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« Quand il y a une naissance dans ma famille ou chez mes amis, je ne puis regarder ce bébé de chez nous sans songer à ce qui se prépare pour lui dans l’incurie des « gouvernances » et qu’il lui faudra affronter dans son âge d’homme…

Sans compter que les « Français de souche » (FDS), matraqués par le tam-tam lancinant des droits de l’Homme, de « l’accueil à l’ autre », du « partage » cher à nos évêques, etc., encadrés par tout un arsenal répressif de lois dites « antiracistes », conditionnés dès la petite enfance au « métissage » culturel, comportemental et biologique, aux impératifs de la « France plurielle » et à toutes les dérives de l’antique « charité chrétienne », n’auront plus d’autres ressources que de baisser la tête et les bras et de se fondre sans moufter dans le nouveau moule « citoyen » du Français de 2050.

Ne désespérons tout de même pas !  Assurément, il subsistera ce qu’on appelle en ethnologie des « isolats », de puissantes minorités, peut-être une quinzaine de millions de Français – et pas nécessairement tous de race blanche – qui parleront encore notre langue dans son intégrité à peu près sauvée et s’obstineront à rester imprégnés de notre culture et de notre histoire telles qu’elles nous ont été transmises de génération en génération. Mais cela ne leur sera pas facile. Face aux différentes « communautés » que l’on voit se former dès aujourd’hui sur les ruines de l’intégration (ou plutôt sur son inversion progressive puisque c’est nous qu’on intègre à « l’autre » à présent et non le contraire !) et qui, en 2050, seront définitivement et sans doute institutionnellement installées, il s’agira en quelque sorte d’une communauté de la pérennité française.

Celle-ci s’appuiera sur ses familles, sa natalité, son endogamie de survie, ses écoles, ses réseaux parallèles de solidarité, peut-être même ses zones géographiques, ses portions de territoire, ses quartiers, voire ses places de sûreté et, pourquoi pas, sa foi chrétienne et catholique, avec un peu de chance si ce ciment-là tient encore (ce dont nous doutons sérieusement). Mais cela ne plaira pas. Le clash surviendra à un moment ou à un autre. Quelque chose comme l’élimination des koulaks par des moyens légaux appropriés.

Et ensuite ?   Ensuite la France (ou plutôt ce qu’il en restera !) ne sera plus peuplée, toutes origines confondues, que par des « bernard-l’ermite » qui vivront dans des coquilles abandonnées par les représentants d’une espèce à jamais disparue qui s’appelait le « peuple français ». Il existe une seconde hypothèse que je ne saurais formuler autrement qu’en privé et qui nécessiterait auparavant que je consultasse mon avocat. C’est que les derniers isolats résistent jusqu’à s’engager dans une sorte de reconquista sans doute différente de l’espagnole mais s’inspirant des mêmes motifs. Il y aurait un roman périlleux à écrire là-dessus. Ce n’est pas moi qui m’en chargerai, j’ai déjà donné. Son auteur n’est probablement pas encore né, mais ce livre verra le jour à point nommé, j’en suis sûr…

Ce que je ne parviens pas à comprendre et qui me plonge dans un abîme de perplexité navrée, c’est pourquoi et comment tant de Français avertis et tant d’hommes politiques français concourent sciemment, méthodiquement, je n’ose dire cyniquement à l’immolation d’une certaine France (évitons le qualificatif d’ « éternelle » qui révulse les bonnes consciences) sur l’autel de l’humanisme utopique exacerbé. .

Je me pose la même question à propos de toutes ces associations omniprésentes de droits à ceci, de droits à cela et toutes ces ligues, ces sociétés de pensée, ces officines subventionnées, ces réseaux de manipulateurs infiltrés dans tous les rouages de l’Etat (éducation, magistrature, partis politiques, syndicats, etc.), ces pétitionnaires innombrables, ces médias correctement consensuels et tous ces intellectuels qui, jour après jour et impunément inoculent leur substance anesthésiante dans l’organisme encore sain de la nation française. Même si je peux, à la limite, les créditer d’une part de sincérité, il m’arrive d’avoir de la peine à admettre que ce sont mes compatriotes.

Je sens poindre le mot « renégat », mais il y a une autre explication : ils confondent la France avec la République.

Les « valeurs républicaines » se déclinent à l’infini mais sans jamais faire référence à la France. Or, la France est d’abord une patrie charnelle. En revanche, la République, qui n’est qu’une forme de gouvernement, est synonyme pour eux d’idéologie (idéologie avec un grand « I »), l’idéologie majeure. Il me semble, en quelque sorte, qu’ils trahissent la première pour la seconde.

Parmi le flot de références que j’accumule en épais dossiers à l’appui de ce bilan, en voici une qui, sous des dehors bon enfant, éclaire bien l’étendue des dégâts. Elle est extraite d’un discours de Laurent Fabius au congrès socialiste de Dijon, le 17 mai 2003 : « Quand la Marianne de nos mairies prendra le beau visage d’une jeune française issue de l’immigration, ce jour-là, la France aura franchi un pas en faisant vivre pleinement les valeurs de la République… ».

Puisque nous en sommes aux citations, en voici deux, pour conclure : « Aucun nombre de bombes atomiques ne pourra endiguer le raz de marée constitué par les millions d’êtres humains qui partiront un jour de la partie méridionale et pauvre du monde pour faire irruption dans les espaces relativement ouverts du riche hémisphère septentrional, en quête de survie » (Président Boumediene, mars 1974). Et celle-là, tirée du XXe chant de l’Apocalypse :

« Le temps des mille ans s’achève. Voilà que sortent les nations qui sont aux quatre coins de la terre et qui égalent en nombre le sable de la mer. Elles partiront en expédition sur la surface de la terre, elles investiront le camp des saints et la ville bien-aimée ».

Jean Raspail

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« – Si on chantait ? Dit le colonel.
Il avait enlevé son masque et respirait l’air frais, par la portière, avec les mimiques réjouies d’un gastronome comblé. Le camion grimpait allègrement, dans les vignes, la petite départementale sinueuse. A chaque tournant, le Village brun, là-haut, se rapprochait.
– Mon Dieu ! Que cela sent bon ! Reprit-il. On ‘est de nouveau chez nous. Il ne s’est rien passé. Alors ! Qu’est-ce qu’on chante ?
– La Marseillaise, peut-être…, proposa comiquement le secrétaire d’État.
A l’intérieur du camion, l’armée fut prise de toux violente, gloussements et hoquets divers. Entre hussards et commandos de marine, un concours à qui rirait le plus fort. Qu’on ne croie pas qu’ils se forçaient, non. Pas d’affectation amère. Une franche rigolade, simplement. Délivrés de tout, ils se marraient.
– Ce que j’en disais, fit le ministre, c’était plutôt pour tâter le moral du peuple…
Ils se regardèrent tous deux et rirent encore une fois de bon cœur.
– Bon ! Marseillaise, aux accessoires ! conclut Dragasès. Capitaine, qu’est-ce que vous proposez de mieux ?
– Le Boudin, dit l’officier de commando. C’est con comme tout, mais ça parle. Et au moins tout le monde connaît les paroles.
– Le boudin, apprécia le colonel, le boudin… Nous sommes la plus étrangère des légions étrangères, étrangère à tout. Alors le boudin, en effet… Mais je me demande si ce serait tellement de circonstance ? Le boudin, ça se mérite et quant à faire Camerone, aujourd’hui, on ne peut pas dire que c’était réussi ! Peut-être demain, là-haut… Je crois que je tiens une meilleure idée.
S’assurant d’un œil malicieux que tout le monde écoutait, il s’éclaircit la voix comme un chanteur de dessert, prit son souffle et entonna :
Non, rien de rien
Non, je ne regrette rien
Ni le bien qu’on m’a fait
Ni le mal, tout ça m’est bien égal
Non, rien de rien
Non, je ne regrette rien
Tralala, tralala,
Aujourd’hui, je me fous du passé !
– Qu’en pensez-vous dit-il en terminant. Pas mal, non ? C’est un vieux truc. Je ne me souviens plus très bien des paroles, mais le principal y est. Vous ne connaissiez pas ? (…)
A gueuler comme des perdus, les veines du front à éclater, le cou gonflé, le visage écarlate, ils firent plus de bruit qu’une armée catholique victorieuse, chantant le Te Deum sous la nef d’une cathédrale. Dans les tournants, le camion vacillait, puis titubait sur les lignes droites, ses doubles roues mordaient joyeusement les talus. Joignant le geste à la parole, le hussard chauffeur lâchait le volant en cadence et jouait des mains et des bras comme un cabot qui sort ses tripes dans un mauvais tour de chant. L’officier de commando martelait le tableau de bord avec ses poings. Au « rien de rien », tout le plancher du camion vibrait sous les crosses des fusils. Si l’on peut analyser les sentiments profonds de ces braillards, on y trouve d’abord l’ivresse du clan. La tribu, au complet, célèbre son unité. Si peu nombreuse qu’elle se compte, elle emmerde le reste du monde. Mais on y décèle également quelque chose comme de l’angoisse. »

Jean Raspail. Le Camp des saints. Robert Laffont

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Cet extrait est l’illustration parfaite de ce que j’ai tant apprécié dans le Camp des Saints. Cette élégance, cette légèreté, cette gaieté dans l’humour omniprésent, qualité indispensable au Sudiste comme l’écrivait Maurice Bardèche, malgré les circonstances épouvantables, à l’heure du désespoir et dans les moments les plus dramatiques. Il vient donc en parfait complément du texte de Bardèche, tout en confirmant l’intuition de Raspail : « la Gauche (…) n’est que dérision haineuse (…) quand elle crache sur le drapeau, pisse sur la flamme du souvenir (…) elle le fait d’une façon épouvantablement sérieuse (…) La vraie Droite n’est pas sérieuse. C’est pourquoi la Gauche la hait, un peu comme un bourreau haïrait un supplicié qui rit et se moque avant de mourir. La Gauche est un incendie qui dévore et consume sombrement (…). La Droite est une flamme instable qui danse gaiement, feu follet dans la ténébreuse forêt calcinée. »

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« Il se servit un large verre pour la soif et un autre pour le goût, conscient du superflu et s’en pourléchant avec un rien d’ostentation. Il coupa le jambon en tranches minces qu’il aligna joliment dans un plat d’étain, arrangea quelques olives, posa le fromage sur une feuille de vigne, les fruits dans un grand panier plat, puis il s’assit devant son souper et sourit, heureux. Il aimait. Comme tout amant comblé, il se retrouvait seul avec celle qu’il aimait. Ce soir-là, ce n’était pas une femme, ni même un être vivant, mais une sorte de projection de lui-même fait d’images innombrables auxquelles il s’identifiait.. La fourchette d’argent par exemple, aux dents usées, avec les initiales presque effacées d’une aïeule maternelle, un objet tout à fait étrange si l’on songe que l’Occident l’inventa par souci de dignité alors que le tiers des hommes plongent encore leurs mains dans ce qu’ils mangent… »

Jean Raspail. Le Camp des saints. Robert Laffont.

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« (Il s’agit d’une interview réalisée à Paris par un journaliste, Raoul Riesen. D’ordinaire je n’aime pas les interviews. C’est presque toujours de la pose. On s’y laisse emporter au-delà des mots, ou bien on les retient. La pensée est truquée. Ce n’est pas le vrai fond de soi-même qu’on décante sur une feuille de papier.

J’ai cependant choisi de publier celle-ci, bien qu’à la relecture je n’y paraisse pas tellement sympathique. Et puis j’en fais trop. C’est le danger des déjeuners parisiens. Mais il m’a semblé que c’était aussi une part de moi-même. Je ne dis pas que c’est forcément la meilleure.)

J’ai déjeuné avec Jean Raspail. Et dès la salade de tomate nous nous sommes engueulés ! Assez joyeusement, il faut le dire, car cet écrivain est une « nature »…

Seriez vous fasciste ?

– Et voilà l’étiquette ! Bien sur, par rapport à la majorité veule, je suis d’extrême droite ! Je suis même d’un parti qui n’existe pas : la droite anticapitaliste ! C’est à dire que je crois en l’homme fort et que je méprise son culte de l’argent.

Vous méprisez d’ailleurs tous les systèmes…

– Je déteste la gauche, je hais les rampants, les flagorneurs, les faiseurs de mots, je déteste la mode qui fait que tout le monde a honte de son bonheur. Vous ne l’avez pas remarqué ? Tout bonheur est coupable ! Toutes nos valeurs sont discutables ! Il est de bon ton de cracher sur la patrie, sur les traditions. Eh bien moi, Jean Raspail, je suis très content de moi, de mes ancêtres, très heureux d’être Blanc et pas Nègre. Très fier de ma civilisation et très satisfait de casser la croûte dans un bon restaurant…

Alors, vous faites comme l’un des « héros » de votre livre : parce qu’il veut toujours manger dans sa vaisselle d’étain, il tue un hippie qui lui contestait ce plaisir égoïste.

– Exact ! Pan ! Je tue pour défendre mon plaisir.

Vous tirez donc dans le tas. Et si tous les affamés du monde viennent frapper à votre porte, vous faites chanter la mitrailleuse ?

– Tactactac, parfaitement. Et comprenez moi bien, je n’ai pas de haine pour ces peuples misérables. Je voyage depuis vingt ans et j’ai même de l’affection pour ces peuplades. Mais je ne veux pas qu’elles viennent piétiner dans mon jardin. Vilain réflexe ? allons donc ! Vous tireriez aussi ! Ne soyez pas hypocrite : des tas de gens tireraient dans le tas pour défendre la jardin. Ce n’ est pas tout : je tirerai aussi pour défendre une certaine idée que j’ai de l’Occident. Mais enfin quoi ! ce n’est pas rien, l’Occident et ses conquêtes, son histoire.

Puis-je vous faire remarquer que l’Occident est en partie responsable des misères accumulées au tiers-monde ?

– Ha ha ! Responsabilité, responsabilité, encore une de nos flagellations… Non mais, est-ce que nous sommes responsables si le paysan du Gange est un mystique qui n’a pas la même idée que nous du travail ? Ce n’est tout de même pas notre faute si ces gens sont incapables de se gouverner, s’ils sont incapables de …

Vous allez encore me dire que ce sont des demi-hommes ?

– Parfaitement !

Là, on commence à s’égosiller et les hôtes du restaurant finiront pas tout savoir sur la physiologie de l’espèce humaine. Jean Raspail concède un peu de terrain et je l’asticote maintenant sur les vertus de l' »Occident chrétien » dont se gargarisent tant de nobles vieillards.

Vous êtes très fier de nos conquêtes et de nos guerriers. Or, ceux-ci étaient escortés par les prêtres. L’Occident vainqueur tenait à faire le catéchisme aux peuples qu’il asservait. Alors, M. Jean Raspail, qu’avez-vous fait de vos frères ?

– Ce ne sont pas mes frères !

Parole de chrétien ?

Alors, avec une féroce mauvaise foi, il dissocie le christianisme de l’Occident. Il renvoie Dieu au ciel, d’où nos pasteurs n’auraient jamais du le descendre … Et précise :

– Car là aussi il y a une gigantesque conspiration. Les hommes d’Église, et notamment ceux du Conseil œcuménique sont animés d’une haine sacrée pour tout ce qui représente la société occidentale moderne et d’un amour immodéré pour tout ce qui pourrait lui nuire.

C’est ce que vous soutenez dans votre livre. Connaissez-vous les intentions de M. Potter, secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises ?

– Ce Noir hait la race blanche. Du racisme à l’envers.

L’avez-vous interrogé ?

– Non. Pourquoi ?

Vous devriez. Pour vérifier les faits…

– Vérifier quoi, finalement ? Qu’on nous bourre le crâne depuis deux mille ans ? Voyez-vous, la vie éternelle c’est une histoire possible. Mais ici, sur la Terre, la destinée est entre les mains des chefs. Voilà, oui, ce que j’admire : la race des chefs ! Chefs cuirassés et qui forgent le destin.

Quel orgueil !

– Je préfère cela à la stupide humilité des hommes.

Et, bien entendu, grand chef, vous ignorez le remords ? Et vous persistez à dire que nous ne sommes pas responsables si des millions d’hommes affamés tentaient l’armada de la dernière chance. Vous ne voulez vraiment pas tendre la main ?

– Je la refuse. Il faut bien se mettre dans la tête qu’il est trop tard, que le modèle, c’est à dire l’Occident, devient de plus en plus inaccessible aux autres …

Qu’ils crèvent ?

– Non, qu’ils demeurent chez eux, ou bien, si nous en sommes réellement responsables, qu’ils acceptent une nouvelle forme de colonisation.

Vous répondez partiellement à ma question : ne connaissez-vous pas le remords ?

Il éclate enfin :

– Je ne veux pas connaitre le doute, comprenez-vous ?. Le doute, c’est l’engrenage, c’est la grande fissure dans Rome et Constantinople. Alors marre ! Ni remords ni doute, pour ne pas se laisser aller, petit à petit, dans la défaite d’une race. Je suis un irréductible. »

La Suisse, 11 mars 1973.

Jean Raspail, Boulevard Raspail, chroniques.

(avec la réédition du Camp des Saints et ce qui se passe aujourd’hui dans le monde et chez nous, ce texte n’a rien perdu de son actualité, bien au contraire. Et non, Raspail n’en fait pas trop …)

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Jubilation. Les vrais amateurs de traditions sont ceux qui ne les prennent pas au sérieux et se marrent en marchant au casse-pipe, parce qu’ils savent qu’ils vont mourir pour quelque chose d’impalpable jailli de leurs fantasmes, à mi-chemin entre l’humour et le radotage. Peut-être est-ce un peu plus subtil : le fantasme cache une pudeur d’homme bien né qui ne veut pas se donner le ridicule de se battre pour une idée, alors il l’habille de sonneries déchirantes, de mots creux, de dorures inutiles, et se permet la joie suprême d’un sacrifice pour carnaval. C’est ce que la Gauche n’a jamais compris et c’est pourquoi elle n’est que dérision haineuse. Quand elle crache sur le drapeau, pisse sur la flamme du souvenir, ricane au passage des vieux schnoques à béret et crie « woman’s lib ! » à la sortie des mariages en blanc, pour ne citer que des actions élémentaires, elle le fait d’une façon épouvan­tablement sérieuse, «conne » dirait-elle si elle pouvait se juger. La vraie Droite n’est pas sérieuse. C’est pour­quoi la Gauche la hait, un peu comme un bourreau haïrait un supplicié qui rit et se moque avant de mourir. La Gauche est un incendie qui dévore et consume som­brement. En dépit des apparences, ses fêtes sont aussi sinistres qu’un défilé de pantins à Nuremberg ou Pékin. La Droite est une flamme instable qui danse gaiement, feu follet dans la ténébreuse forêt calcinée.

Jean Raspail, Le camp des saints.

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mer
« Le cargo grec Ile de Naxos, capitaine Notaras, naviguant de Colombo à Marseille par le canal de Suez avec un chargement de bois précieux, et ayant franchi le dixième parallèle à mi-chemin entre Ceylan et Socotra, rencontra sur sa route un premier naufragé qui sembla retrouver la vie à l’approche du navire, levant faiblement le bras au dessus de l’eau en signe d’appel. La mer était plate, le vent nul. Le capitaine fit stopper le navire et donna l’ordre de mettre un canot à la mer. C’est alors que l’officier de quart, examinant le malheureux à la jumelle, repéra soudain tout autour du survivant de très nombreux cadavres flottant juste au-dessous de la surface de l’eau. Le capitaine saisit à son tour ses jumelles et découvrit droit devant lui, presqu’à perte de vue sur la mer, un océan de corps flottant ou à peine immergés selon qu’ils vivaient ou non. « Les hommes du Gange ! » dit-il. Il rappela le canot qu’on débordait déjà des portemanteaux et fit remettre en route, arrière lente, tandis que l’homme voyant le navire s’éloigner, fermait les yeux sans un cri et se laissait couler. « Capitaine! » dit l’officier du quart, « allez-vous les abandonner ? » C’était un tout jeune homme, pâle d’émotion, au bord des larmes. « Vous connaissez les ordres », répondit le capitaine Notaras, « ils sont formels. Et si j’embarque tous ces gens là, qu’est-ce que nous en ferons, je vous le demande ? Moi je transporte du bois, c’est tout. Je ne suis pas chargé de favoriser l’envahissement de l’Europe. » Cette fois le petit officier pleurait franchement : « vous les condamnez à mort, capitaine ! Vous n’en avez pas le droit ! » « Ah ! Vous croyez ! » dit le capitaine, « eh bien vous vous trompez ! » Et plaçant le levier du chadburn sur « en avant toute » il ajouta dans le téléphone-machine : « donnez moi le maximum de tours, s’il vous plait ! » Au timonier, il jeta un ordre : « comme ça, la barre, et si tu modifies ta route d’un seul demi-degré, je te flanque aux fers pour mutinerie en haute mer ! »
« Comme ça la barre! » cela voulait dire : droit devant. Et droit devant, sous la proue du navire lancé à pleine vitesse, commençait le champ marin de fleurs noires aux pétales blancs, morts et vivants balancés par la houle comme une cressonnière humaine. A vingt-cinq nœuds, le cargo grec «Ile de Naxos », par la volonté de son capitaine et la passivité coupable de son équipage, perpétra en cinq minutes un milliers d’assassinats. Hormis les actes de guerre, ce fut probablement le plus grand crime de l’histoire du monde jamais commis par un seul homme. Un crime que le capitaine Notaras considérait justement, à tort ou à raison, comme un acte de guerre, probablement commandé par le nom qu’il portait et le souvenir qui s’y rattachait. »
Jean Raspail : « Le camp des saints »
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