monture , et durant l’hiver, il vit en compagnie d’un loup gris, ce qui le rattache au chamanisme. Le loup est maître Blaise, scribe de Merlin, mais en fait son double, comme le loup est le compagnon de l’Homme Sauvage. Et puis Merlin, à sa naissance, est velu comme un ours. Merlin, l’Homme Sauvage…
Il n’appartient pas seulement à la forêt, il est lui même le Forêt. Il est la Nature à lui seul parce qu’il en incarne les mouvements secrets et l’énergie première. Il porte en lui le rythme des saisons et le principe même du temps
En fait, Merlin, c’est l’Homme Vert…Il est l’archétype le plus profond, le plus primal, le plus primordial du Chaman… Il est indifférencié, il est habité par les différentes énergies de la forêt…. il participe de l’humanité mais aussi du monde minéral, du monde animal et du monde végétal… ce qui veut dire qu’on ne sait pas trop s’il est homme ou s’il est pierre, animal ou végétal…
Il pourrait se rapprocher de Kernunnos mais celui ci est trop lié à la « fertilité » et à la « sexualité », il est complètement différencié…non, Merlin semble bien plutôt être l’Homme Vert… il est le Gardien, l’Esprit de la Forêt … et donc détenteur de la souveraineté qui, là, est magique et chamanique…

Jack in the Green et Robin des Bois

Dans les festivités attachées à la fête celte de Beltaine, le 1er mai, dans les pays anglo-saxons « Jack-in-the-Green » (Green Man) représente en quelque sorte la transition du printemps à l’été, la pleine floraison des végétaux et des êtres. Il s’agit d’un personnage disposant de pouvoirs de fertilité et de régénération. Dans les campagnes anglaises, c’est lui le « roi du Mai » (May King) et à ce titre, il épouse chaque année la plus jolie fille du village, la « reine du Mai » (May Queen). Au cours de la fête du Mai, Jack-in-the-Green (invariablement revêtu de feuilles et de branchages) doit d’abord faire semblant d’être mort (à l’instar de la Terre qui parait morte, l’hiver). Puis, à un certain moment, il « ressuscite » brusquement et s’élance pour danser avec la « reine du Mai ». On célèbre alors son « union » avec elle, en même temps que le retour annuel de la vie.
Domaine des animaux et de leur Maître, la forêt est aussi le domaine des proscrits (dans le haut Moyen Age scandinave, le proscrit s’y réfugiait et y vivait librement mais pouvait être abattu par quiconque le rencontrait) comme des rebelles qui « à diverses époques, ont élu la solitude, la misère et le danger, plutot que de reconnaitre une autorité qu’ils tenaient pour illégitime » (Ernst Jünger: « Traité du Rebelle, ou le recours aux forêts« ), ce qui ménage une belle entrée en matière au fait qu’un
parallèle ait été dressé entre « l’homme vert » des fêtes du Mai et un personnage semi légendaire comme Robin Hood, alias Robin des Bois. Indépendamment de ses bases « historiques », il ne fait pas de doute que Robin Hood possède une dimension mythique qui l’apparente directement à Jack-in-the-Green. En premier lieu il est d’évidence lié à la végétation. Son costume est traditionnellement de couleur verte: il est « l’homme vert ». Son terrain d’action est une forêt, et celle ci semble jouer un rôle plus important qu’un simple cadre géographique. Par son nom même, Robin des Bois apparait comme l’incarnation de la forêt, le génie de la forêt de Sherwood. Par ailleurs Robin Hood est un archer, un chasseur, un ami des animaux, le protecteur de la végétation (= fertilité), le protecteur des faibles et notamment des femmes (= fécondité), le protecteur du peuple (= productivité). C’est grâce à ses interventions que les biens matériels se trouvent redistribués et plus justement répartis. Tous ces traits situent bien Robin dans le prolongement d’une ancienne divinité de « troisième fonction » (presque toutes les fêtes rurales saisonnières sont dans la dépendance de la troisième fonction) ».

La Franc-Maçonnerie forestière

Un ensemble de rites peu connus émerge dans la Maçonnerie dans les années 1747 ,qui sera nommé « la FM du Bois » et qui présente la double caractéristique de se démarquer du symbolisme de la pierre pour utiliser celui du bois et de ne présenter aucune connotation judéo-chrétienne au contraire du contexte habituel de la maçonnerie
Il semble que nous ayons affaire là, à un rite très antique sans pouvoir en situer l’origine exacte. Tel qu’il se présente, il fusionne deux « familles » du compagnonnage médiéval: les Charbonniers qui, dans le fond des bois, utilisent les copeaux et les chutes pour faire le charbon (destiné aux forges par exemple), et les Fendeurs qui coupent le bois dont se serviront les artisans charpentiers,mais aussi les maréchaux, les verriers, les tuileurs. Ces derniers obtenaient un droit de coupe émanant du propriétaire des terres qu’ils pouvaient léguer à leurs héritiers . Ce qui fait que ce sont développés des métiers compagnonniques sédentaires, en face des métiers mobiles qu’on trouvait plus dans les villes au contact d’une chrétienté en marche et de ses monuments qu’ils lui élevaient : les uns se sont vite christianisés, les autres semblent être restés, du fond de leurs forêts, plus récalcitrants à toute évangélisation.Le druide antique est lui aussi un homme des forêts et les fragiles survivances locales et rurales de la rituélie celte ont du s’enfoncer dans les fourrés au fin fond des bois pour survivre aux buchers de l’Inquisition. Il y a certainement là une des causes originelles de la fusion entre les groupes très sédentaires de fendeurs et charbonniers avec les cultes de terroirs résistant à la romanisation musclée de l’Inquisition (ce qu’on peut prendre comme une pierre dans le jardin de Margaret Murray qui considérait les descriptions de sabbat effectuée au cours des procès de sorcellerie comme des retranscriptions de rituels d’un culte organisé, lui-même lié à une religion païenne pré-chrétienne de la fertilité, ayant survécu partout en Europe depuis la nuit des temps…). C’est tout naturellement que ces rites forestiers vont se faire une place dans l’espace de liberté ouvert par le réveil simultané, dans les mêmes tavernes londoniennes en 1717 du druidisme et de la maçonnerie grace notamment à des personnalités comme John Toland, qui appartenait à l’un et à l’autre. Et le 17 aout 1747, se met en place en France la première Vente Forestière sous le nom distinctif de Chantier du Globe et de la Gloire. Animée par le père maître Beauchêne dont il faut relativiser l’importance dans l’instauration de ces rites, mais qui disait tenir ses pouvoirs de M. de Curval, grand Maître des Eaux et Forêts du Comté d’Eu et seigneur du Courval, elle se tint dans une atmosphère chaleureuse et bon enfant dit-on même si l’on y reconnaissait une grande partie de la Cour du Roi et beaucoup de notables de la région, tous vêtus de manière grossièrement paysannne et chaussant sabots.(on pense aussi aux dames de la Cour qui se déguisaient en bergères avec Marie Antoinette)
Le rite est mixte. On n’y est pas frère mais cousin; on y prend un nom d’arbre quand on tient un office dans la Loge, appelée Vente: cousin Duchêne, cousin Delorme, cousin Ducharme, cousin de l’Erable, cousin Dufrêne, cousin Duhêtre. Les gardiens des portes sont des Piqueurs, les profanes, des Briquets, et le vénérable est le Père-maître. Les Ventes ont lieu dans la nature, à la croisée des chemins, dans un endroit entouré d’arbres. Devant chaque officier se trouve un billot de bois sur lequel est déposé une couronne de feuilles de chêne. Quatre cabanes font partie du rituel. La cabane de l’Ermite, la cabane du Vigneron, la cabane de la Mère Catault et la cabane de l’Ours (un lien avec l’Alban Arthan druidique, solstice d’hiver, situé au nord : la lumière d’Arthur -lié à l’Ours ???). Les cousins fendeurs se mettent en cercle lors des Ventes. Pour tableau de loge, on place au centre de la Vente des scies, cognées, coins, haches et toutes sortes de branchages. Dans les instructions, le corps de l’homme est analogiquement comparé aux éléments constitutifs de l’arbre. L’arbre à dix branches est les mains, le tronc est le buste, les racines les pieds, les grosses branches les bras, les feuilles les habits … A la question « connais tu ton père ? », on répond en montrant le ciel, à « connais-tu ta mère », on montre la terre.
Mais parce que le père maître Beauchêne était un partisan de l’inamovibilité des Vénérables, que l’aristocratie jouait un grand rôle dans le rituel puisqu’il provenait des forêts du Bourbonnais où des nobles proscrits avaient trouvé refuge, puis avaient été initiés par des bûcherons, et que les marques païennes en étaient flagrantes, le rite ne perdura pas longtemps malgré sa valeur spirituelle et culturelle qui met en avant le devoir d’hospitalité envers tous ceux qui « sont perdus dans la forêt », et la notion de justice dans son sens noble.
Par ailleurs, dès le début du XVIIIe siècle, la France voit la naissance d’autres rites maçonniques forestiers, mais cette fois-ci christianisés, que certaines conditions historiques comme la création du Grand Orient de France et la Révolution empêcheront de se développer. Si bien que la Franc Maçonnerie du Bois choisit de s’aventurer dans l’action politique au XIXe siècle dans la carbonaria italienne ou charbonnerie française ( mouvement initiatique et secret, à forte connotation politique, qui joua un rôle occulte important notamment pendant l’épisode des quatre sergents de la Rochelle, sous la Restauration et de la conspiration du général Berton, et qui contribua à l’unification de l’Italie au milieu du XIXe siècle.) Elle finit pourtant par disparaitre malgré quelques soubresauts plus ou moins anecdotiques. Puis, au sortir de la 2eme Guerre Mondiale, un essai de restauration de l’initiation forestière est entrepris par celui qui sera l’initiateur en 1976 de la Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis (Humanitas).En 1999, A. R. Königstein prona le retour d’un carbonarisme initiatique et insurrectionnel et proposa un rituel de Charbonnerie opérant un transfert vers le paganisme, se détachant d’une structure maçonnique classique, et refusant le recours à la violence et au terrorisme. Je ne sais pas pas si des ventes pratiquent aujourd’hui ce rite.

Enfin, en 1993, le grand druide de la Gorsedd de Bretagne Gwenc’hlan Le Scouëzec, récemment disparu rassembla autour de lui un groupe de francs-macons français pour constituer une loge maçonnique de la pierre et ensuite y instaurer le rite maçonnique forestier pratiqué aujourd’hui, s’inspirant directement des rituels de Beauchêsne de 1747. Cette démarche procédait pour Le Scouezec d’une prise de conscience selon laquelle le message culturel du druidisme païen contemporain est enraciné dans les terres celtes, mais que le message spirituel et religieux, lui,dépasse les contraintes des frontières régionales et pourrait être ouvert le plus largement possible à tous ceux qui sont sensibles à cette approche de l’homme et de l’univers.. La Maçonnerie forestière pourrait alors être considérée comme un « sas de communication » entre le druidisme sacerdotal contemporain et le monde en général avec toutes les composantes traditionnelles qui l’habitent. De plus les loges forestières , chacune sur son sol, pourraient faire des recherches profitables au recensement des données culturelles celtes qui émergent encore parfois ça et là capables de légitimer une reconstruction païenne.

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