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Henri Béraud est mort le 24 octobre 1958.

« Le nom même de Béraud reste lié à toute une époque disparue du journalisme, une époque où l’on n’envoyait pas n’importe qui, pour cinq minutes, aux quatre coins du monde, où les retours à Paris se faisaient dans la joie et les festins de l’amitié (…). Béraud est un attachant témoin. Devenu polémiste, il ne cessa de faire pendant la dernière guerre ce qu’il avait fait toujours : attaquer l’Angleterre à propos de n’importe quoi. Cela lui valut une ahurissante condamnation à mort. Béraud fut gracié, puis libéré à la nuit tombée, dans l’île de Ré, par des geôliers qui le croyaient à peu près mort. La douleur lui avait pris sa plume et son papier ».

Kléber Haedens, Une histoire de la littérature française.

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« Drieu la Rochelle disait que l’Action Française avait créé le mouvement littéraire le plus important d’Europe, avec léon daudetcelui de la Nouvelle Revue Française, pendant le premier tiers du XXe siècle. L’Action Française a groupé en effet autour de Charles Maurras, quelques-uns des meilleurs écrivains de notre temps et, tout d’abord, Léon Daudet (1868- 1er juillet 1942). A vrai dire, Léon Daudet a un peu trop ébloui ses contemporains par ses dons jupitériens de polémiste, par le massacre joyeux des crétins, des traîtres, des routines, des conventions et des dessus de pendule auquel il se livrait chaque matin. Léon Daudet, qui avait été élevé dans l’entourage de son père, Alphonse, par la IIIe République naissante, devint promptement un homme populaire dont les faits et gestes se trouvaient guettés avec une égale avidité par ses amis et ses adversaires. L’éclat de sa vie publique a un peu nui à sa réputation d’écrivain. Il est vrai que son évasion de la Santé a été un moment savoureux dans l’histoire de la IIIe République. Mais Léon Daudet député, Léon Daudet duelliste, Léon Daudet exilé, Léon Daudet grand orateur et grand politique n’est pas l’homme qui nous retient ici. Au delà du vivant déchaîné, il faut voir l’écrivain dont on n’a pas toujours compris la valeur..
La part la plus inégale dans son œuvre est celle du romancier. Il ne faudrait pas cependant la condamner trop vite à l’oubli (…) Mais Léon Daudet critique littéraire n’a pas son pareil. Il se trouve également à l’aise parmi les vivants et parmi les ombres. (…) Avec cela libre, indépendant, ne cherchant jamais à contraindre, toujours prêt à saluer le talent chez ses pires ennemis, dépourvu de tout esprit de parti, mettant son autorité au service du beau avec une générosité inépuisable, Léon Daudet est le premier critique littéraire de son temps.

Que dire du mémorialiste ? Il est de la lignée du cardinal de Retz et de Saint Simon. En quatre mots saisissants, d’une cocasserie inimitable, il peint un homme au physique et au moral, lui rendant son souffle, son allure, les plis et la couleur de ses vêtements, ses tics, ses manies et jusqu’au son de sa voix. La série des Souvenirs Littéraires, les deux volumes de Paris Vécu, ouvrages mouvementés, passionnés, pathétiques, pleins d’intelligence, de culture et d’une gigantesque drôlerie, gardent la chaleur de toute une époque, avec ses lumières et ses parfums, ses jours et ses nuits, ses personnages ridicules, falots ou grandioses, et les rues de Paris, le ciel de Paris, tout ce qui fait le plaisir et la douleur de vivre. Chaque mot devient la sensation même. C’est un style qui passe »

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Kléber Haedens : Une histoire de la littérature française.

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mac-orlan

Dans le Petit Manuel qu’il lui consacre, Pierre Mac Orlan avance que le parfait aventurier est celui qui voyage et vit des aventures du fond de son fauteuil par la force de son imagination… Si c’est vrai, le temps de la lecture de ses livres, il a fait de moi cet aventurier parfait avec ses personnages qui ont peuplé mon enfance. Je pense, là, à « la Bandera » et à la peinture qu’il y fait de la Légion espagnole, aux histoires de pirates du « Chant de l’Equipage », d’ « À bord de l’Etoile Matutine », et surtout de « l’Ancre de miséricorde », formidable roman d’initiation dont, aujourd’hui encore, je ne peux pas regarder la couverture (avec son fumeur de pipe en terre) sans retrouver une foule de sensations et d’odeurs qui me ramènent un paquet d’années en arrière…J’étais moins sensible au « Quai des Brumes » et ce n’est pas le « t’as d’beaux yeux, tu sais » qui me reste du film, mais la brève apparition de Léo Malet comme figurant …


Kleber Haedens a raison, qui dit de Mac Orlan qu’il est « un véritable sourcier de l’aventure, car sans sortir de chez lui, il la fait naître des images brumeuses et désolées qui l’entourent, dans le halo du « fantastique social ». Il la rencontre quand il le veut dans quelques villes prédestinées, d’Anvers à Rouen, de Honfleur à Rochefort, sans oublier Londres et Paris (…) Mac Orlan, dans son voyage immobile, se tient prêt à fréquenter les ports, les légionnaires, les gentilshommes de fortune, le cabaret breton de la côte, toujours prêt à boire le dernier verre au Bar de la Dernière Chance avec les filles et les pilleurs d’épaves ».

Alors, en cette fine compagnie, Buvons :  Mac Orlan est né il y a très exactement 127 ans, le 26 février 1882.

Lucien Rebatet: « les Deux Etendards ». Gallimard

Dans son « Histoire de la Littérature Française », Kléber Haedens estime que « les Deux Etendards » de Lucien Rebatet, est beaucoup trop long, « alourdi par des discussions théologiques entre deux jeunes provinciaux un peu niais ». personnellement je trouve Haedens un peu dur, car les deux personnages ne sont pas si niais que ça et s’entretiennent de sujets dont, à l’époque de la lecture, je me délectais, avide de me repaître de tout ce qui pouvait conforter mon anti-christianisme. Car à mon sens, les Deux Etendards sont conçus comme une violente et terrifiante entreprise de démolition du christianisme … si tant est qu’on puisse résumer ce bouquin de 1300 pages, écrit en prison, voilà ce qu’on peut lire en 4ème de couverture :

« Michel est un garçon de vingt ans, ancien élève des Pères, ardent, intelligent et pauvre qui débarque à Paris dans les années vingt pour y terminer ses études. Il découvre Paris : musique, peinture, théâtre, littérature, et le plaisir. Il y a de quoi l’enivrer quand intervient un événement qui le fait changer de direction. Son ami Régis, demeuré à Lyon, lui apprend qu’il veut devenir prêtre, et même jésuite, et en même temps qu’il aime une jeune fille nommée Anne-Marie. Quand Régis entrera au Séminaire, Anne-Marie commencera son noviciat dans un ordre féminin. L’évocation de l’amour mystique et pur, mais brûlant qui les unit bouleverse si bien Michel qu’il tombe à son tour amoureux d’Anne-Marie sitôt qu’il la rencontre. Le seul moyen de rejoindre Anne-Marie lui paraît être de rejoindre à la fois Régis et Anne-Marie dans leur aventure spirituelle. Michel essaie donc de se convertir mais vainement. Il n’ose pourtant avouer la vérité et son amour à Anne-Marie que le jour où Anne-Marie et Régis se séparent. La soumission de Régis à un ordre purement extérieur paraît à Anne-Marie une trahison. Elle se rejette vers Michel, et se laisse finalement enlever par lui. Mais Michel est un être à qui la terre suffit, Anne-Marie une de ces créatures qui sont perdues lorsqu’elles ont perdu leur Dieu . Après un étonnant voyage en Italie et en Turquie , où des lettres de Régis disputent Anne-Marie pourtant amoureuse à l’amour de Michel, tout semble sur le point de s’arranger. Les familles sont prêtes à marier les jeunes gens. Mais Anne-Marie refuse et rompt avec Michel. Elle ne retrouvera pas la foi, cependant elle en garde la nostalgie, et la marque profonde. Elle dit elle-même que le christianisme est une « drogue », mais qu’elle en a pris « une trop forte dose » et « qu’elle ne s’en remettra jamais ». Régis et son Dieu triomphent, mais sur les ruines de tout bonheur humain ».

dans ces conditions, non, je ne crois pas que les discussions théologiques soient superflues, mais au contraire servent à rendre compréhensibles les démarches des différents personnages, qui ont pour habitude de siffloter les premières mesures du Sigfried de Wagner pour se reconnaître (la musique est aussi l’un des thèmes importants du livre) et pour ainsi dire éclairent leurs respectives visions du monde tout en les préservant, justement, de cette niaiserie dont Kléber Haedens les accuse… Je n’ai, en revanche, rien à objecter à la suite de la critique :

« ce livre raconte avec une fougue splendide l’aventure d’un esprit, la création d’un être qui se heurte à toutes les tentations de la pensée et de la vie. La peinture de la vie lyonnaise, la satire terriblement efficace des milieux catholiques et bourgeois, certaine poursuite d’une jeune fille sur les pavés nocturnes couronnés par des scènes d’un érotisme prodigieux, les allées et venues frénétiques de l’auteur, ses emportements, ses éclats de rire furieux, tout cela s’installe dans la mémoire et y subsiste avec une extraordinaire netteté ».

Personnellement, je classe ce livre fabuleux parmi les chef-d’oeuvres de la littérature du XXè siècle.

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