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J’inaugure aujourd’hui une série de portraits. Portraits d’hommes et de femmes. Grandes figures, éveilleurs,  maîtres à penser,  précurseurs et  visionnaires … en commençant par John Toland.

toland1

« John Toland va populariser le panthéisme en Angleterre et le rendre plus accessible en tant que vision du monde à vivre. Il est né à Londonderry (Irlande) en 1670 d’une famille catholique ; ses parents l’éduquent aussi dans les légendes de son pays. Elève doué, il fit ses études en Écosse à Édimbourg et à Glasgow. Rejetant son patrimoine clanique irlandais qu’il prenait pour des niaiseries, il se dirige vers la théologie et se convertit au protestantisme. A Leyde, il rencontra les fameux cercles d’études fondés par Spinoza ; ses options panthéistes, ainsi que leur nette formulation encore à venir, trouvent ici leur source. A Oxford, fervent lecteur de la Bodleian library, il y rencontra John Aubrey qui fit partie des universitaires oxfordiens qui engendrèrent la Royal Society. Il fut surtout le 1° archéologue des temps modernes et le 1° scientifique à identifier avec certitude la civilisation celtique en tant que culture patriarcale des îles de Bretagne à la suite de ses gigantesques travaux qu’il accomplit sur le site de Stonehenge, entre autres. Cette découverte fut un coup de tonnerre culturel qui eut de nombreuses conséquences dans de nombreux domaines, y compris sur le plan politique. John Aubrey, souvent critiqué pour son amour immodéré de l’ancienne religion des Celtes, le druidisme, se disait le filiateur d’un très ancien nodule celtique qui transitait depuis des siècles au sein des collèges d’Oxford dont le nom était Mount Haemus. Lorsque l’on sait qu’un des Bosquets du futur Druid Order (Grove) – l’équivalent d’une loge – prendra le nom de Mount Haemus, et qu’il s’y trouve toujours de nos jours, nous comprenons mieux comment John Aubrey peut être considéré comme le grand-père du Druid Order et que ses vues transitèrent par John Toland, mais aussi par les frères Gale et Pierre Desmaiseaux, futurs fondateurs de ce néo-druidisme et intimes d’Aubrey, tous membres, sauf Toland, de la Royal Society.
De retour à Londres, polémiste vigoureux, Toland se fait reconnaître dans le milieu des philosophes anglais. Il apparaît que ce dernier fut bien en contact avec les éléments humains et universitaires qui furent au centre de la conversion de l’Invisible Collège en Royal Society en 1660 à Oxford… Les héritiers philosophiques de ce groupe travaillèrent à la mise en place de la maçonnerie de 1717 et, avec l’aide des Antiquarians, du Druid Order de la même date (Oxford au XVIIe siècle, 2 tomes, Jardin des Dragons, Les Éditions du Prieuré, Rouvray, 1994). Nous pouvons en déduire très sereinement que Toland était déjà très imprégné dans la décade 1690 par les idées et les buts très progressistes de l’aile marchante de la Royal Society.
Affrontant violemment tout ce qui est catholique et aristotélicien, il est rapidement obligé de fuir l’Irlande. De 1700 à 1707, il est à Londres au contact de cercles philosophiques locaux plus panthéistes qui vont profondément l’amener à condenser ses concepts en des oeuvres écrites. C’est à cette période qu’il inventa d’ailleurs le mot « panthéisme » qui se répandit comme une traînée de poudre pour caractériser tous les mouvements platoniciens réactivés par les oeuvres et la pensée Spinoza. Lesdits mouvements se cristallisent en salons et banquets socratiques très inspirés de l’épicurisme de Saint-Évremond. Il affiche politiquement un républicanisme qu’il appuie sur les pensées des penseurs antiques chantant les valeurs de ladite république (Platon, Cicéron, Caton, Xénophon, etc.).
Les polémiques incessantes de Toland le font quitter Londres en 1707 et il commence une traversée du désert en Europe germanique où il se mélange à tous les mouvements panthéistes et affronte des philosophes comme Leibniz. L’inimitié qui opposa ce dernier à Spinoza se réincarna au contact de Toland avec lequel il eut des débats contradictoires des plus vigoureux. C’est à lui que Toland aurait énoncé cette profession de foi panthéiste en réponse à une question lui demandant sa patrie d’origine:
« Le Ciel est mon père, la Terre est ma mère, le Monde est ma patrie et tous les hommes sont mes parents. »
En 1710, il revient. Panthéiste convaincu et militant, il propose au monde anglo-saxon une reprise éthique de type pythagoricien et platonicien qui, selon lui, est la seule voie religieuse possible dans les années à venir pour vaincre les confrontations religieuses de son temps. Il soutient que seule la liberté de religion peut amener la paix sociale et que la voie panthéiste dans sa tolérance et son non-dogmatisme doit s’imposer aux Églises constituées qu’il juge trop séparatrices et mères de toutes les souffrances humaines.
Il participe activement à la préparation maçonnique de 1717, mais aussi de la druidique de 1717, par des apports philosophiques non négligeables que l’on isole fort bien dans l’article Ier des Constitutions d’Anderson de 1723.
Fut-il maçon? probable mais non prouvé ; il fut le 1° Grand Druide du Druid Order en 1717 en compagnie de William Stukeley et de Pierre Desmaiseaux, ce dernier étant un enfant de la 2° génération de la Révocation de l’Edit de Nantes comme Jean-Théophile Désaguliers. Un mariage dans ce Druid Order philosophique est très clair entre les thèses uniquement panthéistes et philosophiques de Toland et celles uniquement celtiques de William Stukeley, l’archéologue de Stonehenge, membre de la Royal Society. Toland, toujours marqué par les « niaiseries » irlandaises de ses parents qu’il juge superstitieuses, concède à Stukeley un panthéisme druidique non sans émettre quelques réserves sur le réalisme des traditions celtiques. Il l’écrira en clair dans son testament philosophique, le Panthéisticon, en 1720.
« Il n’est pas nécessaire d’en dire davantage sur la façon dont les panthéistes s’ornent l’esprit. Les panthéistes peuvent être justement regardés comme prophètes et d’une nature mystique. Car de même qu’autrefois les druides qui avaient l’esprit plus élevé, étaient liés par des sociétés (suivant en cela les règles de Pythagore), se sont élevés par l’étude des choses les plus cachées et les plus obscures, de même les associés socratiques s’appliquent à toutes les recherches où se sont illustrés les druides et les disciples de Pythagore. Les uns et les autres ont établi des sociétés. Les nôtres n’admettent pas cependant tout ce qu’ont dit et fait les premiers, car lorsqu’ils s’éloignent de la vérité, nous nous éloignons aussi d’eux, mais nous louons beaucoup ce qui nous en paraît digne, rendant grâce à ceux par le moyen desquels nous profitons en quelque chose, de quelque manière que ce soit. » Cette oeuvre peu connue va être au centre de la Relation apologique de 1738 et il semble aussi qu’elle aura un impact non négligeable sur la version des Constitutions d’Anderson de 1723 – Art.Ier, « concernant Dieu et la Religion ».
Ce qu’il faut noter dans la vie de Toland, c’est qu’il fut reçu et protégé en 1697 par Sir Thomas Molyneux à Dublin et que celui-ci aurait été détenteur d’un écrit maçonnique daté de 1711 laissant apparaître déjà l’esquisse d’un troisième grade.
En ce qui concerne John Aubrey (prof. de Toland à Oxford ,mort en 1697) il eut des contacts répétés et fructueux avec Inigo Jones – l’architecte de Charles Ier – dans les années 1660, alors qu’ils faisaient des fouilles et des recherches sur le site mégalithique de Stonehenge et d’Avebury. Les thèses développées par eux à cette époque attribuaient la mise en place de ces mégalithes aux druides; ce fut leur seule erreur qui engendra une « celtomanie druidique » à cette époque et qui continua au 17e siècle. Si les traditions spirituelles celtiques honorèrent les mégalithes, il est clair que lesdits Celtes n’en sont pas les maîtres d’oeuvre et que ce rôle doit être attribué à une civilisation antérieure, les mégalithiques, dont les restes affaiblis semblent littéralement se fondre dans la grande vague indo-européenne de 1500 av. J.-C.
Ceci posé, nous comprenons mieux comment le panthéisme de Toland, en se mariant aux recherches celtiques d’Aubrey et de Stukeley, aboutit à la naissance d’un panthéisme celtique sous la forme de ce Druid Order de 1717 qui fusionne en sa naissance avec la maçonnerie londonienne et que les rapports, tant culturels que humains, entre ces deux mouvements ne sont pas accidentels ni hasardeux. Les oeuvres « apologiques » en seront la preuve puisqu’elles mettent en évidence une maçonnerie panthéiste et pythagoricienne citant des pans entiers de l’oeuvre de Toland, et qu’il faut considérer non pas comme une maçonnerie marginale mais plutôt comme le reflet d’un mouvement suffisamment étendu pour que le Vatican fasse des autodafés de sa littérature et fulmine des bulles d’excommunication à son encontre. Toland mourra en 1722, non sans avoir marqué irrémédiablement toutes les personnes qui l’auront approché. Arrogant jusqu’au bout, voici son épitaphe:
« Ci-gît John Toland qui, né en Irlande près de Londonderry, étudia en Écosse et en Irlande, et également à Oxford devenu adolescent, et ayant été plus d’une fois en Allemagne, passa son âge d’homme aux environs de Londres. Il cultiva toutes les littératures, et sut plus de dix langues. Champion de la Vérité, défenseur de la Liberté, il ne fut ni le partisan ni le client de personne; ni les menaces et les maux ne le détournèrent d’aller jusqu’au bout de la route choisie, subordonnant l’intérêt au Bien. Son âme est réunie au Père céleste dont il sortit autrefois. À coup sûr, il ressuscitera pour l’éternité, mais jamais il n’y aura un autre Toland. Il naquit le 30 novembre. Le reste, cherche-le dans ses écrits.
« Veritatis propugnator! Libertis assertor! »

bibliographie tirée de l’oeuvre de R.Blanchet »

(source : http://www.carboneria.it/Tolandfr.htm )

franc maçonnerie du bois : tout un parfum de mystère se cache derrière l’image romantique …
la franc maçonnerie, si on écarte tout l’éventuel aspect « utilitaire », « affairiste », conserve son petit côté société secrète de fraternité… sorte de Club des Cinq ésotérique et spirituel .
et la forêt, le lieu d’épreuves initiatiques par excellence, où vivent les druides et les initiatrices, les géants et les êtres surnaturels, les fées et le petit peuple, lieu de toutes les magies…passage obligé pour le chevalier qui cherche la lumière, ou dans son itinéraire jusqu’à la source de la Dame où il affrontera le chevalier noir.Lieu par excellence de la présence du divin et du sacré, centre d’enracinement, d’enfouissement, de croissance. Lieu d’un perpétuel jeu d’ombre et de lumière, d’éblouissements et d’obscurité. C’est aussi le domaine placé sous la garde du Vieux Cornu, le dieu des chasseurs du paléolithique, le dieu des sorcières, assimilé par les Gaulois… Kernunnos… maître suprême des royaumes les plus sauvages, qui gouverne les forces primales de vie, de mort et de renaissance qui nourrissent le monde naturel,
Depuis son trône profond dans les sombres forêts , Il est le chef suprême des royaumes les plus sauvages que ses habitants honorent comme leur véritable maître, lui et ses serviteurs : le Gruagach des Highland en Ecosse, le Boggart du Lancashire, le Brownie d’Angleterre, à qui on faisait régulièrement des offrandes en échange de leur aide pour accroître la fertilité et les richesses naturelles.
C’est sans doute lui qu’on voit dans le conte gallois de « Owein ou la Comtesse de la fontaine » du Mabinogion assis sur un petit monticule dans la clairière d’une forêt. Grand homme noir plus grand que deux hommes de ce monde. Il a un pied, un œil au milieu du front, et il porte une lance en fer… Bien que laid, ce n’est pas un homme désagréable. Il est le gardien de la forêt, et un millier d’animaux sauvages broutent autour de lui, le saluant et l’honorant tels que le font les hommes obéissants envers leur seigneur. Son rôle par rapport à Kynon, qui cherche le chemin de la fontaine où il doit affronter le chevalier noir, est de lui indiquer en fait le chemin de l’initiation.

Merlin, l’Homme Sauvage

On ne peut pas parler de la fôret sans parler de Merlin car dans l’univers celtique, la forêt est un sanctuaire, un lieu de résidence des divinités. Par sa folie, par son séjour sylvestre, Merlin se rapproche de la divinité. Il devient l’authentique divinité des bois. De plus il lui arrive d’utiliser des cerfs comme monture , et durant l’hiver, il vit en compagnie d’un loup gris, ce qui le rattache au chamanisme. Le loup est maître Blaise, scribe de Merlin, mais en fait son double, comme le loup est le compagnon de l’Homme Sauvage. Et puis Merlin, à sa naissance, est velu comme un ours. Merlin, l’Homme Sauvage…
Il n’appartient pas seulement à la forêt, il est lui même le Forêt. Il est la Nature à lui seul parce qu’il en incarne les mouvements secrets et l’énergie première. Il porte en lui le rythme des saisons et le principe même du temps
En fait, Merlin, c’est l’Homme Vert…Il est l’archétype le plus profond, le plus primal, le plus primordial du Chaman… Il est indifférencié, il est habité par les différentes énergies de la forêt…. il participe de l’humanité mais aussi du monde minéral, du monde animal et du monde végétal… ce qui veut dire qu’on ne sait pas trop s’il est homme ou s’il est pierre, animal ou végétal…
Il pourrait se rapprocher de Kernunnos mais celui ci est trop lié à la « fertilité » et à la « sexualité », il est complètement différencié…non, Merlin semble bien plutôt être l’Homme Vert… il est le Gardien, l’Esprit de la Forêt … et donc détenteur de la souveraineté qui, là, est magique et chamanique…

Jack in the Green et Robin des Bois

Dans les festivités attachées à la fête celte de Beltaine, le 1er mai, dans les pays anglo-saxons « Jack-in-the-Green » (Green Man) représente en quelque sorte la transition du printemps à l’été, la pleine floraison des végétaux et des êtres. Il s’agit d’un personnage disposant de pouvoirs de fertilité et de régénération. Dans les campagnes anglaises, c’est lui le « roi du Mai » (May King) et à ce titre, il épouse chaque année la plus jolie fille du village, la « reine du Mai » (May Queen). Au cours de la fête du Mai, Jack-in-the-Green (invariablement revêtu de feuilles et de branchages) doit d’abord faire semblant d’être mort (à l’instar de la Terre qui parait morte, l’hiver). Puis, à un certain moment, il « ressuscite » brusquement et s’élance pour danser avec la « reine du Mai ». On célèbre alors son « union » avec elle, en même temps que le retour annuel de la vie.
Domaine des animaux et de leur Maître, la forêt est aussi le domaine des proscrits (dans le haut Moyen Age scandinave, le proscrit s’y réfugiait et y vivait librement mais pouvait être abattu par quiconque le rencontrait) comme des rebelles qui « à diverses époques, ont élu la solitude, la misère et le danger, plutot que de reconnaitre une autorité qu’ils tenaient pour illégitime » (Ernst Jünger: « Traité du Rebelle, ou le recours aux forêts« ), ce qui ménage une belle entrée en matière au fait qu’un
parallèle ait été dressé entre « l’homme vert » des fêtes du Mai et un personnage semi légendaire comme Robin Hood, alias Robin des Bois. Indépendamment de ses bases « historiques », il ne fait pas de doute que Robin Hood possède une dimension mythique qui l’apparente directement à Jack-in-the-Green. En premier lieu il est d’évidence lié à la végétation. Son costume est traditionnellement de couleur verte: il est « l’homme vert ». Son terrain d’action est une forêt, et celle ci semble jouer un rôle plus important qu’un simple cadre géographique. Par son nom même, Robin des Bois apparait comme l’incarnation de la forêt, le génie de la forêt de Sherwood. Par ailleurs Robin Hood est un archer, un chasseur, un ami des animaux, le protecteur de la végétation (= fertilité), le protecteur des faibles et notamment des femmes (= fécondité), le protecteur du peuple (= productivité). C’est grâce à ses interventions que les biens matériels se trouvent redistribués et plus justement répartis. Tous ces traits situent bien Robin dans le prolongement d’une ancienne divinité de « troisième fonction » (presque toutes les fêtes rurales saisonnières sont dans la dépendance de la troisième fonction) ».

La Franc-Maçonnerie forestière

Un ensemble de rites peu connus émerge dans la Maçonnerie dans les années 1747 ,qui sera nommé « la FM du Bois » et qui présente la double caractéristique de se démarquer du symbolisme de la pierre pour utiliser celui du bois et de ne présenter aucune connotation judéo-chrétienne au contraire du contexte habituel de la maçonnerie
Il semble que nous ayons affaire là, à un rite très antique sans pouvoir en situer l’origine exacte. Tel qu’il se présente, il fusionne deux « familles » du compagnonnage médiéval: les Charbonniers qui, dans le fond des bois, utilisent les copeaux et les chutes pour faire le charbon (destiné aux forges par exemple), et les Fendeurs qui coupent le bois dont se serviront les artisans charpentiers,mais aussi les maréchaux, les verriers, les tuileurs. Ces derniers obtenaient un droit de coupe émanant du propriétaire des terres qu’ils pouvaient léguer à leurs héritiers . Ce qui fait que ce sont développés des métiers compagnonniques sédentaires, en face des métiers mobiles qu’on trouvait plus dans les villes au contact d’une chrétienté en marche et de ses monuments qu’ils lui élevaient : les uns se sont vite christianisés, les autres semblent être restés, du fond de leurs forêts, plus récalcitrants à toute évangélisation.Le druide antique est lui aussi un homme des forêts et les fragiles survivances locales et rurales de la rituélie celte ont du s’enfoncer dans les fourrés au fin fond des bois pour survivre aux buchers de l’Inquisition. Il y a certainement là une des causes originelles de la fusion entre les groupes très sédentaires de fendeurs et charbonniers avec les cultes de terroirs résistant à la romanisation musclée de l’Inquisition (ce qu’on peut prendre comme une pierre dans le jardin de Margaret Murray qui considérait les descriptions de sabbat effectuée au cours des procès de sorcellerie comme des retranscriptions de rituels d’un culte organisé, lui-même lié à une religion païenne pré-chrétienne de la fertilité, ayant survécu partout en Europe depuis la nuit des temps…). C’est tout naturellement que ces rites forestiers vont se faire une place dans l’espace de liberté ouvert par le réveil simultané, dans les mêmes tavernes londoniennes en 1717 du druidisme et de la maçonnerie grace notamment à des personnalités comme John Toland, qui appartenait à l’un et à l’autre. Et le 17 aout 1747, se met en place en France la première Vente Forestière sous le nom distinctif de Chantier du Globe et de la Gloire. Animée par le père maître Beauchêne dont il faut relativiser l’importance dans l’instauration de ces rites, mais qui disait tenir ses pouvoirs de M. de Curval, grand Maître des Eaux et Forêts du Comté d’Eu et seigneur du Courval, elle se tint dans une atmosphère chaleureuse et bon enfant dit-on même si l’on y reconnaissait une grande partie de la Cour du Roi et beaucoup de notables de la région, tous vêtus de manière grossièrement paysannne et chaussant sabots.(on pense aussi aux dames de la Cour qui se déguisaient en bergères avec Marie Antoinette)
Le rite est mixte. On n’y est pas frère mais cousin; on y prend un nom d’arbre quand on tient un office dans la Loge, appelée Vente: cousin Duchêne, cousin Delorme, cousin Ducharme, cousin de l’Erable, cousin Dufrêne, cousin Duhêtre. Les gardiens des portes sont des Piqueurs, les profanes, des Briquets, et le vénérable est le Père-maître. Les Ventes ont lieu dans la nature, à la croisée des chemins, dans un endroit entouré d’arbres. Devant chaque officier se trouve un billot de bois sur lequel est déposé une couronne de feuilles de chêne. Quatre cabanes font partie du rituel. La cabane de l’Ermite, la cabane du Vigneron, la cabane de la Mère Catault et la cabane de l’Ours (un lien avec l’Alban Arthan druidique, solstice d’hiver, situé au nord : la lumière d’Arthur -lié à l’Ours ???). Les cousins fendeurs se mettent en cercle lors des Ventes. Pour tableau de loge, on place au centre de la Vente des scies, cognées, coins, haches et toutes sortes de branchages. Dans les instructions, le corps de l’homme est analogiquement comparé aux éléments constitutifs de l’arbre. L’arbre à dix branches est les mains, le tronc est le buste, les racines les pieds, les grosses branches les bras, les feuilles les habits … A la question « connais tu ton père ? », on répond en montrant le ciel, à « connais-tu ta mère », on montre la terre.
Mais parce que le père maître Beauchêne était un partisan de l’inamovibilité des Vénérables, que l’aristocratie jouait un grand rôle dans le rituel puisqu’il provenait des forêts du Bourbonnais où des nobles proscrits avaient trouvé refuge, puis avaient été initiés par des bûcherons, et que les marques païennes en étaient flagrantes, le rite ne perdura pas longtemps malgré sa valeur spirituelle et culturelle qui met en avant le devoir d’hospitalité envers tous ceux qui « sont perdus dans la forêt », et la notion de justice dans son sens noble.
Par ailleurs, dès le début du XVIIIe siècle, la France voit la naissance d’autres rites maçonniques forestiers, mais cette fois-ci christianisés, que certaines conditions historiques comme la création du Grand Orient de France et la Révolution empêcheront de se développer. Si bien que la Franc Maçonnerie du Bois choisit de s’aventurer dans l’action politique au XIXe siècle dans la carbonaria italienne ou charbonnerie française ( mouvement initiatique et secret, à forte connotation politique, qui joua un rôle occulte important notamment pendant l’épisode des quatre sergents de la Rochelle, sous la Restauration et de la conspiration du général Berton, et qui contribua à l’unification de l’Italie au milieu du XIXe siècle.) Elle finit pourtant par disparaitre malgré quelques soubresauts plus ou moins anecdotiques. Puis, au sortir de la 2eme Guerre Mondiale, un essai de restauration de l’initiation forestière est entrepris par celui qui sera l’initiateur en 1976 de la Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis (Humanitas).En 1999, A. R. Königstein prona le retour d’un carbonarisme initiatique et insurrectionnel et proposa un rituel de Charbonnerie opérant un transfert vers le paganisme, se détachant d’une structure maçonnique classique, et refusant le recours à la violence et au terrorisme. Je ne sais pas pas si des ventes pratiquent aujourd’hui ce rite.

Enfin, en 1993, le grand druide de la Gorsedd de Bretagne Gwenc’hlan Le Scouëzec, récemment disparu rassembla autour de lui un groupe de francs-macons français pour constituer une loge maçonnique de la pierre et ensuite y instaurer le rite maçonnique forestier pratiqué aujourd’hui, s’inspirant directement des rituels de Beauchêsne de 1747. Cette démarche procédait pour Le Scouezec d’une prise de conscience selon laquelle le message culturel du druidisme païen contemporain est enraciné dans les terres celtes, mais que le message spirituel et religieux, lui,dépasse les contraintes des frontières régionales et pourrait être ouvert le plus largement possible à tous ceux qui sont sensibles à cette approche de l’homme et de l’univers.. La Maçonnerie forestière pourrait alors être considérée comme un « sas de communication » entre le druidisme sacerdotal contemporain et le monde en général avec toutes les composantes traditionnelles qui l’habitent. De plus les loges forestières , chacune sur son sol, pourraient faire des recherches profitables au recensement des données culturelles celtes qui émergent encore parfois ça et là capables de légitimer une reconstruction païenne.

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