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 » Les comparaisons que l’on a pu faire entre le plus complet et le plus expressif des monuments religieux de la période indépendante gauloise, le chaudron de Gundestrup, et les plus anciens documents gallo-romains (le pilier des Nautes de Paris, la triade de Saintes, le pilier de Mavilly) ont permis de restituer un cycle mythologique gaulois.

chaudron-de-gundestrup

Le récit légendaire ainsi reconstitué met en scène une grande déesse-mère qui est le personnage principal et qui épouse successivement le dieu du ciel, Taranis, et le dieu de la terre, Esus. Ce dernier apparaît, suivant les saisons, tantôt sous une forme humaine et sous le nom d’Esus, tantôt sous la forme d’un personnage hybride, moitié homme moitié cerf, Kernunnos.

En tant qu’Esus, le dieu est celui de la végétation et l’époux printanier de la déesse-mère ; en tant que Kernunnos, il est le dieu de l’Autre Monde, des morts et de la richesse. Il est devenu, à la fin de l’hiver, l’amant de la déesse-mère qui a quitté Taranis et ses chiens redoutables pour le rejoindre sous la terre. Encouragé et soutenu par la déesse-mère, le compagnon et protecteur d’Esus, le héros Smertrius, qui a été assimilé à l’Hercule romain, tue le molosse de Taranis, suivant un mythe qui rappelle le triomphe d’Héraclès sur le lion de Némée ou sur Cerbère.

Pour se venger, le dieu du ciel envoie un autre chien contre la déesse-mère et la transforme, elle et ses deux acolytes, en trois grues. Celles-ci recouvrent la forme humaine grâce à Hercule-Smertrius qui sacrifie, pour assurer leur nouvelle métamorphose, les trois taureaux divins découverts par les Dioscures avec l’assistance d’Apollon.

Smertrius aura également permis à Kernunnos, par le sacrifice d’un cerf, de revenir sous la forme humaine afin de retrouver la déesse-mère et de l’épouser.

Il s’agit là d’un cycle mythologique qui commandait les fêtes saisonnières, chacun des épisodes étant célébré à date fixe par des cérémonies religieuses. Quelques textes de la fin de l’Antiquité et du haut Moyen Âge renseignent sur les coutumes païennes des fêtes calendaires, notamment sur les déguisements en cerfs et en biches, ainsi que sur certains usages du folklore.

Chacune de ces fêtes saisonnières correspondait à un épisode de la légende. Ainsi, la célébration de la descente de la déesse-mère et de ses compagnons aux enfers trouve son prolongement dans des usages locaux du réveillon de Noël, comme la « nuit des Mères » célébrée en Rhénanie au cours du haut Moyen Âge (la famille passait la nuit en réjouissances ; autour de la table de festin étaient ménagées trois places destinées aux mères pour qu’elles s’y asseyent et prennent part au festin).

D’autre part, le sacrifice du cerf et le retour d’Esus sur la terre étaient célébrés par des mascarades et des danses, qui se sont d’ailleurs perpétuées jusqu’à nos jours dans les fêtes du carnaval : hommes et femmes se déguisaient en taureaux et en génisses, ou en biches et en cerfs, et se livraient à des danses plus ou moins lascives pendant des jours entiers. C’était pour célébrer la renaissance d’Esus. Il n’est pas jusqu’à l’hiérogamie d’Esus, succédant au sacrifice des taureaux et figurant sur le pilier des Nautes de Paris, qui ne trouve son correspondant inattendu dans les festivités, encore vivantes au début du XXe siècle, de la mi-carême parisienne, avec sa cavalcade, son bœuf gras et sa reine des reines.

pilier-des-nautes

Cette théorie jette une vive lumière sur un grand nombre de figurations religieuses gauloises et gallo-romaines, et permet de retrouver la continuité du fonds celtique, car certaines représentations datant du premier âge du fer (Hallstatt) et du deuxième âge du fer (La Tène) se rapportent manifestement aux mêmes rites et aux mêmes usages : sacrifices de cerfs, représentés sur des situles hallstattiennes (seaux en bronze) d’Italie du Nord ; sacrifices de taureaux figurant sur des vases gravés de la zone hallstattienne ; rassemblements armés en l’honneur d’une grande déesse représentés sur le chariot de Strettweg (Carinthie) ; gravures du Val Camonica représentant Kernunnos. « 

Jean Jacques Hatt : « Mythes et Dieux de la Gaule »

Dans son interprétation du chaudron de Gundestrup, Jean-Jacques Hatt a pu élaborer le schéma du mythe représenté:
A certains moments de l’année, Rigani la grande Déesse, épouse de Taranis était reine du ciel. Puis elle descendait aux « enfers » (c’est le mot employé par Hatt mais perso je préfère « Monde d’en bas » ou « Autre monde » à cause des « images » qu’on attache aux « Enfers »), accompagnée de deux compagnes pour retrouver son second fiancé et futur époux Esus, alors sous la forme de Cernunnos. La jalousie et la fureur de Taranis les transformaient en grues. Dans la suite le sang des taureaux sacrifiés leur permettait de retrouver leur forme « humaine ». Rigani épousait Esus, revenu sur la terre. Mais un peu plus tard elle allait de nouveau retrouver Taranis et Esus redevenait Cernunnos.
Ainsi de suite, ce mythe comportait un cycle saisonnier de pérégrinations et de métamorphoses.
Le souvenir attaché à la descente aux enfers de la déesse est conservé la nuit des Mères (24-25 décembre)

La question est de savoir qui sont ces deux autres déesses… selon Yves Kodratoff dans son livre sur « les Runes » :  » l’analyse de Hatt du chaudron de Gundestrup décrit la grande déesse Celte Rigani, accompagnée de deux déesses servantes, descendant du ciel sur terre au solstice d’hiver. Rigani devient alors la déesse des morts pour un certain temps ». Outre le fait que la déesse ne descend pas du sur terre mais dans le Monde d’en bas, Kodratoff, qui est un nordisant, est le seul à employer les mots « déesses servantes » … je n’ai en ce qui me concerne, jamais entendu dire qu’il puisse exister des déesses « servantes » dans la mythologie ou le panthéon celtes.
Hatt, quant à lui, n’emploie que les mots « mères », « compagnes » et « acolytes » ce qui ne présente aucune idée de subordination.
Même si les trois déesses sont très individualisées et présentées comme distinctes les unes des autres, il est aussi possible que la déesse Rigani soit ici envisagée sous son triple aspect car on sait en effet qu’en Gaule la Grue Sacrée représente la Déesse Mère triple, la force créatrice du monde. De même les déesses-mères ou/et les matronae sont souvent représentées par deux ou par trois …
rigani-grues.jpgUn détail m’intrigue aussi, c’est la plaque où figurent les trois déesses: Hatt souligne que « les deux grues en haut de la plaque représentent l’aboutissement de la métamorphose des deux acolytes de la déesse »… mais qu’en est-il de la grande déesse ? pas de grue pour elle, il n’y en a que deux sur la plaque… où voir l’aboutissement de sa métamorphose à elle ? on ne le voit pas sur le Chaudron en fait, il faut le chercher ailleurs car il faut savoir que Hatt ne fait pas reposer sa thèse uniquement sur le chaudron de Gundestrup mais la fait découler également d’un bas relief du Mont Berny, d’un bas relief de Vendeuvres, d’un relief sur terre sigillée de Boucheporn, d’aediculae de Mayence et d’ailleurs, de l’autel de Saintes, des piliers des Nautes de Paris, et d’un certain nombre d’autres monuments ce qui la rend d’autant plus crédible même si, dans les milieux dits « autorisés », on ne s’est pas privé de la critiquer…

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