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feu de camp

« Jamais il n’aurait cru que, dans ce siècle de fer, quelques garçons et filles puissent, avec des moyens aussi primitifs qu’un feu de bois, des instruments simples et un chœur assez hésitant, revenir à des sources de poésie aussi fraîche. […] Ce qu’il ne savait pas, c’est que ce petit groupe réuni là, devant lui, venait de renouer avec le paganisme, avec les dieux du feu, de la pierre, du soleil. Ils préparaient le renouveau du culte du gui et des sacrifices… On ne pouvait pas s’y tromper. Ce qui redescendait dans l’âme de ces jeunes, appauvrie par des siècles de christianisme, par le complexe d’infériorité de la Croix, c’était un renouveau de la religion primitive des Gaulois, celle qui était faite pour l’homme des Gaules. Sans doute cet homme des Gaules avait-il suivi une fausse piste, il s’était mélangé aux peuples les plus divers. Mais l’étincelle n’était pas morte. Olivier le sentait […]. Il avait sous les yeux ces jeunes visages empreints d’une gravité non pas mélancolique, non pas sentimentale, mais religieuse. C’était la minute de Dieu sous sa forme la plus simple, la plus directe, le feu, le chant et la nuit. »

Saint-Loup, Les Copains de la belle étoile.

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Nous sommes secrètement fiers d’être Gaulois

 

illustration

Jean – Paul Savignac est un savant gaulois auprès duquel Astérix et ses comparses apparaissent comme des caricatures qui prolongent l’occultation par la gallo-romanité des richesses de ce pays plus grand et, sans doute, plus civilisé que la France actuelle.

Hier est paru en librairie le livre que Jean-Paul Savignac a écrit, pour les Éditions de la Différence, sur la mythologie gauloise. Des gouaches de Jean Mineraud accompagnent chacun des textes de cet ouvrage. 

 Ce premier livre, qui raconte la naissance et l’adolescence, en définitive la genèse, du dieu tutélaire de la Gaule, Lougous Longue-Main, inaugure une série d’ouvrages qui ne se limiteront certainement pas aux huit livres d’ores et déjà programmés.

****« Nous sommes secrètement fiers des Gaulois », m’a dit, un jour, une amie journaliste. Il y a de quoi, bien que nous les voyions à travers le prisme déformant de notre présent. Un mot résume ce qu’ils furent et ce en quoi nous nous reconnaissons en eux, ce grain de folie qui dépasse toutes les philosophies, tous les pragmatismes, tous les dogmes  : le panache. Cette qualité chevaleresque  exprime leur attitude à l’égard des femmes, d’où procède notre courtoisie, leur désir des beaux tissus et des belles parures d’or, d’où vient notre goût de l’élégance et du raffinement, leur amour du faste partagé, des beaux chevaux, de la belle parole écoutée pour elle-même et vénérée, qui fondent notre culte du Beau. De leur héritage provient également, issu de leur Chaudron de jouvence et d’immortalité, le Graal, ce symbole de l’élan religieux et du dynamisme pétulant de la France.

 Leur antiquité quasi fabuleuse satisfait notre rêve de descendre d’ancêtres sortis de la nuit des temps et brusquement entrés dans la lumière de l’histoire, c’est-à-dire de remonter au plus loin, dans le passé du passé, pour nous relier aux dieux, ce dont se prévaut, par exemple, Don Ruy Gomez de Silva fier de montrer à Hernani la galerie des tableaux de ses aïeux, comme tous les nobles du monde, et ce dont s’enorgueillissaient les Gaulois eux-mêmes, tel ce Ouiridomaros qui se targuait d’être  issu du Rhin lui-même. Car les Gaulois possédaient eux aussi une antiquité.

 Autre joie fière qu’ils nous donnent : nous sentir intimement familiers avec la terre de la Gaule-France qu’ils ont aimée au point d’en nommer les plaines, les rivières, les montagnes et les installations humaines. Si la langue gauloise avait subsisté, elle serait devenue du français. Les toponymes en France le prouvent. Prenons au hasard le nom de Bayeux, admiré pour ses sonorités et sa couleur vieil or par Marcel Proust. C’est le nom gaulois Bodiocasses qui évolue phonétiquement au fil des siècles en Baiocasses pour prendre jusqu’à  notre XXe siècle la forme gallo-française de Bayeux. Ainsi en est-il de Vannes (Ouenetia), Rouen (Ratomagos), Dijon (Diouio), Meung (Magidounon), Tonnerre (Tournodouron), Évry (Ebouriacon), Sablé (Sapoialon), Genouilly (Genouliacon), Chambord (Camboritou), Alençon (Alantionon), Toul (Toullon), Niort (Noouioritou), Riom (Rigomagos), Châlons (Caladounon), Nanterre (Nemetodouron), Arles (Arelate), Lyon (Lougoudounon), Paris (Parisii)…

 Notre fierté inavouée se fonde encore sur l’admiration que les Gaulois  nous inspirent : ils ont versé leur sang pour défendre leur liberté. Pleurons les Gaulois de ce sacrifice sublime — « Morts pour la Gaule » ! — et déplorons amèrement l’infamie de ceux d’entre nous qui ricanent à leur propos, ingrats et ignorants de l’évidence du fait que tout homme a nécessairement des ancêtres ! On n’insulte pas des héros. Les nazis savaient ajouter à l’ignominie de martyriser et de tuer leurs victimes innocentes la perversion de les humilier avant. Ne suivons pas leur exemple. J’ai jadis été frappé par un film qui offrait, aux sons de chants graves que l’on reconnaissait comme étant tibétains, les images d’armes gauloises et d’ossements humains disposés sur un sol herbu. La force incantatoire des voix, transcendant la douceur du paysage entrevu, la sobriété de l’armement épars à même le désastre des os et des crânes, tout ce spectacle lent et terrible inspirait une farouche sympathie pour ceux qui s’étaient battus là. C’était tout ce que pouvait faire une caméra, mais il y avait dans ce travelling quelque chose d’exemplairement évocatoire.

Nos ancêtres les Gaulois

 Et puis il y a ce phénomène agréable que nous voyons le Gaulois comme un être joyeux. Le rire gaulois, la bonne humeur : voilà ce que nous ne saurions dénier à nos illustres pères. Sans doute faut-il y voir l’influence de Rabelais, le maître rieur, en la parole duquel nous reconnaissons l’expression la plus libre de notre génie national. C’est que Rabelais est gaulois ! Jehan de Gravot (un de ses pseudonymes) s’honore bien d’avoir écrit des Évangiles gallicques ! Ces Gaulois, nous les devinons plus gaillards que paillards à en croire certaines inscriptions antiques sur pesons de fuseaux qu’ils nous ont laissées. Le rire que leur évocation suscite spontanément en nous, s’il ne trahit pas un plaisir régressif ou une intention railleuse, pourrait être, à mon sens, un écho de leur propre gaieté. Des ancêtres qui font rire ! Nous avons de la chance. Il plaît de penser que leur joie reflétait la félicité des dieux. Les dieux : nous en revenons là. « La nation est toute des Gaulois dans une pleine mesure adonnée aux rites », remâche César.

Avons-nous vraiment hérité d’eux ? Hypocrite question ! Ce sont les mêmes héros, les mêmes martyrs, les mêmes bourreaux, les mêmes victimes qui, pour ainsi dire, se réincarnent. L’héritage de leur langue, fût-elle fragmentaire, est une preuve suffisante de la continuité qui nous relie à eux. 

 Il faut décaricaturer les Gaulois, les désanathémiser, les débarbariser, les dépolitiser, les débarrasser de tout ce qui a été projeté sur eux. L’ostracisme dont ils sont victimes ne date pas d’hier. Considérés comme vaincus ils ont  été abaissés par Rome, dépossédés de leur langue, de leurs usages et de leurs prêtres par l’administration impériale romaine, combattus par le christianisme constantinien. Vilipendés plus tard par les rois de France qui se prétendaient francs, c’est-à-dire d’origine germanique, ils ont été traités en réprouvés. 

 Des historiens les ont brandis, à la fin du XIXe siècle, comme les drapeaux d’un nationalisme revanchard et, à cause de cela, aujourd’hui, une propagande historique post-nationale, qui plaide pour la « diversité », cherche à les éradiquer de notre mémoire. On a fait d’eux des bouffons sympathiques à travers une bande dessinée pour le moins simplificatrice, qui a toutefois le mérite de les avoir sortis des ténèbres et de nous faire rire. Mais qu’est devenue leur dignité humaine ? Avons-nous envie de rire, quand nous voyons, au musée Bargoin de Clermont-Ferrand,  les crânes des Gauloises auxquels adhèrent encore leurs cheveux tressés en une natte unique derrière la tête, comme celle des squaws ? Nous sommes sans doute le seul peuple au monde qui salisse le souvenir de ses ancêtres, alors que nous avons été le seul à les revendiquer pour tels ! 

Ils ont la vie dure.
Aujourd’hui, nos prédécesseurs de la Gaule sont réduits par une archéologie muette et fossoyeuse à des cailloux, des ossements et de la ferraille qu’elle restaure et place dans des vitrines de palais, plutôt que de se voir ressuscités en tant qu’hommes ; car les hommes ne se définissent pas comme des utilisateurs d’objets, mais d’abord comme des êtres doués de la parole. Qui se soucie de réentendre la parole gauloise ? Qu’avons-nous fait de leur parole ? Qu’avons-nous fait de la Parole ? Les quelque deux mille inscriptions gauloises parvenues jusqu’à nous pourraient donner des éléments de réponses, hélas, elles sont l’affaire de linguistes de bibliothèque avares de leur science. 

Calendrier gaulois

Calendrier gaulois

Le peuple français s’est souvent divisé pour mieux se comprendre. Nous avons su que tout était affaire de dialogue et que notre dualisme apparent aboutissait à la résolution harmonieuse des contraires. Idéalisme chevaleresque et réalisme populaire. Légalité et révolte. Rationalité et imagination : pour Pascal l’imagination est « la folle du logis », pour Baudelaire c’est « la reine des facultés ». Poésie et prosaïsme. Anciens et Modernes. Tradition et modernité. Patriotisme et trahison. Ponts et Chaussées et Eaux et forêts… Pourquoi pas culture gréco-latine et héritage gaulois, voire francité et gallicité ? Le délire des formes de l’art gaulois s’ordonnant selon un impeccable lacis géométrique ne donne-t-il pas l’image d’une réconciliation  possible entre deux visions des choses opposées ? Qu’avons-nous à perdre à engager le dialogue avec une origine qui parle ? L’enjeu en est l’émergence de notre obscure identité française. Reprenons le débat, sans arrière-pensées. Ce n’est pas en reniant ce que nous avons foncièrement été que nous contribuerons à renforcer la nécessaire diversité des nations. Le bonheur des hommes a besoin de différence, non d’uniformité. Explorons notre différence ! Pour cela, ne rejetons pas notre secrète nuit intérieure. C’est un trésor. 

 Refoulés par la civilisation voulue par l’Église, les Rois et la République, les mythes des Gaulois ont perduré souterrainement. Ils gisent dans les contes et légendes, les vieilles chansons, chères à Nerval, les Vies édifiantes, les romans médiévaux et resurgissent dans nos rêves conformément à leur nature immortelle. Si bien qu’il est possible, en ces temps de perte des repères, d’offrir aux lecteurs ces chants premiers inspirés de l’iconographie antique continentale dont le reflet littéraire brille dans les vieux textes insulaires, irlandais et gallois. Ces récits mythiques, les voici restitués dans leur palpitation authentique. Il suffisait d’endosser le manteau du conteur.

 Voici des dieux qui ont laissé leurs noms aux terres gauloises, voici leurs exploits épiques, voici leurs figures mystérieusement familières, voici une mythologie toujours pressentie et enfin recouvrée et révélée. Le dieu qui incarne les Gaulois, Lougous Longue-Main, le protecteur de Vercingétorix, traceur de routes, accourt escorté des autres divinités. Le récit de ses aventures, divinement illustré par Jean Mineraud, inaugure la collection LES HOMMES-DIEUX aux Éditions de La Différence. Suivront Argantorota Grande-Reine, Cernounnos Torque-d’Or, Nodons Main-d’Argent, Gobannos Feu-Hardi, Ambactos Corps-Dévoué, Nectanos Gardien-des-Eaux, Ollouidios Roue-du-Monde.

  Jean-Paul Savignac

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Gaulois-Tène finale

« Lorsqu’un Européen conscient, de langue et de passeport français, se retourne sur son passé et considère son présent, c’est avec un sentiment de malaise, de colère et d’amertume. Colère devant la longue litanie des trahisons. Amertume devant tant de sacrifices passés, financiers et humains, en pure perte. Malaise devant une identité biaisée. Le sentiment est là d’avoir été dépouillé de son être profond pour être revêtu d’une caricature qu’on nous enlève enfin par un tour de bonneteau. On se réveille « français » en sachant que cela ne veut plus rien dire et que ce que cela a signifié dans le passé reposait en grande partie sur de multiples tromperies. C’est une situation presqu’unique en Europe : un Allemand, un Italien, un Espagnol, un Grec ou un Flamand peuvent toujours se dire : « Il est vrai que l’état présent de mon peuple, subverti de l’intérieur, est déplorable et que l’État politique qui me dirige est aux mains de la trahison. Mais tant qu’il y a des gens de sang allemand, italien, espagnol, grec ou flamand, nous pouvons puiser une énergie mobilisatrice dans nos racines nationales. Et, avec de la volonté et de la chance, nous pouvons inverser la tendance et créer du nouveau ». Un Français ne peut dire cela parce que ses racines nationales sont vérolées.
Nous avons cependant la chance d’avoir une identité de rechange pour peu que nous sachions la réactiver avec force et intelligence. Les allogènes le perçoivent confusément lorsqu’ils traitent les Français blancs de « Gaulois ». Dans leur bouche, c’est une insulte, mais sans le savoir ils nous donnent notre véritable identité. Et c’est une identité dont nous pouvons être fiers.(…)
Être Français aujourd’hui, cela a autant de valeur et d’intérêt que le franc CFA. Il suffit d’allumer la télévision sur n’importe quelle chaîne pour entendre des allogènes de toutes provenances se revendiquer Français. Allons nous batailler pour revendiquer face à eux le fait d’être les « vrais français » ? De par leur nombre et les lois qui les protègent, c’est une bataille perdue d’avance. Et, de toutes façons, dans cet héritage là il y a tant de fausses monnaies et de fausses valeurs que c’est temps perdu que de se battre pour lui. Et d’ailleurs, le meilleur de l’héritage français vient de beaucoup plus loin que la France elle même, des racines celtiques ou germaniques. Les allogènes veulent être français ? Et bien qu’ils le soient : nous, nous ne le sommes plus.
En effet, on peut devenir Français en adhérant à l’idée française, mais on naît Gaulois. C’est toute la différence et elle est énorme. Être Gaulois, c’est l’alliance indissoluble d’un sang et d’une culture. (…)
Cette identité gauloise possède plusieurs avantages. D’abord elle peut très difficilement être récupérée par les idéologies religieuses ou laïques issues du judéo-christianisme du fait de ses fondements ethniques et gentils *. Elle n’a donc pas été pervertie par l’usage qui a pu être fait de la francité aux époques moderne et contemporaine. Ensuite elle peut se définir comme l’héritage historique et culturel des influences indigènes européennes qui ont fertilisé le sol de la Gaule traditionnelle. La base en est bien sur l’influence celtique, première dans le temps si l’on met à part le substrat néolithique, qui reste aujourd’hui prépondérante en Bretagne. Puis il faut compter les influences grecque, latine, germanique et scandinave. Tout cela forme une identité plurielle (gallo-celte, gallo-grecque, gallo-romaine, gallo-germanique ou gallo-scandinave) mais à l’intérieur d’un même cadre Indo-Européen qui fixe les limites du pluri-culturalisme gaulois. Il n’y a donc pas de contradiction à s’affirmer Gaulois en s’exprimant en français, langue latino-germanique, héritée de l’histoire, avec de multiples mots aux racines celtiques et grecques.
Mais si l’identité gauloise mérite d’être réactivée pour modifier la donne en Gaule, il ne faut pas oublier, à l’ère de la mondialisation, de la replacer en même temps dans le contexte du devenir du monde blanc en général. »

Jean-Patric Arteault, in Terre & Peuple Magazine

(* « gentil » était la manière dont les Juifs de l’antiquité désignaient les européens païens.)

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Enfin ! Depuis le temps qu’on l’attendait …

Ce troisième et avant dernier opus de cette saga historique souligne l’importance de l’héroïne féminine : la princesse Névéna. Sa parure se devait d’être conforme aux données de l’archéologie. En témoigne son torque : collier rigide en bronze dont les trois anneaux ornés de trois boules caractérisent les aristocrates féminines des Sénons du 3e siècle. L’ouvrage nous plonge au cœur d’un monde gaulois toujours fidèlement reconstitué, les auteurs nous proposent ici un ouvrage où la fiction nous prépare à rejoindre le cours de l’histoire. A suivre donc…

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« La sagesse des druides sut rendre nos ancêtres insouciants, libres et joyeux. Le bien et le mal, selon les normes humaines, étant des concepts étrangers à la nature, les Celtes ignoraient toute notion de péché, de karma, de punition ou de récompense à recevoir dans l’Autre Monde. Malgré l’absence de ces freins théologiques, ils se conduisaient d’une manière qui suscitait l’admiration de leurs contemporains. Leurs défauts caractéristiques, vantardise, indiscipline, intempérance, semblaient véniels en comparaison de leurs incontestables qualités morales : honnêteté, loyauté, sens de l’honneur.

Les Celtes se savaient des dieux, des centrales d’énergie en relation étroite, amicale ou hostile, avec les autres forces de l’Univers. Cette connaissance réglait leur conduite. Chaque être, dieu, homme ou démon ayant une fonction particulière à remplir dans la Création, doit résister et lutter contre tout ce qui pousse à l’uniformité, au nivellement ; l’égalité n’existe pas dans la nature. L’individu a pour mission de mener à bien son propre épanouissement, sans avoir à refouler ses aspirations profondes, car la multiplicité et la différenciation sont indispensables à la bonne marche du monde.

La tradition celtique s’oppose aux dogmes qui condamnent et invoquent contre les éternels rebelles à toute dictature, vengeance, châtiment, damnation. Elle contredit les doctrines pernicieuses qui osent proclamer : bienheureux les imbéciles, les malades, les crasseux, les paumés, les ignares ! Anathème sur la beauté, la richesse et la supériorité intellectuelle ! »

Raimonde Reznikov. Les celtes et le Druidisme. Dangles.

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« Les druides ont du jouer un rôle prépondérant dans l’expression gauloise du politique. L’association constante chez eux des questions philosophiques, morales et religieuses avait produit une conception des règles de la vie en société qui se rapprochait, par bien des aspects, de ce que les Grecs ont inventé, l’art de gouverner. C’est certainement à leur influence qu’il faut attribuer les réticences des Gaulois à toute forme de monarchie et de tyrannie. Ces dernières n’ont pu être jugulées que par la mise en place de contre-pouvoirs, de nature aristocratique certes, mais suffisamment diversifiés pour assurer la défense de tous les citoyens, ceux de la plèbe notamment. César, reprenant Poseidonios, écrit à propos des partis : « il y a là une institution très ancienne qui semble avoir pour but d’assurer à tout homme de la plèbe une protection contre plus puissants que lui : car le chef de faction défend ses gens contre les entreprises de violence ou de ruse et, s’il lui arrive d’agir autrement il perd tout crédit. » Si l’on en croit ces deux auteurs qui, sur ces points, méritent toute notre confiance, un tel système suppose que tout citoyen, même le plus humble, devait appartenir à une faction. Plus ou moins directement, chacun devait participer à la vie politique. Cela nous éloigne considérablement de l’image caricaturale des Gaulois, barbares toujours prêts à suivre le dernier à avoir parlé. »

Jean-Louis Brunaux. Les Gaulois. Guide Belles Lettres.

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Le site d’une association qui œuvre pour faire découvrir la vie gauloise, artistique, artisanale, martiale ; reconstituer un habitat environ du 1er siècle avant notre ère :
la bienvenue et longue vie !
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Dans leurs « Éphémérides nationalistes », Emmanuel Ratier et Patrick Parment donnent aujourd’hui comme date anniversaire du signal général de la révolte des Gaulois de Vercingétorix, en -52, contre les envahisseurs Romains, par le massacre de commerçants étrangers à Cenabum (Orléans).

« Elle entrebâilla la porte et vit arriver du bout de la rue une foule de guerriers agitant leurs armes en l’air en criant : « Mort aux Romains ! » A leur tête marchait d’un pas lent et calme le grand druide Cotuatos, revêtu comme pour une procession de sa tunique blanche brodée d’argent et son long manteau, mais tenant une lance à la main, et, un peu en retrait, l’épée nue, le grand chef des Carnutes, le colosse aux farouches moustaches rouges, Conconnétodumnos. On reconnaissait dans la troupe vociférante les guerriers de son clan, désignés par leurs tuniques ocre quadrillées de vert et de brun, ceux de Catuviros aux vêtements rayés de rouge et de bleu, ceux d’Uronertos, en damier jaune et noir, de Suvritus, de Vellaunos. Il y en avait d’autres qu’Anipa n’identifiait pas. Elle ouvrit la porte toute grande et invita le reste de la famille à la rejoindre sur le seuil.

– Mort aux Romains ! Leur cria un des hommes de Conconnétodumnos qui passait devant eux.

– Mort aux Romains ! Répondirent-ils d’une seule voix. »

Yann Brekilien, La louve et le sanglier. Éditions du Rocher.

… et si on remettait ça ? Bon, sans les Romains cette fois, mais on n’aurait aucun mal à trouver quelques envahisseurs, non ? … après tout, on peut rêver…

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On a souvent tendance à ne voir dans le barde qu’une sorte de troubadour dont le rôle se serait altéré au fil du temps jusqu’à devenir un simple poète de cours dont la fonction n’aurait plus rien de sacré. Et pourtant, selon Jean-Louis Brunaux (« Les Gaulois ». Guide Belles Lettres des civilisations) les bardes « sont en réalité de véritables chantres sacrés. Strabon, toujours concis, dit qu’ils sont « des panégyristes et des poètes ». Ammien Marcellin ne retient qu’une de leurs fonctions : « [ils] chantaient aux doux accents de la lyre les actes les plus remarquables des hommes illustres, dans des compositions aux vers héroïques ». Diodore est plus précis : « .il y a chez eux des poètes lyriques qu’ils appellent « bardes ». Ces derniers, avec des instruments semblables à des lyres, évoquent ceux qu’ils louangent ainsi que ceux qu’ils raillent. » De ces témoignages on pourrait conclure que les bardes avaient pour mission quasi exclusive d’évoquer dans des chants les grands personnages pour en faire soit le panégyrique soit la satyre. Un tel tableau les ferait passer pour des sortes de troubadours attachés à quelque cour. Or ils sont tout le contraire. Leur parole est sacrée. C’est elle qui fixe les actes des hommes dans la mémoire collective, qui leur donne un sens positif ou négatif s’adressant non seulement aux vivants mais aussi directement aux dieux. Lucain a gardé un exemple de leurs pouvoirs incommensurables (« par vos louanges vous [les bardes] sélectionnez les âmes vaillantes de ceux qui périrent à la guerre pour les conduire à un séjour immortel »). En fait la place des bardes dans la société est comparable à celle des druides. Georges Dumézil la décrit de cette manière : « Chefs d’école, dépositaires et administrateurs de la tradition épique, … juges du mérite et du démérite des vivants et des morts qu’ils fixent dans leurs chants, magiciens habiles aux bénédictions et aux malédictions, ils forment à côté des druides une corporation non moins prestigieuse et souvent rivale. » Les bardes qui vantaient la vertu guerrière et prônaient des valeurs héroïques, étaient installés dans la société celtique depuis fort longtemps, si ce n’est depuis toujours parce qu’ils en étaient une composante indispensable. Ils durent être tout d’abord ceux que Marcel Détienne appelle des « fonctionnaires de la souveraineté », des individus situés à mi-chemin entre les prêtres et le peuple qui seuls pouvaient légitimer l’exercice du pouvoir par quelques-uns. »

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« La religion gauloise était insérée dans les circonstances de la vie individuelle et collective. Les croyances n’avaient pas un caractère intellectuel mais au contraire pragmatique. Elles avaient pour origine et pour objet tout à la fois ce qui touchait aux circonstances de l’existence. Ces hommes qui se mouvaient dans le quotidien, avaient les yeux tournés vers le ciel. C’est pourquoi le cycle solaire rythmait leurs activités qu’ils transcendaient dans une perspective cosmique. L’existence de chaque individu constituait un cycle qui s’inscrivait dans le mouvement général du monde. Ses différentes phases aussi bien que chacun de ses actes s’intégraient dans l’ensemble des réalités que son esprit, ou, pour mieux dire, son âme, élevait au niveau d’une mystique. Intégration dans le temps et dans l’infini.

Intégration également dans l’espace. Les croyances étaient enracinées dans des lieux. Ces derniers servaient de cadre à la vie quotidienne. Certains d’entre eux étaient choisis comme temples, c’est à dire emplacement de pratiques, de rencontres entre l’homme et le surnaturel. Ils étaient des signes, c’est à dire des sacrements, capables de réaliser mystérieusement ce qu’ils représentent de façon visible. Ils servaient enfin de lien entre les forces naturelles et celles des hommes. Ceux-ci domestiquaient celle-là montrant ainsi qu’ils n’attendaient pas avec passivité les bienfaits célestes mais que par l’union entre la nature et leur travail, ce dernier était en quelque sorte sanctifié. »

Etienne Renardet, Vie et croyances des Gaulois avant la conquête romaine. Picard.

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