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« Chaque fois que l’on me parle des « droits de l’homme », je songe à cet ouvrage posthume de Helvetius, « De l’homme », paru en 1784, qu’à l’époque où j’étais étudiant en lettres classiques à la Sorbonne j’avais déniché dans la librairie du charmant vieux M.Vrin, et où il est à chaque page question d’un homme universel et abstrait auquel on ne croit pas un instant.

Les hommes ? J’ignore ce dont il s’agit. Je connais des intelligents et des imbéciles, des courtois et des goujats, des beaux et des laids, des bien-portants et des malades, des généreux et des ladres, des âmes nobles et des âmes basses, des courageux et des lâches, des doux et des brutes, des créateurs et des parasites, mais des hommes, non, je n’en connais pas.

Je n’ai pas foi en cette divinité aveugle au nom de laquelle il faudrait accorder aux salauds les mêmes droits qu’aux êtres qu’éclaire la bonté ».

Gabriel Matzneff. Le taureau de Phalaris. La Petite Vermillon.

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Matzneff n’est pas beaucoup aimé dans notre « mouvance » et si les reproches qui lui sont adressés concernent le plus souvent ses préférences sexuelles ou ses amitiés mitterrandiennes, je crois que ce qu’ on lui reproche le plus, en fait, est sa liberté d’esprit.

Pour ma part, j’aime ses essais, moins ses romans (à part son pétulant « Nous n’irons plus au Luxembourg » ) mais j’aime surtout son « Journal intime », où il peut défendre à loisir « les valeurs aristocratiques d’indépendance, d’élégance, de panache » qui sont les siennes. Elles sont siennes aujourd’hui comme hier et il déclarait encore dans le dernier numéro d’Éléments : « Jusqu’à mon dernier souffle, je résisterai au Nouvel Ordre Mondial prôné par le président Bush lors de la première guerre du Golfe en 1991, je résisterai à l’impérialisme amerloque et à ses puritaines ligues pour la vertu, je résisterai aux psychiatres de gauche et aux quakeresses de droite, à toute cette racaille pharisaïque qui prétend nous dicter ce que nous devons penser, écrire, manger, fumer, aimer. »

Je n’avais pas acheté « La séquence de l’énergumène » dès sa sortie, bien m’en avait pris puisque je viens de le trouver d’occasion à un prix tout à fait abordable. Et je n’écrirai rien à son sujet dans l’immédiat : je préfère laisser la parole à Christopher Gérard :

« En exergue au Sabre de Didi (1986), étincelant recueil de chroniques publiées naguère dans Combat et dans Le Monde, Gabriel Matzneff plaçait cette phrase de l’Abbé Galiani : « Planer au-dessus et avoir des griffes ».  Il pourrait la reprendre telle quelle pour ce choix d’articles de Combat où,  de 1963 à 1965, il tint une rubrique télévisuelle hautement polémique, intitulée « la séquence de Gabriel Matzneff ». Le plus drôle est que le jeune polémiste, « vêtu du probité candide et de lin blanc », n’avait jamais regardé la télévision et qu’il ne possédait même pas de poste ! «

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Roger NimierSunsiaré de Larcône

Gabriel Matzneff écrit dans son Journal, en date du 29 septembre 1962 :

« Le matin. Je suis chez moi, à ma table de travail, en pantalon de pyjama, torse nu. Coup de sonnette. C’est Anne- Marie. Elle se jette à mon cou, reste un moment sans bouger, la joue appuyée contre ma poitrine. Puis, se reculant, elle me dit, les lèvres tremblantes, ses beaux yeux noirs pleins de larmes:

– Sunsiaré est morte.

Sunsiaré de Larcône, Anne-Marie m’en parlait sans cesse ces dernières semaines ; c’était pour elle mieux qu’une amie : un guide spirituel, une initiatrice. Et voici qu’hier soir elle s’est tuée en voiture avec Roger Nimier.

Les journaux publient la photo de Nimier et de Sunsiaré sur leur lit de mort, dans la chapelle ardente de l’hôpital. Le front ceint d’une bandelette, tristes et beaux comme de jeunes dieux inconnus. Inaccessibles. »

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gabriel-matzneff

Après avoir fermé la librairie, après les fêtes de fin d’année 2002, j’ai mis du temps à me réhabituer à fréquenter les boutiques de mes ex-collègues. J’avais pour ainsi dire eu une légère indigestion de bouquins pendant ces quinze ans de sacerdoce … pensez donc, il ne m’était jamais venu à l’idée de vouloir faire fortune, ou au moins de bien « gagner ma vie » (quelle expression à gerber !), je m’imaginais simplement accomplir, en quelque sorte, une mission de service public… et je n’ai jamais vendu de la merde, ou alors comme je n’ai jamais vendu que ce que j’aimais, c’était de la merde pour ainsi dire sublimée … enfin, bref de voir le livre devenir auprès de la majorité des professionnels « produit » comme les autres, c’est à dire strictement comme une boite de conserve ou une paire de chaussettes, j’ai eu du mal à supporter. Et j’ai boudé les librairies pendant plusieurs années. Ce qui fait que j’ai pas acheté grand chose pendant ces années d’abstinence .. qu’importe, si je veux, je peux aller jusqu’au centenariat (ça se dit, ça ?) sans problème et sans rien acheter même, parce que je me suis suffisamment piqué de bouquins quand j’avais la librairie, sans compter ceux que j’avais achetés avant et même sans les dizaines et dizaines dont je me suis débarrassé pour cause de manque de place, et tout ça (et que je regrette tant aujourd’hui !!!!!) … j’en ai suffisamment donc pour avoir largement de quoi lire jusqu’à ma mort …ce qui, bien sur, n’ est que rhétorique puisque je me laisse quand même aller de temps en temps, certaines rubriques de ce blog sont là pour le prouver …Ces années de quasi abstinence ont pourtant eu comme conséquence de me faire rater des trucs . Matzneff par exemple…J’avais bien appris qu’il voulait cesser la publication de son Journal et j’avais exprimé ici le déplaisir que j’en éprouvais… mais j’avais bel et bien raté la surprise qu’il avait faite à beaucoup en sortant ses « Carnets Noirs 2007-2008 » que je viens de découvrir et dont la 4ème de couverture proclame :

« Les Carnets noirs de Gabriel Matzneff sont une œuvre unique, inclassable, qui n’a cessé de susciter admiration et débat, scandale et fascination. Matzneff, en choisissant de ne rien cacher de sa vie, de se montrer à nu, sans masque, a pris tous les risques. Le courage et la liberté se paient au prix fort quand l’ordre pharisaïque tente partout d’imposer sa loi. Les tomes déjà publiés de ce journal intime couvraient des années anciennes. Aujourd’hui, au nez et à la barbe de ceux qui voudraient le faire taire, des renégates acharnées à effacer les traces de leurs amours, des censeurs dont sans cesse de nouveaux interdits réduisent nos libertés, Gabriel Matzneff, stimulé par un sentiment d’urgence, livre, tant que cela demeure possible, les années les plus récentes de sa vie – cette vie à bout portant que défigurent tant de légendes. Le temps presse. Bientôt, l’œuvre sera achevée, mais l’élan qui la porte, et fait d’elle l’une des plus singulières de notre époque, est irrépressible : rien ne l’empêchera de s’accomplir. »

Gabriel Matzneff : « Carnets Noirs 2007-2008 », aux éditions Leo Scheer.

Allez, pour la route, une petite citation : « une nature aristocratique se reconnaît à son aptitude au loisir, à son aptitude à l’ennui. Le besoin perpétuel d’une distraction est la marque d’une âme plébéienne », et puis quand même celle ci : « ils ne semblent pas comprendre que je ne leur reconnais pas le droit de me juger ».

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Je me souviens encore, le 21 septembre 1972, jour de l’Équinoxe d’Automne, avoir entendu à la radio annoncé le suicide de Montherlant : d’une capsule de cyanure et d’une balle de revolver dans la bouche, pour être sur… Il avait laissé un mot « je deviens aveugle, je me tue ».

Le même jour, Gabriel Matzneff écrit dans son « Journal »:

« 9 h.15. Le téléphone sonne. C’est Montherlant. Longue conversation. Nous parlons de ma décision de divorcer, de mes vertèbres qui jouent des castagnettes, puis il enchaîne sur  » Nous n’irons plus au Luxembourg ».

– c’est le dernier livre que j’ai lu. Vous me l’auriez envoyé trois jours plus tard, je ne pouvais plus le lire à cause de ce voile sur l’œil. Je vous téléphone parce que je veux vous en parler et que je ne sais si nous pourrons nous voir avant longtemps.

Ce qui le touche le plus ce sont les pages sur Sophie, sur Dulaurier (« votre vieux bonhomme »), sur l’hôpital Cochin; celles où je montre Dulaurier songeant à se donner la mort tel Pomponius Atticus, son idole.

– A la fin du roman, votre Dulaurier semble guéri, mais moi, mon mal est sans remède. Je suis presque aveugle. Quand j’aurai la certitude que ce voile noir ne se dissipera pas, je ferai comme notre ami Atticus.

Il a moins accroché à la partie Grancéola, diététique.

Il évoque l’indifférence de l’être pour l’être.

– Les gens se foutent que vous soyez malade, que vous souffriez. Oui les vivants se foutent des malades, ils ne les comprennent pas.

« Les vivants » au lieu de « les bien-portants ». Lapsus significatif. La maladie, antichambre de la mort; irruption de la mort dans la vie. »

Ce n’est que deux jours plus tard que Matzneff apprendra la mort de Montherlant et comprendra que « son appel était un adieu (…) un dernier geste amical pareil à celui que fait du pont d’un bateau quelqu’un qui s’embarque pour la haute mer à un proche resté seul sur le quai ».

Les cendres d’ Henry de Montherlant ont été dispersées à Rome sur le Forum, entre les pierres du temple de Portunus (ou temple de la Fortune virile) et dans le Tibre, par Jean Claude Barat, son légataire universel et Gabriel Matzneff.

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« Toute sa vie, M. Dulaurier s’était persuadé que, conjuguant l’esprit d’aventure de d’Artagnan, la mélancolie byronienne d’Athos, l’amour des jeunes personnes d’Aramis (s’il avait eu aussi son goût de la théologie, ç’aurait été complet) et le fort coup de fourchette de Porthos, il était à lui seul, une réincarnation des quatre mousquetaires« .

Gabriel Matzneff:  Nous n’ irons plus au Luxembourg.

Trois mousquetaires

Ça fait longtemps que j’ai envie de relire les Trois Mousquetaires mais j’ai toujours été retenu par la crainte d’être déçu … j’ai surtout peur d’être déçu, oui je l’avoue, par madame Bonacieux dont j’ai gardé une image très précise … et incomparable ! Et donc, une fois de plus ce passage de Matzneff que je vais bien finir par savoir par coeur … cette fois il m’a fait franchir le pas et pour l’instant je me régale !…

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