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« C’est une dure mais juste loi que celle qui rend les peuples responsables des actes de leurs chefs : car les peuples ont les moyens de ne pas laisser à leurs chefs l’autorité, comme les chefs ont le devoir de gouverner s’il le faut contre les goûts de leurs peuples. Les peuples ont les gouvernements qu’ils méritent. On nous dit quelquefois : « Les peuples sont des enfants. Si les Français avaient d’autres maîtres, vous verriez comme ils changeraient vite… » Nous ne sommes pas insensible à cette raison, et elle nous touche particulièrement quand nous l’entendons, comme il nous arriva, dans la bouche de personnes très humbles; nous y sommes si peu insensible que bien des fois nous avons exprimé notre surprise que, conduit et inspiré comme il l’est, le peuple français eut encore tant de vertus. Mais enfin ces hommes et ces femmes sont traités en adultes, et non en enfants : les hommes votent, les hommes et les femmes témoignent en justice, ont autorité sur leur progéniture, et. S’ils n’exigent que pour de petits intérêts sordides et jamais pour autre chose (à l’exemple de ces mutilés de guerre qu’on n’a jamais vu exiger de façon efficace, lorsqu’il s’agissait des affaires de la France mais qui ont bien su le faire une fois -en barrant la circulation sur les grands boulevards, de leurs petites voitures!- lorsqu’il s’est agi d’une augmentation de leurs pensions) s’ils acceptent tout sans haut-le-cœur, s’ils ne vomissent ni la vulgarité, ni la bassesse, ni la bêtise, ni les bobards dont on les gave, eux aussi sont coupables. S’ils souffrent le mal, c’est qu’ils n’en souffrent pas. Gouvernants, parlement, nation, nous nous refusons à distinguer. Le parlement, c’est la France. Elle a envoyé là ceux qu’elle préférait. Ce qui se passe au Conseil des ministres, c’est ce qui se passe au Café du Commerce. Tout le monde est solidaire et complice. »

Henry de Montherlant. L’Équinoxe de septembre.

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« Dans cette France d’aujourd’hui, tout élan qui s’élève, brusquement fauché, comme les bondissants fils électriques, quand le train galope, rabattus par un poteau stupide. Une nation où tout ce qui est grand et spontané est tenu pour suspect ; où, chaque fois qu’on voudrait intervenir contre quelque chose d’ignoble, on ne le peut, parce qu’on s’aperçoit que la majorité est complice… »

Henry de Montherlant. L’Équinoxe de septembre. Gallimard

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journaux

« On cherchait un titre pour un nouveau quotidien. Je dis à quelqu’un de la future rédaction :
– Je n’ai aucune idée. En revanche, je puis vous suggérer un titre qui coulerait immédiatement votre journal. Fonds secrets, relations, valeurs professionnelles, rien n’y ferait. Il ne pourrait même pas « partir ».
– Vraiment ! Quel titre ?
– Appelez-le L’Honneur. »

 

Henry de Montherlant . Service inutile. Grasset.

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« Depuis près d’un siècle, on injecte à notre peuple une morale où ce qui est résistant est appelé « tendu », où ce qui est fier est appelé « hautain », où l’indignation est appelée « mauvais caractère », où le juste dégoût est appelé « agressivité », où la clairvoyance est appelée « méchanceté », où l’expression de ce qui est est appelé « inconvenance », où tout homme qui se tient à des principes et dit non, est décrété « impossible », où tout homme qui sort du conformisme est « marqué » (comme on dit dans le langage du sport) ; où la morale se réduit presque uniquement à être « bon », que dis-je, à être « gentil », à être aimable, à être facile ; où la critique se réduit à chercher si on est moral, et moral de cette morale là. Avec cela le christianisme ou ses séquelles, l’humanitarisme, le pacifisme, l’irréalisme, la place donnée aux « affaires de cœur », un énervement systématique et sans cesse plus accentué de la justice, et vous aurez la morale, je veux dire la glaire horrible déglutie par l’école, par le journal, par la radio, par le ciné, par la tribune et par la chaire et dans laquelle baigne et marine notre malheureux peuple depuis nombre de générations. Étonnez vous, après cela, qu’il flanche, pour le petit et pour le grand ! Encore un siècle de la Bible et de la morale de Hollywood, et nous verrons si les États-Unis qui tiennent bon jusqu’à présent grâce à la vigueur et à la jeunesse de leur race, ne flancheront pas eux aussi. »

Henry de Montherlant, L’Equinoxe de septembre. Gallimard.

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20 avril 1868 : Charles Maurras
20 avril 1889 : Adolf Hitler
20 avril 1895 : Henry de Montherlant

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Je me souviens encore, le 21 septembre 1972, jour de l’Équinoxe d’Automne, avoir entendu à la radio annoncé le suicide de Montherlant : d’une capsule de cyanure et d’une balle de revolver dans la bouche, pour être sur… Il avait laissé un mot « je deviens aveugle, je me tue ».

Le même jour, Gabriel Matzneff écrit dans son « Journal »:

« 9 h.15. Le téléphone sonne. C’est Montherlant. Longue conversation. Nous parlons de ma décision de divorcer, de mes vertèbres qui jouent des castagnettes, puis il enchaîne sur  » Nous n’irons plus au Luxembourg ».

– c’est le dernier livre que j’ai lu. Vous me l’auriez envoyé trois jours plus tard, je ne pouvais plus le lire à cause de ce voile sur l’œil. Je vous téléphone parce que je veux vous en parler et que je ne sais si nous pourrons nous voir avant longtemps.

Ce qui le touche le plus ce sont les pages sur Sophie, sur Dulaurier (« votre vieux bonhomme »), sur l’hôpital Cochin; celles où je montre Dulaurier songeant à se donner la mort tel Pomponius Atticus, son idole.

– A la fin du roman, votre Dulaurier semble guéri, mais moi, mon mal est sans remède. Je suis presque aveugle. Quand j’aurai la certitude que ce voile noir ne se dissipera pas, je ferai comme notre ami Atticus.

Il a moins accroché à la partie Grancéola, diététique.

Il évoque l’indifférence de l’être pour l’être.

– Les gens se foutent que vous soyez malade, que vous souffriez. Oui les vivants se foutent des malades, ils ne les comprennent pas.

« Les vivants » au lieu de « les bien-portants ». Lapsus significatif. La maladie, antichambre de la mort; irruption de la mort dans la vie. »

Ce n’est que deux jours plus tard que Matzneff apprendra la mort de Montherlant et comprendra que « son appel était un adieu (…) un dernier geste amical pareil à celui que fait du pont d’un bateau quelqu’un qui s’embarque pour la haute mer à un proche resté seul sur le quai ».

Les cendres d’ Henry de Montherlant ont été dispersées à Rome sur le Forum, entre les pierres du temple de Portunus (ou temple de la Fortune virile) et dans le Tibre, par Jean Claude Barat, son légataire universel et Gabriel Matzneff.

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